Nouveau DG pour Foncalieu

Alban Turpin prend la direction générale des Vignobles Foncalieu.

M. Turpin était jusqu’ici directeur général France des Lanson Diffusion. Il a également occupé plusieurs postes de responsabilité chez Pernod Ricard.

Vignobles Foncalieu est un groupement de coopératives fort de quelque de 1250 viticulteurs et viticultrices, cultivant 7000 ha de vignes en Languedoc.

Le Cognac XO d’ABK6 à nouveau couvert d’or à Londres

Le « Single Estate Cognac ABK6 XO RENAISSANCE » a à nouveau reçu une Médaille d’Or au Concours IWSC 2021 de Londres, avec une note de 98/100.

Le jury s’est montré particulièrement enthousiaste dans son commentaire:

« Un cognac tout simplement exceptionnel. Des fruits tropicaux recouverts d’épices indiennes douces comme la cardamome, le clou de girofle et la noix de muscade. Des abricots mûrs, de l’ananas et de la mangue apparaissent en bouche. Il y a un élément de chêne et de thé noir vieilli à la fin. Incroyablement juteux et délicieux. »

Prix départ domaine, TTC : 159 euros

Pour rappel, cette même cuvée avait déjà reçu la médaille d’or lors de l’édition 2019 du même concours, ainsi que la mention World Best Cognac aux World Drink Awards.

Les Cognac ABK6 sont membres du club Vignerons & Signatures, qui regroupe des domaines familiaux d’excellence de toute la France.

Hervé Lalau

Irpinia & Taurasi, la mise à jour

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler ici d’un grand rouge du sud de l’Italie, le Taurasi. C’est que j’avais été séduit par les vins de cette appellation singulière, basés sur le cépage aglianico, mais aussi, et ce n’est pas sans importance, issus d’un terroir frais.

Voici ce que j’en écrivais en 2014:

«Là, au Nord-Est de Naples, sur les premiers contreforts des Apennins, s’étend la zone de production d’un des plus beaux rouges d’Italie: Taurasi. Je n’y ai fait qu’un bref passage, je ne jouerai donc pas les experts; une chose m’a marqué, cependant: à chaque fois que j’en ai dégusté (et ma première fois remonte à l’édition 2011 de Radici del Sur), il s’est «passé quelque chose». Est-ce le cépage aglianico et sa belle acidité? Est-ce l’effet terroir? Toujours est-il que bon nombre de ces vins allient ce qui semblent des qualités contraires : les tannins, la puissance, mais aussi une certaine délicatesse, du jus et de la fraîcheur. Ceux-là sont diablement enjôleurs».

Sant’Angelo all’Esca(Photo (c) H. Lalau)

J’ai voulu renouveler l’expérience, en compagnie, cette fois, de confrères journalistes et sommeliers. Avec l’appui du Consorzio Tutela Vini d’Irpinia (Irpinia étant le nom de la région où se trouve le village de Taurasi), j’ai pu organiser une dégustation assez représentative de vins de l’endroit, en deux volets.

D’une part, les Taurasi DOCG (des vins de garde, dont certains producteurs nous ont confié plusieurs millésimes, en remontant parfois jusqu’au début des années 2000) et de l’autre, des vins généralement à boire plus jeunes – toujours à base d’aglianico, mais commercialisés plus tôt sous la DOC Irpinia. Pour être complets, notons que cette dernière appellation comprend une sous-zone nommée Campi Taurasini (une sorte d’Irpinia Classico), dont on retrouve la mention sur l’étiquette de certains des vins dégustés.

Taurasi & Irpinia au sein de la Campanie (c) Insidewine

Un grand merci à mes quatre collègues Marc Vanhellemont, Daniel Marcil, Johan Degroef et Nathalie Verbogen d’avoir participé à ce marathon de la dégustation (je pense qu’on a rarement eu l’occasion, hors d’Italie, de regrouper autant de Taurasi et Irpinia en un seul et même lieu!). Et surtout, un grand merci à Giuseppe Iannone, du Consorzio, d’avoir relevé le défi de cette organisation qui a impliqué plus d’une trentaine de producteurs, pour un total de pas loin de cent échantillons.

Aglianico, une histoire grecque… ou pas

Les noms de plusieurs cépages italiens, notamment dans le Sud de la Botte, semblent attester d’une origine grecque, comme le greco, le grechetto, le nero di Troia, l’aleatico ou la malvasia. Ce qui n’est guère étonnant, puisque la région (alias Magna Grecia) a longtemps été sous l’influence grecque, y compris à l’époque byzantine. L’aglianico fait partie de cet héritage, réel ou supposé. Certains ampélographes datent son arrivée sur le sol italien au Ve siècle avant JC (sous le nom d’elleniko) et l’associent à certains textes d’Horace vantant les vins de sa Lucanie natale, alias Basilicate, ou même au fameux Falerne, le grand cru de la Rome antique.

Cependant, les études de son ADN ne montrent aucune parenté entre l’aglianico et aucun cépage grec connu. Aussi, d’autres spécialistes pensent qu’il est plutôt d’origine locale. Et qu’il doit son nom, soit à l’antique cité de Velia, aujourd’hui Elea, sur la côte sud de la Campanie, soit à l’espagnol llano (plaine), sans qu’on sache si ce sont les Aragonais qui l’ont introduit, ou bien s’ils en ont observé la présence dans les plaines de Campanie, lors de leur conquête de la région, au XVe siècle. A l’appui de cette piste aragonaise, il y a le fait que la première mention du cépage date de 1520.

Quoi qu’il en soit, on le retrouve aujourd’hui dans plusieurs régions du Mezzogiorno, et notamment dans trois DOCG, à savoir Taurasi (la plus ancienne), Aglianico del Vulture (Basilicate) et Aglianico del Taburno (Benevento) ; mais aussi dans le Cilento (au Sud de la Campanie). Le fait qu’il soit à la base de trois des rares DOCG du sud de l’Italie montre à quel point il est important pour la viticulture locale. On le surnomme d’ailleurs «le Barolo du Sud».

Un grand cépage, mais délicat à manier

Cépage au cycle assez long, demandant un ensoleillement généreux, et supportant bien la chaleur, il s’adapte à bon nombre de types de sols, calcaires, argileux ou volcaniques. Très productif, ses rendements doivent être maîtrisés. Naturellement riche en tannins, il faut bien le laisser mûrir si l’on veut éviter qu’il soit trop agressif, faute de maturité phénolique. Dans certaines zones, on ne le récolte pas avant début novembre.

Cette richesse en tannins (et en acidité) fait qu’on tend à lui faire subir des élevages assez longs, afin de le laisser s’assouplir (ou de masquer un manque de maturité phénolique, dans le pire des cas). C’est la raison pour laquelle le disciplinare du Taurasi prévoit un vieillissement minimum de 3 ans (4 ans pour le Taurasi Riserva), dont au moins 12 mois en fût de chêne ou châtaignier, ainsi que 6 mois en bouteille.

Celui de l’Aglianico del Vulture est moins exigeant en termes de vieillissement, l’élevage minimum étant d’un an (sauf pour les catégories Vecchio et Riserva).

Une nouvelle tendance se fait jour, même dans la région du Taurasi, qui privilégie un élevage plus court: c’est la raison d’être des DOC Irpinia et Irpinia Campi Taurasini. Mais ces appellations peuvent ajouter d’autres cépages à l’aglianico.

Les remparts de Montemiletto (Photo (c) H. Lalau)

Mais qu’est-ce qui fait donc la qualité d’un bon aglianico?

D’abord, comme pour d’autres cépages, mais peut-être encore plus pour un cépage aussi long à mûrir, le choix du bon moment pour récolter – il faut goûter les raisins, les pépins, encore et encore, parcelle par parcelle.

Il y a aussi la qualité de l’élevage. Tout le monde en Irpinia n’a pas les moyens d’acheter les meilleures barriques, ni de les renouveler, et tout le monde n’entretient sans doute pas ses contenants vinaires, fûts ou foudres, de manière optimale. Ajoutons quelques fantaisistes qui ajoutent allègrement des tannins dans leurs cuvées, et l’on comprend que tous les vins ne soient pas au niveau. C’est d’autant plus dommage pour ceux qui travaillent bien. Dénomination d’Origine Contrôlée et Garantie, dit le sigle. Et ce, depuis 1970. Mais pas plus à Taurasi que dans aucune appellation, l’origine ne garantit la qualité. Vous devrez donc faire le tri, et si je peux vous y aider, tant mieux…

En prélude à notre sélection, ces quelques mots de notre ami Daniel Marcil : «Le Taurasi, pour moi, ressemble à un mustang, c’est un cheval fougueux qui doit être domestiqué, tout en douceur ; c’est le rôle du vinificateur, bien sûr, mais pas seulement ; le dégustateur doit aussi y mettre du sien, ne pas se laisser effaroucher par les tannins, prendre le temps d’apprivoiser le vin.»

Nos préférés

Pour la clarté de l’exercice, nous avons dégusté les Taurasi à part. Notre sélection se divise donc en deux catégories – Irpina et Taurasi.  Avec, à l’arrivée, un petit avantage pour les Taurasi, ce qui ne laisse pas de nous étonner, vu que l’on présente habituellement les Irpinia comme «plus faciles». Mais vous le savez, ici, on adore faire mentir les préjugés. Notez quand même que certains des producteurs dont nous avons aimé les produits figurent dans notre sélection à la fois pour leurs Irpinia et pour leurs Taurasi.

DOC Irpinia/Irpinia Campi Taurasini

Terredora di Paolo Irpinia Aglianico Principio 2015

Joli nez de cerise noire, bouche solide sans être pesante, pas mal de fraîcheur, du style et encore beaucoup de prestance, voire d’espièglerie pour un Irpinia de 6 ans.

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Nativ Irpinia Blu Onice 2018

Ce vin a divisé notre panel, entre ceux qui lui trouvent un boisé trop marqué et un look trop international, et ceux qui ont vanté la suavité de ses tannins.

Si vous aimez les notes de bourbon et de chocolat blanc, voire un peu de sucrosité, ce vin est pour vous.

https://vininativ.it

Antonio Caggiano Taurì Irpinia Aglianico 2019

Aux fruits frais du nez répondent une bouche dense, tannique, mais juteuse, qui se prolonge sur du poivre et des arômes de rhum vieux. La finale mêle fraîcheur et robustesse.  

Prix de vente indicatif (France) : 14,39 euros chez Tannico.

Antonio Caggiano Irpinia Campi Taurasini Salae Domini 2018

Joliment floral, le nez de ce vin nous offre de la rose et une pointe de violette ; la bouche charnue ajoute de la quetsche et de notes de de sous-bois. Puis les tannins élégants et juteux nous emmènent en balade sur un sentier bordés de mûres. La maille est serrée, mais lisse, et notre ami Johan fait remarquer la belle cohérence de l’ensemble. Belle salinité en finale.

http://www.cantinecaggiano.it

Adelina Molettieri Irpinia Aglianico Cecinè 2014

Belle cohérence pour ce vin qui, au nez, offre des notes de gibier, d’humus et de fruits noirs très denses, avec un soupçon d’orange sanguine, et qui, sans transition… nous les ressert en bouche, pour terminer sur une belle amertume sapide. On verrait bien du ragoût de lièvre avec ce vin qui évoque la garenne et le sous-bois. Ou un fromage fort.

Prix de vente : 14,9 euros chez Diemmevini (I)

http://www.adelinamolettieri.it

Cantina dei Monaci Irpinia Aglianico Santa Lucia 2018

Une belle acidité avec de la chair autour, un air sauvage, de la texture, de la mâche, de la vivacité, une très belle excursion dans les pré fleuris et les forêts des hauteurs de l’Irpinia.

Prix de vente : 13,2 euros sur la boutique en ligne du producteur (par cartons de 6)

http://www.cantinadeimonaci.it

D’Antiche Terre Irpinia Aglianico La Corte dei Ciccarella 2016

Le cassis du nez débouche sur une matière sévère ; un vin prometteur, mais encore à attendre. Notre ami Daniel le commente ainsi : «il est encore sur sa base.»

Prix de vente: 9 euros (boutique en ligne du producteur)

https://www.danticheterre.it

Cantina San Paolo Claudio Quarta Irpinia Aglianico 2016

Cerise, mûre, fraise et cacao, cet Irpinia est jeune et espiègle en diable ; il évolue dans le verre vers des notes de tapenade. Nos dégustateurs l’ont trouvé «ouvert», «vibrant»,  intense» et «impressionnant». Reçu à l’unanimité du jury, donc.

Prix de vente: 9,50 euros sur le site du producteur

https://claudioquarta.it

Nardone Nardone Irpinia 2018

Le boisé prend rapidement le pas sur le vin, mais on a le droit d’aimer ces notes de moka et de tabac (ici, on a à la fois le cigare et la boîte).

http://www.nardonenardone.it/

Fratelli Addimenda Irpinia Campi Taurasini 2015

« Très italien », a dit l’ami Marco, qui faisait surtout allusion à un type d’acidité particulier aux vins de la Botte. A part cela, ce vin séduit par son côté charnu ; il claque en bouche, et nous sert toute un assortiment de notes épicées (notamment la réglisse) et végétales (foin), sans verdeur. Un vin de caractère.

Cavalier Pepe Irpinia Campi Taurasini Santo Stefano 2015

De l’orange sanguine, des cerises du Nord, du thym, des notes de fumée, de beaux tannins marqués mais suaves en bouche, une pointe de céleri qui évoque une entrée dans le royaume des arômes tertiaires, un joli vin, élégant, et prêt à boire.

Prix de vente: 14,56 euros chez Marconvini (B)

https://www.tenutapepe.it

Stefania Barbot Irpinia Ion 2017

Prune, cerise, framboise, c’est bien fruité au nez, mais aussi épicé. Ce sont ces épices qui font le lien avec la bouche, fraîche mais onctueuse. Un style moderne, mais «très sympa» conclut l’ami Marco.

https://www.stefaniabarbot.it

I Capitani Irpinia Guaglione 2019

Etonnantes notes de frésia et de fraise, très persistantes, en bouche, tannins souples s’enrobent dans la noix de coco.  Quelques notes de cerise en finale. Un aglianico d’un abord facile, pour une fois – et ça n’a rien d’un reproche. Excellent rapport qualité-prix.

Prix de vente sur le site du producteur : 9 euros.

https://www.icapitani.com

Taurasi DOCG

Salvatore Molettieri Renonno Taurasi 2015

Un Taurasi sur un mode gourmand (oui, ça existe !), qui mêle du fruit mûr et une bonne acidité. Les 42 mois d’élevage indiqués sur l’étiquette (36 en barriques et le reste en bouteilles) n’ont pas masqué le vin, mais se sont parfaitement intégrés, enrobant les tannins et lui conférant une sorte de velouté. Retour du fruit en finale.

Prix de vente: 34 euros sur le site du producteur.

Salvatore Molettieri Cinque Querce Taurasi 2007

Ce 2007 a gardé de la fraîcheur ; son nez évoque les pâtes de fruit (cerise et framboise) mais aussi la noix de muscade. D’abord assez discret (essayez donc de rester 14 ans enfermé comme le génie dans la bouteille), il s’ouvre à l’aération et perd doucement de son austérité. On sent qu’il pourrait même se dérider. Du même producteur, le Taurasi 2013 présente des tannins plus secs, dont on ne sait pas trop quand et s’ils s’arrondiront.

Prix de vente indicatif : 37,5 euros chez Viitaly (I) pour le millésime 2013.

Antonio Caggiano Taurasi Vigna Macchia dei Goti 2016

Le fruit mûr du nez laissait présager un vin gourmand, mais la bouche serrée nous dit qu’il vaut mieux encore attendre. En devenir.

Prix de vente : 32 euros sur Diemmevini (I), millésime 2008

http://www.cantinecaggiano.it

Borgodangelo Taurasi Riserva 2013

Jolies nuances de laurier-sauce au nez, la bouche est dense mais gourmande, les tannins se fondent dans le fumé et le fruit.

Borgodangelo Taurasi Riserva 2014

Plus léger que le précédent, ce 2014 est soutenu de bout en bout par ses notes de fruit noir ; la finale est une peu sèche à la dégustation, mais devrait faire merveille sur un plat de viande en sauce. On peut encore attendre pour le déboucher. 

Taurasi 2014 Macchie Santa Maria Evocatus

Le terme Macchie évoque le maquis, et ses épices, ses buissons aromatiques… et bien, ils sont là ; du nez se dégage du thym, de la sauge, et même un peu de thé fumé, plus oriental. Déjà à boire, car il présente déjà quelques notes d’évolution, mais tout à fait acceptables.  

Nardone Nardone Taurasi 2013

Peut-être pas le plus expressif de la dégustation, mais harmonieux ; du cuir, du chocolat, des tannins assez suaves, chocolat, un élevage très bien mené.

Prix indicatif : 19,9 euros chez Rosatovini (I), 36 euros chez Vinotek a Fynnis (DK)

Quintodecimo vigne Grande Cerzito Taurasi 2016

Un nez sauvage mêlant fruit noir, sarriette et poivre; la bouche pulpeuse est très plaisante, les tanins se mettant au service de la chair, qui, ici,  n’est pas faible.

Vigne Guadagno Taurasi 2015

Orange sanguine, clémentine, fruits des bois, le nez est expressif. La bouche ne déçoit pas, ce vin a de la tenue, pas mal de fraîcheur, même si la finale peut paraître un peu sèche en l’état – mais à vous de lui choisir une viande bien juteuse pour rectifier cette impression fugace.

https://www.vigneguadagno.it

Fiorentino Taurasi 2016

Beaucoup de fruit, rouge et noir, quelques épices douces, une bouche dense mais élégante, beaucoup d’harmonie et de cohésion.

https://fiorentinowines.company.site

Prix de vente indicatif : 32 euros chez Wijnkennis (B) pour le millésime 2014

Riccio Appia Antica Taurasi 2016

Des petits fruits rouges (airelles) et bleus (myrtilles) chatouillent le premier nez, avant de laisser la place à quelques notes de café vert. En boiuche, le café se torréfie et enrobe les tannins juteux; c’est suave. Une sensation d’équilibre. « Un vin très cohérent », conclut Johan.

Taurasi Radici Mastrobernardi 2017

Ouahou, quelle puissance ! tout d’abord, un bourre-pif signé Prune Bleue. Puis la bouche se prend un uppercut de tannins et d’acidité fruité. Grosse carrure, mais quand ce boxeur se met à vous parler, il fait preuve d’un certain raffinement, cependant ; la finale est longue, et très fraîche.  «Un joli bagarreur», résume Daniel.

Adelina Molettieri 2013 Taurasi

Un nez engageant de cerise qui s’ouvre doucement à l’aération, pour déboucher sur d’étonnantes notes de mine de crayon et de réglisse. Les tannins sont juteux. Superbe rétro-olfaction pleine d’épices (thym) avec le retour de la cerise sur un mode plus confit. «Racé”, résume Daniel.

Bis repetita pour cette cave dont nous avions déjà apprécié l’Irpinia.

http://www.adelinamolettieri.it

Cantina Antica Hirpinia Triplice Cinta Taurasi 2015

Saucé. Le bois, bien présent dès le premier nez, arrondit bien le vin. La finale, plutôt vive, fait joliment claquer la langue.

https://www.anticahirpinia.it/

Tenute di Pietrafusa Villa Matilde Fusonero Avallone Taurasi 2015

Du fruit, un peu de volatile, de la réglisse, mais une bouche plaisante sur un mode assez fluide, tout en buvabilité.

Prix de vente: 30 euros sur le site du producteur

https://www.villamatilde.it/pietrafusa

Stefania Barbot Taurasi Fren 2016

Superbe attaque au nez, très florale (pivoine) floral fruit confit gourmand de la matière cuir juteux salinité les tannins laissent le fruit s’exprimer long et fin Belle cohérence

Prix de vente indicatif : 39 euros chez Enoteca Collova (I)

https://www.stefaniabarbot.it

Terredora di Paolo Taurasi Riserva Campore 2009

Le boisé enrobe des notes de prune et de cerise noire bien mûre, la bouche combine la sucrosité du glycérol et la fraîcheur corsée d’un poivre de Cayenne. Le jury apprécie.

Prix de vente indicatif : 40 euros chez Trimani, millésime 2008 (I),

Terredora di Paolo Pago dei Fusi Taurasi 2007

Étonnant de fraîcheur, ce 2007 présente des tannins bien marqués mais encore soutenus par le fruit et le jus de réglisse.

Terredora di Paolo Pago dei Fusi Taurasi 2008

La preuve qu’il y a un effet millésime à Taurasi : ce petit frère du précédent paraît plus en chair, et nous emmène en forêt, parmi les résineux, les mûres, le gîte d’un animal à fourrure et le tabac de la pipe du garde-chasse ; puis nous offre une étonnant finale mêlant le café vert, la réglisse et les mousserons.

J’ai pensé à un Brunello bien élevé – c’est-à-dire, pas trop.

Terredora di Paolo Taurasi Pago dei Fusi Taurasi 2012

Du fruit noir, du paprika, des olives noires, du volume et une astringence plaisante qui fait saliver, quelques notes d’évolution, déjà parfait à boire aujourd’hui.

Prix de vente indicatif : 28 euros chez Enoteca 081 (I)

 

Claudio Quarta Cantina Sanpaolo Taurasi Riserva 2013

Nez séduisant de rose et d’orange sanguine ; juste ce qui faut d’acidité pour réveiller la bouche et son fruits gourmand. La belle structure tannique rappelle celle de certains vins de sagrantino bien élevés. Très chic, très classe, et encore jeune, ont jugé nos jurés?

https://claudioquarta.it/

Torricino/Stefano Di Marzo Cevotempo Taurasi 2016

Un vin qui s’appelle patience. D’abord discret, le nez révèle peu à peu un joli fruité rouge, bien mûr ; et si l’attaque en bouche semble un peu ferme, avec beaucoup d’extrait, un fruit juteux vient vite arrondir les tannins, et de petites notes de café vert et de tabac blond relancent le tout en finale. En résumé : une agréable surprise, après une entrée en matière hésitante. C’est mieux dans ce sens-là que dans l’autre !

Et fidèle à son nom («cevo tiempo», il lui faut du temps, en dialecte de l’Irpinia), on peut encore l’attendre.

Prix de vente indicatif : 23,5 euros chez Nettari Etruschi (I)

https://www.torricino.it/

Nativ Taurasi Rue 333 2017

Ce vin nous a d’abord paru austère, mais à l’aération, il nous a gratifié d’un joli fruit frais ; en bouche, les tannins sont souples mais des épices douces et du chocolat noir viennent apporter une touche dynamique. Une impression d’équilibre, d’harmonie se dégage de ce vin déjà plaisant aujourd’hui mais encore doté d’un beau potentiel. 4 ans, pour un Taurasi c’est tout jeune…  

Prix de vente : 20,10 euros sur le site du producteur (millésime 2016), 26,97 euros chez Licata (B) pour le millésime 2015 et 28 CHF chez Mövenpick (CH) pour le 2016.

https://vininativ.it

Taurasi I Capitani Bosco Faiano 2013

8 ans et pas une ride ! Le nez nous offre un joli zeste d’orange, de la pêche jaune, de rose ancienne et du noyau d’abricot ; en bouche, de la prunelle et de la réglisse. C’est juteux, pulpeux, avec, en toute fin, la fraîcheur du poivre, de la fève de tonka (dont on devra s’occuper) et de l’anis.  Un vin qui tapisse bien la bouche, au style méridional mais «raffinato», comme dit l’amico Marco.

Prix de vente sur le site du producteur : 23 euros.

https://www.icapitani.com

Cavalier Pepe Taurasi La Loggia del Cavaliere 2013

Voici le vin de conversation par excellence. Laissez-le s’ouvrir au fil de votre repas. D’un abord un peu sauvage, avec ses notes discrètes d’aneth et de romarin, il maintient initialement une certaine distance, semblant jauger vos papilles ; puis, petit à petit, il se dévoile ; déboulent alors de superbes notes d’estragon et de prunelle ; il enlève son corset et le voici volubile, très italien, notamment grâce un type d’acidité qui ne semble appartenir qu’à certains vins de la Botte. On termine en beauté avec une finale juteuse qui nous fait entrer dans une dimension fruitée inexplorée (de la kriek, pour nos amis belges).

 «Un vin vertical», nous dit Nathalie. Elle a raison : ce Cavaliere tient le haut du pavé, il empile plusieurs couches de sensations, emboîte plusieurs vins comme des poupées russes. Le dernier vin dégusté, et on termine sur un point d’orgue. Last but not least, comme disent les Anglais.

Prix de vente indicatif: 30,38 euros chez Marconvini (B)

https://www.tenutapepe.it

Ont également été appréciés : Molara Campo Taurasi «Vigne Claudia» 2016,  De Lisio «Delisio» Campi Taurasini 2012, Bell’aria Taurasi 2012, Feudo San Gregorio Taurasi 2015, Fiorentino Taurasi 2015.

Une belle moyenne

En résumé: près de 40 vins sélectionnés – même si le nombre de vins dégustés (pas loin d’une centaine) était important, le taux de satisfaction est éloquent. Et d’autant plus méritoire qu’il s’agit de vins pas toujours faciles d’abord. Alors, si vous avez la chance d’en trouver chez votre caviste ou dans votre trattoria habituelle, n’hésitez pas à succomber aux charmes plutôt fermes de l’aglianico. Et s’il n’y en a pas, réclamez-en!  Ami consommateur, n’oubliez jamais que c’est parce que que vous en achetez qu’il y a un marché pour tel ou tel type de vin.

Hervé Lalau

La faute au vin, toujours…

Mon amie Nadine Adenis me fait parvenir cette photo de la une du Midi Libre qui tend à prouver que même dans la presse de la première région viticole de France, l’Occitanie, on a vite fait d’associer le vin, l’alcool et les drogues. Au point de choisir une photo où une bouteille de vin semble résumer à elle seule tous les excès, tous les maux de l’intoxication.

Pour moi, elle illustre aussi les excès… d’un certain journalisme qui ne fait pas dans le détail.

Et vous, amis du vin, vous en pensez quoi?

Hervé Lalau

Non à l’écriture inclusive

Mais si certaines associations de journalistes l’emploient dans leur communication, sans avoir jamais demandé à leur membres ce qu’ils en pensent.

Hier, en tout cas, plus de 150.000 internautes pensaient qu’il fallait exclure cette prétendue inclusion des documents administratifs.

Moi aussi.

Le progrès, d’accord, les points au milieu des mots, non. Et si l’on veut bien préciser que certains substantifs dans une phrase regroupent des individus de sexe féminin et masculin, et suffit de l’écrire, en toutes lettres.

Il est inutile (et très moche) d’écrire « des acteurs.trices » quand on peut très bien écrire, des acteurs et des actrices.

Hervé Lalau

Qui croire?

En matière de vin, la subjectivité est la règle. Même si je fais de mon mieux pour éliminer un maximum de biais, de préférences personnelles, pour donner une chance à chaque vin, je sais bien que tout le monde ne peut pas être d’accord, que chacun a droit à son opinion, que la dégustation n’est pas une science exacte et le commentaire non plus, même quand on déguste à l’aveugle.

Oui, mais dans le domaine des sciences exactes, justement, je m’attends en général à ce que les chiffres ne mentent pas, et que les analyses qui en sont tirées aillent toutes à peu près dans le même sens.

Alors imaginez mon effarement à lire dans deux journaux différents, le même jour, un compte rendu diamétralement opposé sur la gestion du coronavirus en Israël.

Mais qui suis-je donc censé croire, moi, pauvre citoyen, auquel on donne ainsi des clefs d’analyse qui manifestement, n’ouvrent pas les même portes? Ou ne dois-je faire confiance à personne? Et quel comportement dois-je adopter?

Hervé Lalau

Souvenirs de Cotnari

Ah, Cotnari! Peu de gens, aujourd’hui, réalisent encore la notoriété qu’a pu avoir cette appellation jusque dans l’entre-deux-guerres, quand on l’appelait «la perle de la Moldavie». Moldavie roumaine, s’entend. A la fin du 19ème siècle, on trouvait ses vins doux sur les cartes de grands restaurants parisiens, viennois ou moscovites. Dans son livre, « La Roumanie in 1900 » (une époque où l’on s’arrachait les vins liquoreux), Gottlieb Benger le met au même rang que le Tokay et le Malaga. A Bruxelles, puis à Paris et New York, il se voit attribuer trois Grands Prix dans les années 1930 – on ignore malheureusement quels étaient les producteurs des vins primés. 4 années de guerre et 40 années de collectivisme n’ont pas réussi à le faire tout à fait disparaître, même si, pendant la période communiste, toute la production était regroupée dans les mains de l’Etat, au travers du Combinat local.


La belle au vignoble dormant


La structure étatique s’est muée en une coopérative, la SC Cotnari, dont les parts ont été cédées aux employés de l’époque ou à leurs successeurs; elle représente toujours le plus gros du vignoble et près de 90% de la production de Cotnari. Des vins généralement corrects, sur un mode industriel, d’où émergent, parfois, quelques pépites. Quant aux quelques petits vignerons de la région qui se sont lancés dans la vinification, ils sont généralement trop mal équipés pour produire des vins très ambitieux, et notamment de grands liquoreux. Contrairement à Tokay, il n’y a pas eu d’investissements étrangers sur place, malgré la notoriété ancienne du vin. Pour autant que je puisse en juger, la main-mise des anciens dirigeants ou de leurs familles sur les moyens de production, la corruption (un sport national), l’éloignement de la zone des grands centres urbains, et une certaine apathie des locaux ne favorisent guère l’arrivée de nouveaux venus. A ce titre, les déboires de Jean-François Ragot, de Dyonis (sélectionneur et importateur français qui s’est intéressé dès 1996 aux vins de la région) sont assez révélateurs .http://www.dionis-vins.fr/
La région semble être endormie et je ne sais ce qui pourrait la réveiller – pas moi, en tout cas. La plupart de ceux qui ont connu le Cotnari d’avant mangent les pissenlits par la racine. Et le souvenir, aussi joli soit-il, ne se boit pas. Dommage.


Nouvelle ère, nouvelle aire


Le vignoble de Cotnari bénéficie d’un micro-climat, moins froid que d’autres zones de la Moldavie roumaine, au moins dans la période de croissance de la vigne, car relativement protégé par les Carpathes orientales (effet de foehn). Sur le papier, l’arrière saison ensoleillée permet généralement une bonne maturation des raisins. Ce qui n’empêche que dans la réalité, l’état sanitaire des raisins peut laisser à désirer, la technologie en cave et le soufre à gogo ne pouvant tout régler. 
La dénomination d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec l’aire d’avant guerre – on est passé de quelque 300 hectares à plus de 1.700 (voire 2000, les chiffres varient). Par ailleurs, il semble bien que le style des vins ait sensiblement évolué – du liquoreux vers le demi-sec ou le demi-doux, même si la qualité « dolce » subsiste. Les sélections de grains nobles sont rares, quand elle ne viennent pas renforcer une cuve de vin déficient. Question de marché ou de savoir-faire? Quoi qu’il en soit, la plupart des Cotnari d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec un Tokay ou un Malaga.

Grâce au Grasa


Le Grasa, qui a donné ses lettres d’ancienne noblesse au Cotnari, est un cépage apparenté au Furmint, que l’on trouvait d’ailleurs naguère assez largement à Tokay. Il représente environ un tiers de l’encépagement. Comme il est sensible au botrytis, il se prête bien à l’élaboration de liquoreux, mais on le vinifie plus souvent dans un style demi-doux, comme celui dont il sera question plus loin.Les sols argile-sableux, plutôt riches, semblent bien lui convenir. On ne le trouve guère en dehors de cette zone, en tout cas. Peut-être parce qu’il a été arraché  (comme à Tokay). On observera qu’une bonne partie des vignes de Grasa à Cotnari sont pré-phylloxériques.


« Grasa de Cotnari demidolce 2001, SC. Cotnari »


Le premier nez est un peu déroutant, on se croirait chez un vieil apothicaire. Mais ne vous laissez pas désarçonner: cela fait vingt ans ou presque que ce vin est enfermé dans cette bouteille, il a besoin de reprendre son souffle. Et puis, avec un peu d’air, c’est un changement complet; déboulent les notes d’agrumes et de menthe. Un peu de pétrole, aussi, mais discret. Un soupçon d’eau de rose. Sa belle acidité, que les années ont fondue dans le vin, lui donne du punch; la quantité de sucre n’est pas monstrueuse (sans doute autour de 60 grammes), le degré d’alcool non plus (11,5%), c’est délicat.


20 ans après


Je ne suis allé qu’une seule fois en Roumanie, il y a une vingtaine d’années – justement l’âge de ce vin; mais j’ai pas visité Cotnari. J’ai cependant dégusté quelques vins de cette appellation à Bucarest. Mon impression était quelque peu mitigée: certains millésimes étaient très bons, opulents même, mais aussi complexes, d’autres sans charme. J’ai donc été ravi, grâce à mon ami Johan Degroef, qui avait conservé cette bouteille, de pouvoir renouer avec ce vin – et j’étais d’autant plus heureux que la bouteille en question, bien conservée, figurât parmi les bons exemples. Et qui n’aimerait pas boire un breuvage qui vous fait rajeunir de 20 ans?


Hervé Lalau

Pas de vente d’alcools à emporter à partir de 16h cet après midi dans certains départements

L’idée est louable: il s’agit d’éviter l’alcoolisation, cette nuit, et le relâchement des gestes barrières qui l’accompagnerait. Aussi certains préfets ont-ils pris des arrêtés interdisant la vente d’alcool à emporter à partir de 16h ce soir et jusqu’à 8h le lendemain. Comme ceux des Côtes-d’Armor ou des Pyrénées Orientales. Ou encore du Cher ou du Rhône (à partir de 17h). Sont également interdits les feux d’artifice et des produits inflammables.

Mais ce qui m’interpelle, c’est que sur l’affichette qui illustre cette interdiction, les alcools sont à nouveau représentés… par une bouteille de vin, un produit dont on sait bien, pourtant, qu’il ne représente pas le plus grand danger d’alcoolisation en France.

Hervé Lalau

Venise et le vin

On sait l’influence qu’ont pu avoir les villes de Londres et de Bordeaux sur l’histoire du vin. Mais peut-être faut-il rappeler celle de Venise, qui, du 13ème au 16ème siècle, a pu être qualifiée de capitale mondiale du vin.

Ceci est lié, bien sûr, à la domination qu’a exercé la ville sur le commerce en Méditerranée, surtout à partir de la prise de Byzance par les Croisés, en 1204. Le vin, avec le sel, constituant une part importante de ce commerce. Comme le prouve le quai qui porte encore aujourd’hui le nom de « Riva del Vin », sur le Grand Canal, en aval du pont du Rialto – car c’est là qu’on débarquait et taxait le vin.

Le vin de Chypre

Ce vin, ce fut sans doute d’abord celui de Chypre, alias Cipro, qualifié au 13ème siècle de «Roi des Vins». Cette belle notoriété est à mettre au crédit des Templiers et de leurs réseaux (le Commandaria en est l’héritier) ; mais ce sont les Vénitiens, intermédiaires quasi-obligés du commerce sur les côtes nord-est de la Méditerranée, qui en assurent le succès, et prennent même le relai après l’effondrement de l’ordre, un fameux vendredi 13 de l’an de grâce 1307.
Chypre étant réputée non seulement pour ses rouges de Mavro mais aussi pour ses Muscats, les Vénitiens établissent rapidement un quasi-monopole sur la vente de ses vins, qui se renforce encore quand l’île devient possession vénitienne, en 1489. Les Cyclades, Santorin et Eubée lui appartiennent déjà depuis 1204. Et les îles ioniennes, depuis 1386. Sans surprise, la quasi-totalité de ces possessions ont développé un vignoble.

Le temps de la Malvasia…

Mais le plus beau «coup» marketing des Vénitiens (si vous me passez l’anachronisme), c’est la Malvasia.
Monemvasia (son nom grec), c’est d’abord une origine – un port du sud du Péloponnèse. Mais les marchands vénitiens vendent tellement bien son vin qu’ils s’en fournissent bientôt en Crète, dans les Cyclades et en Dalmatie – le concept d’Appellation d’Origine n’existe pas à l’époque et l’on attache moins d’importance à la provenance qu’au type de produit et à la régularité de la production. Leurs clients demandent de la Malvasia? Les Vénitiens leur en donnent, d’ici ou de là. La recette est assez bien connue: un vin puissant, opulent car relativement fort en alcool, avec souvent du sucre résiduel, et qui voyage bien – autant d’éléments qui tranchent sur le gros de la production des vins de l’époque.
On retrouve encore à Venise la trace de ce commerce dans certains noms de rue – la Calle della Malvasia, qui relie le Rio del Piombo au Canale di San Giuliano, ou le Ponte della Malvasia Vecchia, près du campanile de Santo Stefano, par exemple. De même qu’une statue de Bacchus orne le Palais des Doges, rappelant que le vin a été un des soutiens de l’empire commercial de la Sérénissime République.
Autre innovation vénitienne cruciale pour l’histoire du vin: le développement, à partir du XIVe siècle, du verre à pied transparent. Cela se passe à Murano, dans la Lagune de Venise, là où de nombreux artisans verriers venus du Levant se sont installés après le sac de Constantinople par les Croisés, et surtout après sa prise par les Ottomans, en 1453.

Le rocher de Monemvasia au temps des Vénitiens

Pour la petite histoire, on dit que les verres à pied auraient été conçus, non pas pour leur beauté ni pour le fait qu’ils permettent d’admirer la robe du vin, mais parce qu’ils rendaient plus difficile l’ajout de poisons dans le verre – la vie dans la Venise du Rinascimento n’était pas toujours de tout repos.

Et celui des « Malvasie »

A noter qu’à l’époque, les vins, quelles que soient leur origine et leur destination, transitent presque tous par la Riva del Vin. Ceci, pour des raisons fiscales, les agents de l’Ufficio del Dazio del Vino, alias Palo, veillant au grain, ou plutôt, aux barriques. Il était d’autant plus difficile de déroger aux contrôles qu’à l’époque, les bateaux affrétés par Venise sont affiliés à une sorte de régie d’Etat, l’Incanto. Le système est astucieux: l’ensemble des armateurs prennent une participation dans chaque voyage et se partagent le bénéfice au prorata de leur mise de départ. Ce serait là une des origines du capitalisme. Les armateurs n’avaient donc que peu d’intérêt à ne pas déclarer leurs marchandises.
Les vins arrivant à Venise étaient d’ailleurs inventoriés, tout contact étant interdit entre les habitants et les équipages des bateaux qui déchargeaient les vins  – on les obligeait même à retirer les passerelles après chaque déchargement, afin d’empêcher toute vente directe.

La Malvasia est un succès international, au point qu’on en produira bientôt jusqu’à Madère, et qu’elle a donné son nom à une famille de cépages plus ou moins proches que l’on retrouve de la Loire à la Catalogne en passant par la Suisse. Mais dans la Venise de la Renaissance, elle désigne aussi une taverne. Parmi les plus célèbres, selon le livre «Il Vino nella storia di Venezia», on trouve la Malvasia Del Remedio, la Malvasia Dai Raffai e la Malvasia Dai Lazzaroni (généralement nommées d’après leurs propriétaires).
Si l’on en croit les récits des visiteurs, ces tavernes présentaient d’incroyables alignements de barriques, empilées jusqu’au plafond, avec entre elles, une grande table commune où, rareté pour l’époque, pouvaient se côtoyer toutes les classes sociales, ou presque. Et leur offre de vins mettait bien sûr en avant les différents types de Malvasia ; mais aussi le Cipro, le «Sammos», l’Aleatico, le Scopulo ou le Málaga. Ces vins puissants étaient cependant surtout appréciés des plus fortunés, les Vénitiens pauvres s’abreuvant plus volontiers dans les Magazzini et autre Bastioni, établissements à l’offre beaucoup plus limitée, moins sophistiquée, mais également moins chère, avec parfois des vins coupés d’eau.

Une mode en chasse une autre

Venise a aussi donné son nom au vin «alla moda di Venezia», un vin d’assemblage qui peut contenir non seulement plusieurs origines, mais également plusieurs millésimes. L’idée étant d’offrir un produit constant dans le temps, un peu à l’image des marques d’alcools ou de Champagne. On retrouve également ce concept dans les ports de la Hanse, notamment à Lübeck; mais là, outre l’assemblage, c’est un élevage particulier qui assure au vin un profil particulier et assez constant.
Le vin «alla moda di Venezia» était aussi une manière pour les excellents marchands de la Sérénissime de trouver un débouché pour leurs vins d’origines plus modestes (ceux des îles ioniennes, par exemple, qui étaient réputés de qualité inférieure, mais qu’il fallait bien vendre). Quoi qu’il en soit, ce type de vin d’assemblage perd peu à peu du terrain, au 17ème siècle, face aux vins «alla moda inglese», les vins de crus, inaugurés par Haut-Brion. Mais ceci est sans doute lié également à la montée en puissance des marchands anglais et du commerce transatlantique.

Pendant plus de 4 siècles, Venise est une véritable éponge des tendances de consommation et des arts.
En témoignent encore aujourd’hui, côté vignes, les belles pergolas du jardin des Scalzi, qui préserve des cépages comme le verduzzo ou le friulano, dont les origines se perdent dans les eaux de l’Adriatique. On pourrait ajouter à la liste le Primitivo, venu de Croatie à l’époque où la Sérénissime se partageait la Dalmatie avec sa grande concurrente Ragusa (la Dubrovnik d’aujourd’hui).
Et la pièce de Shakespeare, «Le Marchand de Venise», parue en 1600, rappelle, dans la bouche de son personnage principal, l’importance du commerce dans la Cité des Doges: «Toute ma fortune est en mer».

Longtemps encore après sa perte d’influence commerciale, la Cité des Doges continue de donner le ton via ses ambassadeurs, qui introduisent dans l’Europe entière la mode des vins liquoreux dégustés hors repas, avec des biscotti ou du massepain. Comme par hasard, il s’agissait souvent de Malvasia, de «Cipro» ou de Muscat.

Fin de l’âge d’or

La fin de cet âge d’or n’est pas dû aux deux grandes épidémies de peste qui ravagent la ville en 1575 et 1630, ni à l’ensablement de sa lagune (contre lequel Venise lutte en permanence, en construisant des canaux). Ni même aux conflits que la République entretient avec les Etats du Pape, plus encore qu’avec l’Empire Ottoman auquel ses marchands paient tribut pour conserver leurs comptoirs.

Non, ce qui cause le déclin de Venise, c’est la découverte des Amériques et la réorientation des courants commerciaux qui s’en suit. Puis, conséquence directe du désintérêt économique, un désinvestissement militaire qui entraînera à terme la fin de son indépendance en tant qu’Etat.

Ce déclin sonne cependant le départ d’une nouvelle course commerciale, sur la «Terra Ferma», celle-là. La Terre Ferme étant le nom que les Vénitiens donnent à leur arrière-pays, longtemps dédaigné. Les riches patriciens de Venise investissent dans des terrains à la campagne et s’y construisent de somptueuses villas d’agrément – certaines sont confiées au fameux architecte Palladio.


Et qui dit terre, à l’époque, dit vigne. On peut véritablement parler de reconquête, car la vigne existe ici depuis l’époque romaine, même si son importance a fortement décliné lors du Petit Age Glaciaire, à partir du 14ème siècle.
Le 16ème siècle voit donc à la fois la fin de l’Empire commercial vénitien et l’essor de la région d’Asolo et de Valdobbiadene, de ce qui constitue aujourd’hui le cœur historique du Prosecco. L’Asolo, nous montrent les archives, devient petit à petit plus taxé que le vin de Chypre, ce qui, pour les locaux, témoigne de sa qualité.

On peut toujours se demander ce qui serait advenu si Constantinople n’était pas tombée aux mains des Turcs, et après elle, Chypre et la Crète. Ou encore, si le Génois Cristoforo Colombo avait fait financer ses voyages par Venise plutôt que par l’Espagne… Plus empiriquement, levons un bon verre (à pied) de vin des Lipari, de Monemvasia, de Santorin ou de Commandaria à la mémoire des marchands de Venise!

Hervé Lalau