Sidi Brahim change d’origine

Sidi Brahim est une commune au Nord de Sidi Bel Abès, dans l’Ouest de l’Algérie. Mais c’est aussi le nom d’une bataille entre les troupes françaises et celles d’Abd El Kader, qui s’est déroulée en 1845.

sidi-brahim

Sidi Brahim est surtout connu en France comme marque de vin, et pour bon nombre  d’Algériens établis en France, ou de rapatriés, c’est un des symboles du pays – même si, ces dernières années, c’était en Tunisie, au domaine de Raoudha, que Castel le produisait.

Le groupe vient tout juste de changer d’approvisionnement, le vin sera maintenant produit au Maroc, près de Méknès, où Castel possède le domaine de Sahari. La nouvelle étiquette portera d’ailleurs la mention Beni M’Tir.

Appellation ou pas, pas sûr que les Algériens fêtent leur victoire à la Coupe d’Afrique des Nations avec du vin marocain…

Hervé Lalau

Le rosé, ce n’est pas que la France!

Sous la plume de Rachelle Lemoine, Le Parisien vient de faire paraître une alléchante sélection de vins d’été à petits prix, et notamment de rosés.

par défaut 2019-06-13 à 13.21.00.jpg

Malheureusement, le quotidien de la ville la plus cosmopolite de France… a oublié les vins étrangers.

Je me permets donc de compléter cette sélection avec quelques suggestions de mon cru, toujours parmi les vins les plus accessibles…

Guerrieri.jpg

Pour l’Italie, le Chiaretto de Guerrieri Rizzardi

gran-feudo-rosado-2017.jpg

Pour l’Espagne, le rosé de Navarre de Gran Feudo

ksara_sunset_Rose_2016.jpg

Pour le Liban, le Sunset de Château Ksara

0_0_orig.jpg

Pour la Tunisie, le Désir Rosé de Shadrapa

3175520410046_PHOTOSITE_20190603_135742_0.jpg

Pour le Maroc, un gris de Boulaouane

quinta-nova-reserve-rose-2017.jpg.png

Pour le Portugal, ce rosé du Douro de Quinta Nova (non, pas Mateus)…

fleur-d-aboukir-rose

Pour l’Algérie, la Fleur d’Aboukir des Grands Crus de L’Ouest Algérien

Vous pouvez compléter vous-mêmes, si vous avez eu l’occasion de déguster des vins de cette tendre couleur au cours de vos voyages à l’étranger, ou bien au restaurant.

Pour moi, c’est un peu de la déformation professionnelle. Primo, je suis juré au Concours Mondial du Rosé, à Cannes. Secundo, je suis pour la libre circulation des vins. Nous autres Français vendons assez de rosés par delà nos frontières pour avoir le droit (et l’envie) de goûter ceux de nos voisins, c’est-ce pas?

D’autant que la palette est large…

Hervé Lalau

 

 

 

What’s in a logo

Le logo de Food from Morocco arbore fièrement la silhouette du territoire marocain. Sahara occidental compris. Ce qui n’est pas sans poser le problème de la reconnaissance de cette annexion; en mars 2016, en effet, la Cour de Justice de l’Union européenne a décidé d’écarter le Sahara occidental de tout accord économique de l’Union avec le Maroc.

MAROC.jpeg

Voila qui n’est pas sans rappeler le dilemme des vins produits sur le plateau du Golan, zone syrienne occupée par Israël.

La promotion de la consommation doit-elle devenir un acte politique?

Une histoire de drapeaux

Chez Carrefour Belgique, on a eu la bonne idée de mettre des petits drapeaux sur les étiquettes du rayon vin.

Le seul problème, c’est que certains drapeaux ne correspondent pas au bon pays. Ainsi, le Sidi Brahim Merlot-Cabernet-Sauvignon est vendu comme un vin marocain, alors qu’il est tunisien.

IMG_1257.jpg

De même, le Pinot Noir de Brancott, prétendument australien, est néo-zélandais (et pourtant, dans ce cas, c’est bien visible sur l’étiquette frontale). Bizarre que ça ne choque personne lors du réassort.

IMG_1258.jpg

Comme quoi une bonne idée de marchandisage peut s’avérer contreproductive si son développement en rayon ne suit pas.

Le Grand Larousse du Vin, édition 2016

Comment être objectif à propos d’un ouvrage auquel on a collaboré, ainsi que plusieurs très bons camarades (David Cobbold,  Marc Vanhellemont, des 5 du Vin, ainsi que l’excellent Sébastien Durand-Viel)? Je n’essaierai même pas…

Larousse Vin.jpg

Reste que c’est une belle brique (près de 700 pages), une mine d’info, et que pour une fois qu’un ouvrage français (pas une traduction) s’ouvre assez largement aux vins du monde, c’est une initiative à saluer.

J’ai eu d’autant plus de plaisir à participer à cette aventure collective (assez modestement, à dire vrai, juste une vingtaine de pages) que ce fut l’occasion pour moi de rendre hommage à quelques vignerons que j’apprécie. En effet, la seconde partie de l’ouvrage, qui passe en revue les grands vignobles du monde, illustre certains grands terroirs par des pages consacrées à des domaines précis, choisis par les auteurs.

Pour moi, ce furent le Domaine d’Aupilhac, le Mas Jullien, Antoine Arena, Egon Muller, Klein Constantia, Catena Zapata, le Château d’Aquéria, Miguel Torres, Bodegas Lustau, Grange, Quinta do Noval et Antinori.

Une belle brochette, non? Et une belle diversité, aussi.

Mais il y a bien d’autres bonnes raisons de lire ce livre, ou de l’offrir. Le vin, c’est de la culture liquide, qui se boit, et qui se lit aussi.

On dit qu’un homme averti en vaut deux. Un buveur bien informé aussi.

 

Jolie moisson de médailles pour le Maghreb aux Vinalies 2014

Une Médaille d’Or et trois Médailles d’Argent pour la Tunisie (l’or pour le Cabernet-Merlot de Shadrapa, les argents pour un Magon et deux Mornag des Vignerons de Carthage).

2295667353.2.jpg

La médaille d’or tunisienne (ici dans le millésime 2010, c’est le le 2011 qui a eu la médaille)

Deux Médailles d’Argent pour l’Algérie (toutes les deux pour les Grands Crus de L’Ouest, en gris et en rouge).

Le Maroc n’est pas en reste avec deux Médailles d’Argent (une pour les Celliers de Méknès, l’autre pour Thalvin): le Maghreb a « cartonné » aux Vinalies 2014.

2543908056.jpg

Deux fois médaillés cette année, pour leur première participation: les Grands Crus de l’Ouest (Oran)

Que ça fait du bien de s’éloigner quelques jours des polémiques, des « affaires », de Giboulot à Vinobusiness en passant par Cousin ou Baumard, et de pouvoir déguster du vin, du bon, d’où qu’il vienne!

Du Maghreb, si proche de nous par l’histoire viticole. Ou encore du Chili – et dire qu’on y trouve maintenant le plus gros de ce joli Carménère que nous avons presque perdu à Bordeaux! Sans oublier les beaux Chenins d’Afrique du Sud, le Tokaji hongrois, les cidres de glace du Canada, les Malvoisies de Lanzarote…

Ah, si seulement on pouvait trouver tous ces vins chez tous les cavistes de France!

Vin et changement climatique: l’avis d’Hervé Romat

J’ai rencontré Hervé Romat lors d’un concours de vin – vous voyez que les concours servent à quelque chose! 

Nous partageons non seulement un prénom, mais une passion pour le vin et pour le pragmatisme – presque une obligation professionnelle, pour un oenologue, et pourtant ce n’est pas le cas de tous. Et puis une affection pour la Tunisie, aussi. Au delà de ces intérêts communs, Hervé vient de publier un texte au sujet du changement climatique qui me semble mériter une publication ici.

Herve.jpg

Hervé Romat

« Nous assistons certainement à un changement climatique, souligné en particulier à Bordeaux par les millésimes 2011 et 2013, respectivement le plus précoce et un des plus tardifs des dernières décennies. Ainsi, cette modification entraîne une transformation de la réaction de nos terroirs et des raisins. L’œnologie « moderne » qui s’est construite depuis 50 ans sur des grandes lignes œnologiques ayant générées certains dogmes, doit alors forcément s’adapter, devenir moins dogmatique, plus pragmatique, et être plus précise.

Lors d’une interview par un journaliste sur l’«avenir de Bordeaux », dans le cadre de la dernière conférence du GIEC, ce dernier  fût surpris de notre réaction, à Cornelis Van Leuwen et à moi-même); une réaction plutôt sereine, contrastant avec les prévisions alarmistes, prévoyant une disparition dans les 50 prochaines années d’une grande partie du vignoble Bordelais, et certainement de ses grands vins…

Il y a d’ores et déjà des changements et des évolutions, et il faut donc savoir les anticiper, et y réagir au mieux avec l’ensemble des outils techniques qui sont à notre disposition. Des adaptations viticoles sont possibles et peuvent s’effectuer par différents éléments (choix du porte greffe et du cépage), et les possibilités d’évolution et d’adaptation du végétal nous permettent d’avoir un champ des possibles d’accompagnement assez large.

Mais que devient l’œnologie devant cette évolution? Nous avons d’une part, profité d’un léger réchauffement (+ 1°C en 50 ans) et d’une diminution des précipitations de fin d’été nous conduisant à un meilleur raisin; d’autre part, nous avons utilisé des grandes lignes œnologiques nous permettant une amélioration qualitative globale. Cependant, ces dernières ont généré le développement d’approches dogmatiques sur de nombreux sujets, ainsi que des préconisations et techniques standard, pour lesquelles il semble que sans leur application, il n’y a pas de grands vins…

Celles-ci sont par ailleurs, largement utilisées comme marqueur de différenciation, et ont généralisé des pratiques sur des matières premières censées être homogènes et reproductibles d’année en année. Cela a permis à un certain nombre de vins d’être reconnaissables, soit par leur qualité réelle, soit parce que marqués par l’approche dont ils étaient issus, marque a priori qualitative.

Néanmoins, l’évolution de la connaissance et les observations en viticulture nous ont montré qu’il y a des hétérogénéités, non seulement sur les parcelles d’un même secteur, mais aussi de plus en plus entre les millésimes. Alors, peut-on continuer de faire des préconisations « à l’aveugle », sans avoir vu, ni même avoir une idée de la qualité et de l’homogénéité des raisins ? Peut-on encore vendanger de manière «directive» (pas avant le…), et vinifier des raisins différents sur un même modèle? Non, car cela s’oppose à une recherche qualitative… La qualité dans tous les domaines étant liée à la noblesse des matières premières, aux détails d’observation, ainsi qu’à la bonne application du savoir faire.

Les millésimes 2011, 2012, et 2013, en particulier à Bordeaux, ont été certes marqués par des conditions «inhabituelles», mais sont aussi négativement influencés par les dogmes du passé. Pour ceux qui n’ont pas «réussi», ce ne serait pas leur responsabilité, mais faute de ne pas avoir eu les raisins adéquats, pas la bonne météorologie…

Pourra-t-on tenir longtemps ce discours avec une climatologie qui s’avère de plus en plus instable et imprévisible ? Non, et cependant, n’a-t-il pas été possible d’élaborer des vins de très grande qualité dans les 3 derniers millésimes ? Oui, bien sûr, mais sous certaines conditions… dont la première était justement de ne pas appliquer certains dogmes, qui ne pouvait pas trouver leur application.

Il faut donc dans une certaine rapidité, abandonner cette œnologie globalisante adossée aux dogmes du passé, qui permettait d’appliquer une œnologie standard, très en vogue dans les années 2000, tout comme a été abandonné le «ban des vendanges», censé définir une maturité fixe à l’échelle d’une appellation, voire d’une région… Il est alors nécessaire de rentrer dans un «pragmatisme œnologique d’adaptation», et vers une œnologie de précision adaptée à une matière première qui est, et qui pourra, être de plus en plus fréquemment changeante, et peut être avec des amplitudes grandissantes.

Dans le même sens, la révélation d’une qualité n’est, et ne sera, plus le résultat d’une «hyper connaissance» d’une appellation, mais elle est désormais liée à la connaissance des plus larges diversités de conditions rencontrées, notamment dans différentes régions du monde. La connaissance de ces conditions « extra territoriales » permettent d’une part, d’éviter les plus grands écueils (comme en 2011 ou 2013), et d’autre part, de savoir reconnaître des similitudes et de mettre en œuvre les meilleures préconisations œnologiques les plus adaptées, ensemble nécessaire à la meilleure expression qualitative.

La nature s’impose depuis longtemps à l’homme, sans qu’il ne puisse heureusement la dominer. Il faut alors se soumettre à ses aléas et savoir s’adapter, comme l’homme a toujours su le faire durant son évolution, pour ne pas en être victime. Soyons alors le meilleur spectateur des merveilles de la nature pour en tirer le meilleur profit, et produire encore de très grands vins. Ils pourront être différents des standards répertoriés, mais peut être aussi meilleurs, dans une autre configuration d’appréciation ou de jugement, qu’il reste certainement à découvrir et à faire reconnaitre.

Ne soyons pas pessimistes vis-à-vis d’une époque donnée, ayant pu nous donner de très grands vins, faisant la fierté de ceux qui les ont produits et accompagnés, mais tentons de révéler ce qui est à l’intérieur de nos terroirs, de nos vignes, de nos raisins, accompagné de notre sensibilité, de nos connaissances du monde d’ailleurs, pour exprimer encore de grand trésors, pour les transformer dans les grands vins de demain ».

Plus d’info: romat@herve-romat-conseil.fr 

 

Journée mondiale du Grenache

La 3ème édition de la Journée Mondiale du Grenache se tient le 21 septembre prochain. Un site internet entièrement consacré à cette journée permet de recenser les lieux où les différentes initiatives liées à cette journée seront organisées, au plan local. C’est ICI

Si j’en crois la carte présentée sur le site, il n’y encore rien de prévu à Paris ni à Bruxelles. Il est encore temps de combler cette lacune: vous pouvez ajouter votre propre événement…

Parce que le grenache (enfin, le bon) est un plaisir à partager, et pas seulement sur la toile!

Plus d’info: marlene@grenachesymposium.com

 


Les « Printemps Arabes », le vin… et plein d’autres choses

L’arrivée au pouvoir de partis islamistes dans les pays du Maghreb – en Tunisie, au Maroc et peut-être bientôt en Algérie – pourrait-elle menacer la production viticole de ces pays, et donc leur exportation?

C’est une des nombreuses questions que l’on se pose, un an après ce qu’il est convenu d’appeler les Printemps Arabes. Si je la pose ici, c’est que ce blog traite de vin. Mais il y a tellement plus à dire! Et même si cela sort de ma sphère de compétence, vous comprendrez, j’espère, mon intérêt de Français pour des pays qui partagent non seulement une histoire commune avec le mien, mais plus important, je crois, un avenir.

Hier soir, justement, se tenait dans l’enceinte de l’Université Catholique de Louvain (bel exemple de l’acception grecque de catholique, à savoir « universel ») un colloque intiltulé « Les Révolutions du Printemps Arabe: un premier bilan, un an après ». Organisé par les étudiants de l‘Arabikap, il réunissait les ambassadeurs des trois pays cités, MM. Amar Bendjama (Algérie), Farhat Ridha (Tunisie) et Samir Addhare (Maroc), ainsi que le Professeur Erwan Lannon, du Collège de l’Europe, le professeur Vincent Legrand, de l’UCL, et le représentant du Ministère belge des Affaires Etrangères, François de Kerchove.

IMG_0782.jpg

A l’UCL, hier, avec l’Arabikap

Ces personnalités de premier plan et très bien informées ont insisté sur le caractère spontané et social des mouvements révolutionnaires, sur les différences d’approche dans les trois pays, mais aussi, sur la grande soif de liberté de leurs peuples.

Cette soif, selon eux, n’est pas synonyme de radicalité, mais d’impatience. Il faut rapidement la traduire en termes politiques.  Les attentes économiques, politiques, et sociales, sont grandes, mais pas toujours concrètes ni objectivables. Parmi les problèmes les plus urgents à régler, il y a la corruption, et les partis islamiques, qui bénéficient dans ces pays d’une certaine image de virginité, pour n’avoir jamais été aux affaires – sauf en Algérie, partiellement – font figure de recours.

Mais ils ne sont pas seuls au pouvoir, et pour prendre l’exemple tunisien, la récession économique constatée depuis la Révolution du Jasmin ne devrait pas les inciter à priver le pays d’une source d’emploi et de devises importantes comme la viticulture, mais plutôt, à tout faire pour remettre l’économie sur les rails, et au premier chef, le tourisme.

Cela passe évidement par le rétablissement de l’image de « pays ami », de pays ouvert que la Tunisie avait su se construire. Idem au Maroc, où de nombreux Européens se sont installés, qui apportent beaucoup à l’économie.

La réaction de l’Europe sera également déterminante: respecter le résultat des urnes, dialoguer avec ceux que les Tunisiens et les Marocains ont désignés, c’est la meilleure façon pour les Européens de précher pour la démocratie par l’exemple. Plutôt que d’ostraciser, de stigmatiser, il faut parler, convaincre, échanger et commercer. La rue arabe ne comprendrait pas, en effet, que l’on traite plus durement, notamment dans les relations économiques, la démocratie d’aujourd’hui que la dictature passée.

Par ailleurs, j’ai noté dans la bouche de l’Ambassadeur de Tunisie un autre élément encourageant: les événements récents ont relancé le processus de rapprochement des économies de la région au sein de l’Union du Maghreb Arabe, une communauté économique dont l’idée est dans l’air depuis les années 70, mais que les dictateurs se sont bien gardés de faire avancer. Cette idée est pourtant on ne peut plus d’actualité: le coût de la non-intégration maghrébine est de l’ordre de deux points de croissance par an…

J’en saurai plus dans quelques jours à Paris, où j’en parlerai avec le directeur des Caves de Carthage, mon ami Belgacem D’Khili.

Alcool, tabac et cancer: des chiffres

C’est intéressant, comme toujours sur Honneur du Vin

Et rappelez-vous, le vin, c’est entre 12 et 14,5% d’alcool… donc pas le produit le plus commode pour l’alcoolisation forcenée. D’autant qu’au niveau prix…