Le rosé, ce n’est pas que la France!

Sous la plume de Rachelle Lemoine, Le Parisien vient de faire paraître une alléchante sélection de vins d’été à petits prix, et notamment de rosés.

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Malheureusement, le quotidien de la ville la plus cosmopolite de France… a oublié les vins étrangers.

Je me permets donc de compléter cette sélection avec quelques suggestions de mon cru, toujours parmi les vins les plus accessibles…

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Pour l’Italie, le Chiaretto de Guerrieri Rizzardi

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Pour l’Espagne, le rosé de Navarre de Gran Feudo

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Pour le Liban, le Sunset de Château Ksara

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Pour la Tunisie, le Désir Rosé de Shadrapa

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Pour le Maroc, un gris de Boulaouane

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Pour le Portugal, ce rosé du Douro de Quinta Nova (non, pas Mateus)…

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Pour l’Algérie, la Fleur d’Aboukir des Grands Crus de L’Ouest Algérien

Vous pouvez compléter vous-mêmes, si vous avez eu l’occasion de déguster des vins de cette tendre couleur au cours de vos voyages à l’étranger, ou bien au restaurant.

Pour moi, c’est un peu de la déformation professionnelle. Primo, je suis juré au Concours Mondial du Rosé, à Cannes. Secundo, je suis pour la libre circulation des vins. Nous autres Français vendons assez de rosés par delà nos frontières pour avoir le droit (et l’envie) de goûter ceux de nos voisins, c’est-ce pas?

D’autant que la palette est large…

Hervé Lalau

 

 

 

Les vins étrangers dans la distribution française

Selon les derniers chiffres du panel IRI, les vins portugais sont ceux qui connaissent la plus forte progression parmi les vins étrangers dans la grande distribution française – et notamment les marques Mateus, Gatão et Gazela.

Les deux marques les plus importantes de ce segment restent cependant issues du Maghreb (Boulaouane et Sidi Brahim).

Parmi les 10 premières marques, on trouve aussi des vins chiliens (Gato Negro et Casillero del Diablo), ainsi qu’une marque californienne (Gallo, en forte perte de vitesse). Curieusement, il n’y a aucun vin d’Espagne – si les vins de ce pays entrent souvent dans la composition de cuvées de marques françaises, c’est en toute discrétion!

Il est drôle de penser que bon nombre de consommateurs français boivent espagnol en toute ignorance, mais que les distributeurs prennent rarement le risque de référencer de beaux vins d’Espagne et qui assument leur origine!

On notera par ailleurs que ces dix « premiers de classe » sont des vins qui mettent plutôt l’accent sur la marque que sur l’appellation. Et ce, bien que certaines de ces marques ne communiquent guère (avez-vous déjà vu une publicité de Gazela ou de Gato Negro en France?); c’est donc ailleurs que cela se passe – dans le rayon, et sur le tarif.

La preuve est apportée qu’il est possible, par le biais des référencements et des promotions, de changer les habitudes des buveurs français, et de les inciter à découvrir d’autres vins que ceux de l’Hexagone. Même si, pour l’instant, il s’agit plus de produits de marketing que de vrais chantres de l’identité du terroir…

Mais tous les vins français présents en distribution sont-ils eux mêmes des fleurons de leurs terroirs? Bien sûr que non!

 

Les dix premières marques de vin étrangers en grandes surfaces françaises et leur évolution en % sur un an (2016

 

Boulaouane (Castel – Maroc) 1 275 000 cols -6,00 %

Sidi Brahim (Castel – Tunisie) 1 075 000 cols -5,00 %

Gato Negro (GCF – Chili) 525 000 cols +4,00 %

Mateus (GCF – Portugal) 490 000 cols +24,00 %

Casal Garcia (Portugal des Saveurs – Portugal) 330 000 cols +2,00 %

Casillero del Diablo (Rothschild – Chili) 310 000 cols +11,00 %

Gatão (Agriberia – Portugal) 300 000 cols +25,00 %

Piccini (GCF – Italie) 280 000 cols +16,00 %

Gazela (GCF – Portugal) 250 000 cols +20,00 %

Gallo (GCF – Californie) 240 000 cols -21,00 %

Une histoire de drapeaux

Chez Carrefour Belgique, on a eu la bonne idée de mettre des petits drapeaux sur les étiquettes du rayon vin.

Le seul problème, c’est que certains drapeaux ne correspondent pas au bon pays. Ainsi, le Sidi Brahim Merlot-Cabernet-Sauvignon est vendu comme un vin marocain, alors qu’il est tunisien.

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De même, le Pinot Noir de Brancott, prétendument australien, est néo-zélandais (et pourtant, dans ce cas, c’est bien visible sur l’étiquette frontale). Bizarre que ça ne choque personne lors du réassort.

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Comme quoi une bonne idée de marchandisage peut s’avérer contreproductive si son développement en rayon ne suit pas.

Le Grand Larousse du Vin, édition 2016

Comment être objectif à propos d’un ouvrage auquel on a collaboré, ainsi que plusieurs très bons camarades (David Cobbold,  Marc Vanhellemont, des 5 du Vin, ainsi que l’excellent Sébastien Durand-Viel)? Je n’essaierai même pas…

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Reste que c’est une belle brique (près de 700 pages), une mine d’info, et que pour une fois qu’un ouvrage français (pas une traduction) s’ouvre assez largement aux vins du monde, c’est une initiative à saluer.

J’ai eu d’autant plus de plaisir à participer à cette aventure collective (assez modestement, à dire vrai, juste une vingtaine de pages) que ce fut l’occasion pour moi de rendre hommage à quelques vignerons que j’apprécie. En effet, la seconde partie de l’ouvrage, qui passe en revue les grands vignobles du monde, illustre certains grands terroirs par des pages consacrées à des domaines précis, choisis par les auteurs.

Pour moi, ce furent le Domaine d’Aupilhac, le Mas Jullien, Antoine Arena, Egon Muller, Klein Constantia, Catena Zapata, le Château d’Aquéria, Miguel Torres, Bodegas Lustau, Grange, Quinta do Noval et Antinori.

Une belle brochette, non? Et une belle diversité, aussi.

Mais il y a bien d’autres bonnes raisons de lire ce livre, ou de l’offrir. Le vin, c’est de la culture liquide, qui se boit, et qui se lit aussi.

On dit qu’un homme averti en vaut deux. Un buveur bien informé aussi.

 

Buvez et profitez en tous!

La mosaïque représente un squelette assis – on dirait avachi s’il y avait de la chair sur les os –  près d’un cruchon d’habitude associé au vin et une coupelle à la main; le texte en grec proclame: « Soyez joyeux et profitez de la vie ».

L’oeuvre date de plus de 2000 ans et des archéologues l’ont mise au jour dans le Sud de la Turquie.

Elle me rappelle assez des mosaïques que j’ai vues en Tunisie.

Ne serait-ce pas un gros revers de la civilisation, si nous arrêtions de louer la culture du vin et le carpe diem

 

Je suis Bardo

J’ai visité le musée du Bardo à Tunis, il y a quelques mois. J’ai pu y admirer les merveilleux témoignage de la culture tunisienne, au fil de son histoire – numide, carthaginoise, romaine, byzantine, islamique… et notamment de sa viticulture, dont de merveilleuses mosaïques se font l’écho dans certaines salles.

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Une des très belles mosaïques du Bardo (photo H. Lalau)

Aujourd’hui, j’apprends que des terroristes viennent de tuer des visiteurs au sein même du musée.

J’aurais pu en faire partie. Comme n’importe quel touriste, comme n’importe quel badaud, amoureux des belles choses, curieux des cultures différentes, de la diversité.

Je suis d’autant plus révolté que je sais à quel point la Tunisie a besoin de stabilité. D’ouverture. De touristes aussi, puisque le tourisme est un des moteurs de l’économie de ce superbe pays méditerranéen. La nouvelle ministre du tourisme Salma Elloumi Rekik, ne ménage pas ses efforts pour y parvenir. 

Quel gâchis! 

Aujourd’hui, comme j’ai été Charlie, je suis Bardo. 

A mes amis Tunisiens, je veux juste dire: tenez bon!

Pour mes amis de Tunisie

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez que j’ai des affinités avec la Tunisie, ses habitants et sa culture – notamment viticole.

Je profite de cette modeste tribune pour me réjouir des élections d’hier. Primo, parce qu’elles ont pu avoir lieu, malgré les menaces terroristes; secundo, parce que le résultat semble aller dans le sens de la démocratie, de l’ouverture et d’un redécollage économique dont le pays a besoin. 

Troisième nouvelle liée à ce pays – et plus directement liée au sujet de ce blog: 2014 sera un beau millésime en Tunisie. Ce qui nous promet de jolis gris, mais pas seulement.

J’espère pouvoir vous en parler bientôt échantillons à l’appui.

Domaine Phénicia Rosé: bis repetita placet

Au Domaine Phénicia (la propriété du groupe Castel en Tunisie), les années se suivent et le vin est toujours aussi bon.

J’avais déjà apprécié en leur temps ses syrahs de 2011 et de 2012 (ICI): le rosé 2013 confirme.

Ce vin, c’est de la bombe fruitée – de la groseille, de la fraise, de la framboise; des épices aussi, en bouche. Pas de l’harissa du Cap Bon, non, mais des herbes du maquis, de l’anis; et puis une belle fraîcheur en finale. Un petit côté salin, le genre de chose qui fait claquer la langue et vous donne l’envie de vous resservir – quel meilleur compliment pour un vin!

Ce rosé a de la structure, les tannins sont suaves, mais ils sont bien là; aussi je le vois bien sur un plat du Sud, des aubergines farcies, par exemple…

 

Jolie moisson de médailles pour le Maghreb aux Vinalies 2014

Une Médaille d’Or et trois Médailles d’Argent pour la Tunisie (l’or pour le Cabernet-Merlot de Shadrapa, les argents pour un Magon et deux Mornag des Vignerons de Carthage).

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La médaille d’or tunisienne (ici dans le millésime 2010, c’est le le 2011 qui a eu la médaille)

Deux Médailles d’Argent pour l’Algérie (toutes les deux pour les Grands Crus de L’Ouest, en gris et en rouge).

Le Maroc n’est pas en reste avec deux Médailles d’Argent (une pour les Celliers de Méknès, l’autre pour Thalvin): le Maghreb a « cartonné » aux Vinalies 2014.

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Deux fois médaillés cette année, pour leur première participation: les Grands Crus de l’Ouest (Oran)

Que ça fait du bien de s’éloigner quelques jours des polémiques, des « affaires », de Giboulot à Vinobusiness en passant par Cousin ou Baumard, et de pouvoir déguster du vin, du bon, d’où qu’il vienne!

Du Maghreb, si proche de nous par l’histoire viticole. Ou encore du Chili – et dire qu’on y trouve maintenant le plus gros de ce joli Carménère que nous avons presque perdu à Bordeaux! Sans oublier les beaux Chenins d’Afrique du Sud, le Tokaji hongrois, les cidres de glace du Canada, les Malvoisies de Lanzarote…

Ah, si seulement on pouvait trouver tous ces vins chez tous les cavistes de France!

Ecologique, le bouchon de liège?

Dans le débat qui agite (mollement) le microcosme du bouchon en France, on trouve parfois des gens parfaitement honnêtes et sincères pour relayer la communication des « liégeux ». Communication selon laquelle « le chêne-liège est plus écologique, car la forêt est un biotope préservé ».

C’est le WWF qui le dit…

Sans doute ne parle-t-on pas de la même forêt. Il y a un monde de différence entre les vieilles forêts extensives de Tunisie, des Pouilles, de Corse, de Grèce ou de Turquie et l’industrie du chêne-liège développée au Sud du Portugal (qui produit aujourd’hui l’essentiel des bouchons de liège).

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Voyez ce qu’en dit le rapport du WWF intitulé « L’Univers du Liège, une richesse pour la nature et les hommes » (2012, P 11):
« L’intensification et la mécanisation des opérations sylvicoles et agricoles a diminué la diversité du sous bois. Souvent, la plantation d’espèces exotiques a remplacé la forêt de chêne-lièges traditionnelle, alors qu’ailleurs, les zones d’arbustes si riches ont été transformées en plantations de chêne-lièges. Ces plantations ont une biodiversité très pauvre. Ces conversions, intensifications, et changements d’utilisation des terres, souvent financés par des subventions agricoles et forestières, ont contribué à l’amplification de l’impact des incendies sur ces paysages et leur vulnérabilité aux maladies et parasites. On estime à près de trois quarts des montados et forêts chêne-liège au Portugal affectés par des problèmes pathologiques ».

Et comment lutte-t-on contre ces pathologies? Uniquement avec des produits bios?

Et où vont les animaux qui vivaient jusque là sous les « autres arbustes » arrachés?

Evidemment, vous ne trouverez pas cela dans la communication de votre fournisseur de bouchons de liège, ni sur « Planète liège »… C’est à nous de nous faire notre propre opinion!

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Bouchés, les Français?

A propos de débat: j’observe que si les choses bougent très lentement en France, dans d’autres pays, le débat est déjà dépassé: la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou plus près de nous, la Suisse sont passées sans regret à la capsule à vis. Ces gens sont-ils plus bêtes que nous? Ou bien, comme ceux de nos producteurs qui exportent vers ces pays, ont-ils simplement été convaincus par des avantages objectifs?

Combien de temps encore le mot de tradition justifiera-t-il l’immobilisme? Qui voudrait en 2014 avoir à démarrer sa voiture à la manivelle? Laver au lavoir? S’éclairer à la bougie?

Et qui accepterait un taux de malfaçon (le goût de bouchon) de l’ordre de 2% dans d’autres produits de consommation courante? Un mauvais goût dans 2% des jambons en vente sur le marché? Un téléphone portable qui se coupe dans 2% des communications?

Pour finir, je ferai observer que les Français ont très bien accepté la capsule à vis pour le Pineau des Charentes, le Floc de Gascogne, le Muscat de Rivesaltes, le Porto… et même, plus récemment, pour les boissons aromatisées à base de vin type Very Pamp (pub gratuite, je ne suis pas consommateur). Qui a dit qu’ils ne pourraient jamais sauter le pas pour le vin?

Vu les avantages (débouchage et rebouchage facile, notamment), et vu que certains vignerons eux-mêmes trouvent que le procédé est bénéfique pour la qualité du produit, il y a pourtant matière pour les producteurs comme pour les distributeurs à argumenter, à expliquer l’enjeu.

Je ne vois pas pourquoi ce qui s’est fait pour les lingettes nettoyantes, les dosettes de lessive liquide, les langes jetables, et toutes sortes d’innovations du conditionnement des produits de grande consommation, ne pourrait se faire dans le domaine du vin.

Comme « utilisateur », comme dégustateur de vins du monde entier, sans oeillères, sans tabous, je ne comprends pas pourquoi la France devrait s’interdire à jamais de se doter d’un procédé moderne, au risque de se ringardiser, de se scléroser, de nuire à la qualité de sa production. J’ai eu l’occasion de réaliser plusieurs dégustations comparatives (ICI et ICI). Le liège n’a jamais démontré sa supériorité. Et ne me parlez plus jamais de « surcroit d’émotion »...