Vu sur Vivino

Tout ce qui s’écrit sur la plateforme Vivino n’est pas parole d’Evangile. J’en veux pour preuve cette page sur l’excellente Cuvée Ombre, des Collines de la Moure, classée parmi… les vins de Provence.

Pour rappel, les Collines de la Moure sont une IGP de l’Hérault.

Et Ombre n’est pas une « Maison », mais une marque du Groupe GCF.

 

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par défaut 2020-06-05 à 19.46.18Plus fort encore, on trouve même sur cette page des recommandations d’accords pour ce « Provence Rosé ». Recommandations des « wine experts » de Vivino, bien sûr.

Hervé Lalau

Sol majeur

Parlant de vin, mon confrère Jamie Goode employait naguère une allégorie que je qualifierai de musicale. Cela m’a fait réfléchir.

Voici ce qu’il écrivait: « Je vois le terroir comme une interprétation d’un vignoble par le vigneron, qui se matérialise à travers le vin. Cela suppose des décisions de sa part – quoi et comment planter, comment le vinifier. Il faut pas mal d’habileté pour bien capturer l’essence d’un terroir. Ce terroir, on ne peut le ressentir vraiment que dans le verre, et c’est le résultat d’une symbiose entre un vigneron et un lieu. C’est au vigneron d’interpréter la terre de la manière la plus habile et la plus respectueuse ».

Je suis assez d’accord avec lui. Rien ne sort jamais tout seul du sol. Ni du fa dièse, d’ailleurs.

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Traduction

L’interprétation, c’est aussi la personnalité du vigneron, sa façon de se présenter au travers du vin, ses attentes, ses espoirs. Il s’efforce de traduire un potentiel et il tente de faire passer son message sans trop connaître ceux qui vont le recevoir. Il y a donc énormément d’aléatoire et de subjectif dans tout ça. Beaucoup plus de questions de que réponses. S’il suffisait d’avoir du schiste ou du calcaire pour faire de grands vins, ça se saurait…

Pourquoi certains concerts donnent-ils lieu à des ovations, et d’autres sont-ils des bides complets? Pourquoi de la même partition peut-il sortir l’émotion… ou l’ennui?
Pourquoi l’adagio assai du Concerto en Sol Majeur de Ravel est-il bien moins connu que son Boléro ? Et pourquoi dure-t-il 9 minutes 15 quand c’est Hélène Grimaud qui le joue, et 10 minutes 40 quand c’est Léonard Bernstein? Faut-il parler de dilution? Ou de sur-extraction? Qu’en penserait le grand Maurice? Au fait, pourquoi certains vins semblent-ils alcooleux à 13°, et d’autres équilibrés à 15°?
Et pourquoi est-ce que je saisis mieux d’emblée Corelli que Boulez? Cornas que Bolgheri?
Quelle est la petite musique du terroir qui m’attire ou me repousse tour à tour? Ou bien est-ce la patte du vigneron, son coup d’archet, ses ornements, son rythme, qui révèlent, qui magnifient, ou qui gâchent tout?

«Rubato»

«Traduttore, traditore», disent les Italiens. Il y a celui qui traduit et celui qui trahit. Et puis, il y a aussi qui fait comme bon lui semble. «Rubato», annote-t-on alors à la main sur la partition.
C’est parfois très bien aussi. C’est juste autre chose. Parce que les vins de terroir ne sont pas les seuls vins possibles. Il y a les vins d’auteur. Quand l’interprète devient compositeur.
Au risque de choquer les terroiristes, ce n’est pas forcément moins intéressant.
Et si la modestie de bon nombre de vignerons les fait s’abriter derrière leur vigne ou leurs incomparables cailloux, nous pouvons tous trouver des exemples de vins où la vinification, l’élevage, l’assemblage, ou même certains choix à la vigne sont au moins aussi importants que l’endroit d’où vient le raisin, la composition du sol, le méso- ou le micro-climat – pensons aux Champagnes BSA, par exemple, ou à certains Sherries, Marsalas… mais cela ne se limite pas aux bulles, ni aux vins mutés.

En tout cas, il y a du mystère dans tout ça, et moi, mélomane et indécrottable rêveur que je suis, j’adore…

Hervé Lalau

PS: A propos de l’adagio du Concerto en Sol Majeur: pour moi, c’est le genre de morceau à déguster tranquille, au coin du feu, avec en main un verre de votre dernière bouteille de Banyuls ou d’Armagnac Cassaigne 1958. Mais je ne suis pas sectaire : j’accepte aussi un vieil Alamo Medium de Pedro Romero (je crois que la maison n’existe plus). Et là, tout peut s’écrouler pour autant qu’on atteigne le solo de flute.
Bien sûr, rien ne vous interdit de passer le CD en soirée, lors de la farandole, avec du spritz, mais pour plagier Bourvil « ça va marcher beaucoup moins bien».

Vins de Loire: D comme dynamisme, D comme diversité

Les deux documents ci-dessous, diffusés par Interloire, compilent des données assez intéressantes sur les performances des vins de Loire au cours de l’année écoulée, en France et à l’exportation.

On y observe que la région fait plutôt mieux que la plupart des grandes régions viticoles de France, ces derniers temps. Ce qui correspond notamment à un certain engouement des marchés pour le blanc.

A l’exportation, les trois produits les plus vendus sont le Sancerre, le Crémant de Loire et l’ensemble des rosés d’Anjou (Cabernet d’Anjou et Rosé d’Anjou). Juste derrière, on trouve l’IGP Val de Loire.

Un élément a retenu mon attention: le fait que selon les consommateurs français interrogés par d’Opinionway, la diversité de l’offre de la Loire est plutôt perçue comme un point positif. Et si la complexité d’une offre régionale pouvait finalement se révéler un atout, à l’inverse de ce que pensent les partisans d’une simplification des mentions?

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Hervé Lalau

Nouvelles règles pour l’AOC Corbières

Le 6 décembre dernier a été publié au Journal Officiel le nouveau cahier des charges de l’AOC Corbières. Plusieurs modifications sont à noter:

  • Trois nouveaux cépages (Carignan Blanc, Viognier et Marselan), sont homologués (le Marselan, à titre d’essai pendant 10 ans, et avec un maximum de 5% de l’encépagement, et le Carignan, à concurrence de 30% de l’encépagement).
  • Il faut désormais utiliser deux cépages au moins pour les blancs, la part du Muscat et du Viognier étant limitée à 5% de l’encépagement, et celle de la Clairette, du Piquepoul blanc et du Terret blanc à 10%.
  •  Le rendement maximum est ramené à 48 hectos à l’hectare pour les rouges, et à 50 pour les blancs, avec des rendements dits « butoir » de 58 et 60 hl/ha, respectivement (ce qui reste supérieur au rendement moyen observé dans cette région sèche et plantée à faible densité).

Plus globalement, ces changements sont à remettre dans la perspective d’un rapprochement avec l’AOC Languedoc, AOC vers laquelle les producteurs de Corbières pourront se replier en cas d’opportunité commerciale, moyennant une dégustation de contrôle. Le mention Vin du Languedoc pourra également apparaître sur les étiquettes.

Hervé Lalau

Boycotter les produits américains?

Je reçois ce matin un communiqué des Vignerons Indépendants au sujet des augmentations des taxes américaines sur les vins – augmentation déjà appliquée, et augmentation encore à venir.

Ceux-ci poussent un cri d’alarme devant la baisse des ventes de leurs membres aux Etats-Unis et demandent qu’un fonds de crise européen les soutienne.

A l’appui de leur thèse, ils produisent un sondage Opinion Way qu’ils ont commandité, selon lesquels «77% des Français sont prêts à boycotter dès aujourd’hui les produits américains pour défendre les vins français».

Autant je comprends l’inquiétude des Vignerons Indépendants face aux taxes américaines, et partage leur exaspération, autant je suis dubitatif face à l’argument du boycott.

Primo, quels produits les Français boycotteraient-ils?

Le Coca-Cola? Pour le marché français, il est produit en France, à ce que je sais ; ce seraient donc des emplois français qui seraient menacés.

Les vins californiens? Ils sont virtuellement absents de notre marché.

Les Kellogg’s Cornflakes ? Pour les ventes en Europe, la production s’effectue principalement en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni.

Les produits Apple, fabriqués en Asie? Amazon, installé au Luxembourg? La liste est longue des produits de marques américaines qui ne sont pas produites aux Etats-Unis.

Difficile de savoir qui l’on toucherait vraiment avec un tel boycott.

Secundo, je ne suis même pas sûr qu’il y ait encore 77% de Français qui consomment du vin en France. On peut donc s’étonner qu’ils soient si nombreux à vouloir le défendre bec et ongles. Ou serait-ce seulement du déclaratif ?

Tertio, le boycott est toujours une arme à double tranchant: taxes ou pas, les Américains nous achètent toujours beaucoup plus de vin que nous ne leur en achetons. S’ils apprennent que nous les boycottons, le risque est qu’ils boycottent nos vins en retour, ce qui aurait sans doute un effet encore plus grave que l’augmentation des taxes.

Pour rappel, de tels appels au boycott contre nos produits ont déjà eu lieu aux Etats-Unis, au moment de la deuxième guerre du Golfe, par exemple, ou encore pour obtenir l’arrêt de nos essais nucléaires.

Hervé Lalau

 

Saint-Chinian L’Apogée, un an après

Voici ce que j’écrivais l’an dernier à propos du Saint-Chinian L’Apogée 2014, des Vignerons d’Ensérune:

«85% de Syrah, 15% de Grenache sur calcaire. De la réglisse au nez, des épices, du café en bouche, des beaux tannins suaves ; c’est un vin ambitieux, peut-être un poil trop massif à mon goût. Mais du potentiel.»

Ce midi, j’ai débouché son petit frère, le 2015. Est-ce le millésime, ou bien moi? Toujours est-il que mes quelques réticences vis-à-vis de cette cuvée se sont évanouies.

Plutôt que de mettre l’accent sur le nez (fruit rouge, cerise et groseille, notamment), j’ai d’abord envie de vous parler de sa texture. Quel velouté! Quel belle intégration du bois! Et ce qui ne gâte rien, quel foisonnement d’épices – un peu de zan, un peu de cacao, un poil de menthe, aussi, qui donne de la fraîcheur à la finale.

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C’est une bouteille d’une grande concentration, mais surtout, d’une belle harmonie, pleine d’élégance – celle-là même qui me semblait faire un peu défaut au 2014.

On touche là au tout grand vin, du genre de ceux qui classent le Languedoc parmi les grandes origines – pour ceux qui en douteraient encore.

Il n’usurpe donc pas son nom d’Apogée, ni celui de la gamme à laquelle il appartient: «L’Atelier Prestige» de Foncalieu. Vous n’hésiterez donc pas à le mettre sur votre table de fête, sur un gibier par exemple. Chez moi, il a fait honneur à mon magret de canard aux airelles.

Cette cuvée est issue des parcelles de deux coopérateurs, Michel Cazevieille et Sébastien Roubichou, situées sur les hauteurs de Saint-Chinian. Dans cette partie de l’appellation, pas de schistes, mais des calcaires et des grès. Culture raisonnée et rendements faibles (de l’ordre de 15 hectos/hectare). 12 mois de barrique (grain fin).

Hervé Lalau

A Paris, chez Voisin, pour le Réveillon de Noël 1870

Que servait on chez Voisin lors du Réveillon de Noël 1870, en plein siège de Paris?

Du Mouton-Rothschild, du Château Palmer, du Latour Blanche et du Romanée Conti, déjà. Mais aussi du Champagne Bellanger (servi frappé). Mais aussi, du Xérès et du Porto Vintage (la marque n’est pas précisée, mais c’était du 1827).

De grands classiques qui tranchent avec les plats plutôt exceptionnels proposés au menu –  consommé d’éléphant, rôti de de chameau, terrine d’antilope, côtes d’ours, civet de kangourou, cuissot de loup… le cuisinier s’étant fourni auprès du zoo du Jardin des Plantes, faute d’autres fournisseurs.

A noter que le Mouton-Rothschild servi était beaucoup plus vieux que le Romanée Conti.

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Hervé Lalau