Un peu de Sud, un peu d’été, un peu de gris

Avons-nous vraiment eu un été, au nord de la Loire?

Pour conjurer le sort, provoquons-le avec un gris du Sud. Un grenache 2020 signé Arnaud de Villeneuve qui nous offre un beau panier de groseilles, de clémentine et de garriguette. Et dans garriguette, il y a garrigue – et ce sont justement les gerbes de la garrigue qui déboulent en bouche. Beaucoup de peps pour ce vin avec lequel on ne s’ennuie pas une seconde. 

 

Préparez votre terrasse!

Hervé Lalau

Les Pieds dans l’eau 2019 IGP Pays d’Oc Alma Cersius

« Les Pieds dans l’eau. »

Ca fait envie, surtout en ce moment.

C’est le nom d’un rosé de la coopérative languedocienne Alma Cersius, implantée à Cers, près de Béziers.

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Je l’avais visitée il y a 3 ans, et j’avais été surpris à l’époque par la qualité de ses blancs, et notamment leur fraîcheur, que je n’attendais pas d’une région que je voyais plutôt chaude.

Je m’aperçois aujourd’hui que cela vaut pour ce rosé, qui profite bien de la large palette des cépages de l’IGP Oc, mettant en oeuvre les très Bordrelais cabernet-sauvignon et Merlot, mais aussi deux piliers de l’équipe locale, le Cinsault et le Grenache, sans oublier la voisine rhodanienne, la Syrah.

Qui a dit que le Pays d’Oc était une terre de monocépages ? Pas Alma Cersius, qui a pris le parti d’assembler ces cinq variétés à parts égales.

Dans le verre, cela nous donne quelque chose que je ne qualifierai peut-être pas de complexe, mais qui sort en tout cas des canons de la mode actuelle.

Un rosé à la couleur assez dense (en tout cas, visible, contrairement à d’autres), au nez de groseilles et d’épices douces, un peu de bonbon anglais, mais pas envahissant, et la bouche… particulièrement intéressante.

Je m’explique: ce vin a de la prestance, une structure, une présence en bouche ; légèreté ne veut pas dire vacuité, on retrouve au palais les arômes du nez, mais les épices sont accentuées, et la finale offre le genre salinité qui vous fait saliver… et vous resservir, au grand dam des hygiénistes de tout poil que je salue au passage en regrettant qu’ils ne sachent pas faire la différence entre la consommation modérée et de plaisir qui est celle que je préconise, et l’alcoolisation assuétude qui relève des hôpitaux.

Hervé Lalau

Nouvelles règles pour l’AOC Corbières

Le 6 décembre dernier a été publié au Journal Officiel le nouveau cahier des charges de l’AOC Corbières. Plusieurs modifications sont à noter:

  • Trois nouveaux cépages (Carignan Blanc, Viognier et Marselan), sont homologués (le Marselan, à titre d’essai pendant 10 ans, et avec un maximum de 5% de l’encépagement, et le Carignan, à concurrence de 30% de l’encépagement).
  • Il faut désormais utiliser deux cépages au moins pour les blancs, la part du Muscat et du Viognier étant limitée à 5% de l’encépagement, et celle de la Clairette, du Piquepoul blanc et du Terret blanc à 10%.
  •  Le rendement maximum est ramené à 48 hectos à l’hectare pour les rouges, et à 50 pour les blancs, avec des rendements dits « butoir » de 58 et 60 hl/ha, respectivement (ce qui reste supérieur au rendement moyen observé dans cette région sèche et plantée à faible densité).

Plus globalement, ces changements sont à remettre dans la perspective d’un rapprochement avec l’AOC Languedoc, AOC vers laquelle les producteurs de Corbières pourront se replier en cas d’opportunité commerciale, moyennant une dégustation de contrôle. Le mention Vin du Languedoc pourra également apparaître sur les étiquettes.

Hervé Lalau

Saint-Chinian L’Apogée, un an après

Voici ce que j’écrivais l’an dernier à propos du Saint-Chinian L’Apogée 2014, des Vignerons d’Ensérune:

«85% de Syrah, 15% de Grenache sur calcaire. De la réglisse au nez, des épices, du café en bouche, des beaux tannins suaves ; c’est un vin ambitieux, peut-être un poil trop massif à mon goût. Mais du potentiel.»

Ce midi, j’ai débouché son petit frère, le 2015. Est-ce le millésime, ou bien moi? Toujours est-il que mes quelques réticences vis-à-vis de cette cuvée se sont évanouies.

Plutôt que de mettre l’accent sur le nez (fruit rouge, cerise et groseille, notamment), j’ai d’abord envie de vous parler de sa texture. Quel velouté! Quel belle intégration du bois! Et ce qui ne gâte rien, quel foisonnement d’épices – un peu de zan, un peu de cacao, un poil de menthe, aussi, qui donne de la fraîcheur à la finale.

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C’est une bouteille d’une grande concentration, mais surtout, d’une belle harmonie, pleine d’élégance – celle-là même qui me semblait faire un peu défaut au 2014.

On touche là au tout grand vin, du genre de ceux qui classent le Languedoc parmi les grandes origines – pour ceux qui en douteraient encore.

Il n’usurpe donc pas son nom d’Apogée, ni celui de la gamme à laquelle il appartient: «L’Atelier Prestige» de Foncalieu. Vous n’hésiterez donc pas à le mettre sur votre table de fête, sur un gibier par exemple. Chez moi, il a fait honneur à mon magret de canard aux airelles.

Cette cuvée est issue des parcelles de deux coopérateurs, Michel Cazevieille et Sébastien Roubichou, situées sur les hauteurs de Saint-Chinian. Dans cette partie de l’appellation, pas de schistes, mais des calcaires et des grès. Culture raisonnée et rendements faibles (de l’ordre de 15 hectos/hectare). 12 mois de barrique (grain fin).

Hervé Lalau

Faugères toujours plus vert

La semaine dernière, à l’instigation des 144 vignerons de l’AOP Faugères, les maires des sept communes de l’aire d’appellation ont ratifié une lettre d’engagement en faveur de la transition agro-écologique à l’échelle des 5000 ha de leur territoire; pas seulement de leur 1900 ha de vignes, donc, mais de la totalité de l’écrin de nature qui les abrite.

FaugèresVue de Cabrérolles (Photo (c) H. Lalau)

Cet engagement se concrétisera dans des politiques communes de gestion des ressources naturelles, de gestion de la biodiversité, de mise en œuvre de zones non traitées (grâce notamment à la plantation de variétés de vignes résistantes aux maladies en bordure des habitations). Avec l’impulsion des maires, la puissance publique épaulera donc le privé.

En 2011, Faugères fut la première AOP viticole française à inscrire des démarches agro-écologiques dans son cahier des charges et en 2019, le syndicat de l’appellation est devenu groupe pilote à l’échelle nationale en matière de transition agro-écologique. Plus de 40% de ses surfaces viticoles sont exploitées en bio et 80% de ses vignerons respectant au moins un engagement agro-environnemental.

Hervé Lalau

Quelques impressions du « cru » Boutenac

Corbières-Boutenac est une jeune appellation née en 2005 au cœur de celle, beaucoup plus vaste, des Corbières. Toutes proportions gardées, elle est un peu aux Corbières ce que le Chianti Classico est au Chianti.

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Boutenac, l’histoire

Dès la fondation de l’AOC Corbières, en 1985, il avait été question de la scinder en plusieurs sous-zones. Onze de ces zones avaient même été identifiées dans l’espoir de les voir adouber par l’INAO. Seule Boutenac l’a été, ce qui semble prouver que son dossier était le plus solide (même s’il a fallu attendre 20 ans pour cela).

Pour soutenir ses prétentions, Boutenac s’est appuyée sur l’histoire – c’est ici qu’est né, dès 1908, le syndicat des Corbières, à l’instigation d’une grande figure locale: Romain Pauc.

Mais Boutenac a aussi et surtout fait valoir son «identité terroir». Voyons un peu ce que cela peut recouvrir, ICI.

Non, Larzac ne rime pas avec glyphosate

Au coeur d’une dépêche publiée hier par l’AFP, consacrée à la sortie du glyphosate, on a pu lire le passage suivant, plutôt étonnant quand on connaît un peu l’appellation mise en cause:

Jérôme Despey, qui préside le conseil spécialisé vins de l’organisme public Franceagrimer, estime que pour 20 à 30 % des 800 000 hectares de vigne que compte la France, il y aura des « impasses ». « Nous avons des zones à forte pente où il est impossible de s’occuper du sol avec des machines, et où on est obligé d’utiliser des herbicides chimiques pour empêcher l’érosion des sols », fait-il valoir.

Il cite notamment les terrasses du Larzac dans le sud de la France : « Si on n’utilise pas le glyphosate dans cette région, la viticulture c’est terminé ».

Les Terrasses du Larzac ont souhaité réagir par la voie de leur attachée de presse, Sarah Hargreaves:

« Nous tenons à rassurer immédiatement les nombreux fans de notre appellation : ils ne risquent pas de voir disparaître leurs vins préférés dans les années à venir.
En effet, non seulement l’AOC Terrasses du Larzac n’est pas menacée par une éventuelle interdiction du glyphosate, mais elle est bien au contraire en avance sur ce sujet ! A ce jour, près de 80% des producteurs de l’AOC sont en bio, ce qui en fait une des appellations les plus en pointe en la matière.
Nous nous réjouissons donc par avance d’accueillir prochainement en toute sérénité tous les amateurs qui souhaiteraient découvrir notre terroir, ses paysages magnifiques, et ses vins magiques. »

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Donc acte.

Hervé Lalau

Du neuf dans les Costières-de-Nîmes

L’an dernier, le Syndicat d’appellation des Costières-de-Nîmes changeait coup sur coup de président – Bruno Manzone succédant à Bernard Angelras, et de directeur (Magali Jelila succédant à Nicolas Ponzo, devenu directeur du CIVR).

La nouvelle équipe dirigeante de l’appellation rhodanienne a rapidement établi ses  priorités: développement du lien avec la capitale du territoire, la ville de Nîmes; protection de l’environnement (pour mémoire, 25% des surfaces cultivées dans l’appellation sont bio); développement de la communication, notamment à l’exportation (un tiers des ventes, actuellement) et suivi de la mise en place des deux mentions complémentaires Saint-Roman et Franquevaux dont le dossier a été déposé auprès de l’INAO en janvier 2017.

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Deux terroirs distincts mis en évidence, notamment, par le travail réalisé par notre ami le géologue Georges Truc (Géoapplication); et deux noms qui remettent à l’honneur deux abbayes qui ont eu une rôle important dans le développement de la vigne dans les Costières.

Cette revendication s’accompagne d’un effort qualitatif, puisque pour ces deux mentions, les rendements seraient abaissés de 60 à 48 hl/ha, tandis que les engrais de synthèse seraient bannis.

J’ai une affinité personnelle pour cette appellation, que j’ai visitée à plusieurs reprises il y a quelques années, et où je comptais quelques amis. Alors, sans vouloir m’imposer, quand est-ce qu’on peut visiter pour pouvoir mettre des paysages et des cuvées en regard des dénominations?

Hervé Lalau

 

Des nouvelles de Fitou, de plus en plus bio

Mon amie Sarah Hargreaves m’envoie des nouvelles toutes fraîches de Fitou, une appellation en plein renouveau. Et de plus en plus bio.

Avec 9 domaines certifiés, 7 en conversion et autant engagés dans des démarches agro-environnementales, la plus ancienne AOC du Languedoc, dont la reconnaissance en cru communal vient d’être validée par l’INAO, est en pleine forme pour ses soixante-dix ans.

img_2976Fitou fleuri (Photo (c) H. Lalau 2018)

«Aujourd’hui, plus de la moitié des exploitations Fitou sont engagées dans une démarche verte. C’est un signe de plus de la dynamisation de cette appellation qui après avoir modernisé ses vins avec des profils plus gourmands depuis les cinq dernières années, est en train de moderniser ses pratiques agricoles», se félicite Alban Izard, le responsable communication du syndicat du cru.  «être en bio est une force pour les Fitou. C’est adapté à notre terroir et au climat méditerranéen relativement sec et venté de notre vignoble sur ses deux façades maritime et montagne, ce qui rend ce mode de culture intéressant pour lutter contre les maladies et les adventices.»

Il sait de quoi il parle: les 60 hectares de son Domaine de Lerys sont en conversion bio depuis 2017.

IMG_2439.jpegAlban Izard dans sa vigne (Photo H. Lalau 2017)

Et Sarah de conclure: « Si, pour l’ensemble des vignerons de Fitou, le bio est une voie qui va dans le sens de l’histoire et non pas une mode fugace c’est aussi l’expression d’un saut qualitatif qui vient à point, au moment où l’appellation opère un repositionnement premium sur ses principaux marchés. Avec un indicateur prix moyen à l’export en hausse de 12% en 2018 (versus 2016), un positionnement prix caviste autour de onze euros la bouteille et un retour en force des Fitou sur ses marchés historiques (Belgique, Royaume-Uni), le bio permettrait à l’AOC d’imposer sa griffe avec des produits plus en phase avec la demande des consommateurs ».

A noter que les vignerons suivants, proposant du Fitou bio, seront présents sur Millésime Bio:

Domaine Bertrand Bergé, Mas des Caprices, Domaine Grand Guilhem, Domaine Rolland, Domaine La Grange, Château Champ des Sœurs, Domaines Auriol, Domaines Cazes.

Hervé Lalau

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Château Argentiès

Il est Suisse, elle est Éthiopienne; ils cherchaient un domaine pour une nouvelle vie plus proche de la nature, une terre où s’enraciner. Ils l’ont cherchée longtemps, cette terre, en France et ailleurs. C’est ici qu’ils l’ont trouvée, à Ribaute, au cœur des Corbières.

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Leur projet: réhabiliter le domaine, son patrimoine bâti, ses 400 ha de terres. La vigne n’est qu’un des éléments. Le moyen d’exprimer, au travers des vins, la magie de l’endroit, son équilibre retrouvé.

Le château, restauré avec goût, accueille des chambres d’hôtes; les terrasses, des oliviers.

Le petit théâtre en plein air, des concerts, des représentations.

Peu à peu, ce lieu chargé d’histoire – il y a des traces d’occupation romaine – a repris vie.

Côté vins, ici, c’est l’exception qui est la règle. On fait rarement deux fois le même. On expérimente (l’alvarinho, par exemple). On valide. Le maître mot: la finesse.

Le vin est un produit de culture, au travers du breuvage, c’est non seulement le lieu, les vignes bio, les cépages méditerranéens, le terroir préservé, loin de toute influence extérieure qui s’expriment. C’est aussi Blen et Pierre-Alain, leur conception artistique, philosophique; leur quête d’absolu, de perfection, mais dans la simplicité. Rien n’est facile, rien n’est donné, tout est à reconstruire. Pas seuls. En équipe. Avec notamment, aux manettes du chai, Benjamin.

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Tout en sachant que l’on progresse toujours, que l’aventure n’est jamais terminée.

J’ai vu, j’ai bu, j’ai été convaincu. Alors si vous aimez les vins d’auteur, cette adresse est pour vous.

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Pas de commentaires de vins pour cette fois, amenez vos mots à vous, votre ressenti.

Et le premier qui me dis bof, ce n’est quand même qu’un domaine des Corbières, je lui dis « dommage pour toi! ».

Hervé Lalau

‎www.argenties.com