Boycotter les produits américains?

Je reçois ce matin un communiqué des Vignerons Indépendants au sujet des augmentations des taxes américaines sur les vins – augmentation déjà appliquée, et augmentation encore à venir.

Ceux-ci poussent un cri d’alarme devant la baisse des ventes de leurs membres aux Etats-Unis et demandent qu’un fonds de crise européen les soutienne.

A l’appui de leur thèse, ils produisent un sondage Opinion Way qu’ils ont commandité, selon lesquels «77% des Français sont prêts à boycotter dès aujourd’hui les produits américains pour défendre les vins français».

Autant je comprends l’inquiétude des Vignerons Indépendants face aux taxes américaines, et partage leur exaspération, autant je suis dubitatif face à l’argument du boycott.

Primo, quels produits les Français boycotteraient-ils?

Le Coca-Cola? Pour le marché français, il est produit en France, à ce que je sais ; ce seraient donc des emplois français qui seraient menacés.

Les vins californiens? Ils sont virtuellement absents de notre marché.

Les Kellogg’s Cornflakes ? Pour les ventes en Europe, la production s’effectue principalement en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni.

Les produits Apple, fabriqués en Asie? Amazon, installé au Luxembourg? La liste est longue des produits de marques américaines qui ne sont pas produites aux Etats-Unis.

Difficile de savoir qui l’on toucherait vraiment avec un tel boycott.

Secundo, je ne suis même pas sûr qu’il y ait encore 77% de Français qui consomment du vin en France. On peut donc s’étonner qu’ils soient si nombreux à vouloir le défendre bec et ongles. Ou serait-ce seulement du déclaratif ?

Tertio, le boycott est toujours une arme à double tranchant: taxes ou pas, les Américains nous achètent toujours beaucoup plus de vin que nous ne leur en achetons. S’ils apprennent que nous les boycottons, le risque est qu’ils boycottent nos vins en retour, ce qui aurait sans doute un effet encore plus grave que l’augmentation des taxes.

Pour rappel, de tels appels au boycott contre nos produits ont déjà eu lieu aux Etats-Unis, au moment de la deuxième guerre du Golfe, par exemple, ou encore pour obtenir l’arrêt de nos essais nucléaires.

Hervé Lalau

 

Baisse des ventes de vin aux Etats-Unis

Selon une étude du cabinet IWSR, la consommation de vin des Américains a baissé de 0,9% en volume en 2019 – la première baisse enregistrée en 25 ans. Elle a cependant progressé de 1% en valeurs.

Explications des experts; les Américains en général se détournent des vins d’entrée de gamme (à moins de 10 dollars américains) et la génération des « Millenials », elle préfère les cocktails ou les sodas. Quant aux Baby boomers, qui ont pris de la bouteille, ils ont tendance à réduire leur consommation dans une optique santé.

Le marché américain du vin représente quelque 38,3 milliards de dollars.

Hervé Lalau

109 years of Dry January

Jack Daniels rappelle aux usagers du métro londonien que le régime sec s’applique tous les jours, tous les mois, tous les ans depuis 109 ans dans le comté où se trouve sa distillerie.

Cela s’appelle de l’hypocrisie. Cachez cet alcool que je ne saurais voir. Mais produisez-le, et vendez- le quand même ailleurs, car ça crée de l’emploi et ça rapporte des taxes…

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Hervé Lalau

La jurisprudence Wichita Falls

La succursale Walmart de Wichita Falls (Texas) a interdit l’accès de son magasin à une cliente parce qu’elle avait consommé du vin sur le parking du supermarché en attendant l’ouverture.

Les faits se sont passés sur le coup de 9 heures du matin. Le quotidien local précise que la consommatrice buvait dans un gobelet en carton à la marque Pringle’s, tout en conduisant un chariot électrique pour personne handicapée.

La chaîne a appelé la police qui a signifié l’interdiction d’accès à la consommatrice.

On ignore si celle-ci, qui ne se trouvait pas sur la voie publique, a dû souffler dans un éthylotest. Et donc, si elle était dans un état d’ébriété.

Quoi qu’il en soit, cette histoire pose plusieurs problèmes; elle pourrait en effet faire jurisprudence. Il faudrait donc répondre d’urgence aux questions suivantes:

-Primo, est-il interdit de consommer du vin dans un gobelet Pringle’s? Et subsidiairement, cette interdiction concerne-t-elle le seul Wichita Falls, ou plus généralement, le Texas, ou encore, tous les Etats-Unis??

-Secundo, est-il interdit de consommer du vin sur un parking de supermarché (et là encore, seulement à Wichita Falls, ou bien dans tout le Texas ou encore, dans tous les Etats-Unis)?

-Tertio, est-il interdit de consommer du vin tout en conduisant un chariot électrique pour handicapé (à Wichita Falls, au Texas, aux Etats-Unis…)?

-Quarto, est-il interdit à un handicapé de consommer du vin?

-Quinto: est-il interdit de consommer du vin avant une certaine heure?

Ou bien, est-ce de faire le tout ensemble qui est interdit?

Hervé Lalau

International, mais pas trop..

Je reçois le communiqué annonçant la liste des finalistes du Prix Louis Roederer.

« Last night, in the stunningly refurbished Royal Academy Collections Gallery the winners of the 14th Annual Louis Roederer International Wine Writers’ Awards (LRIWWA) were announced to a room crowded with international press and trade personalities.

With a glass of Louis Roederer Brut Premier en Magnum to hand, the guests were warmly welcomed by Richard Billett, MD of Maisons Marques et Domaines who took the opportunity to thank the sponsors for helping make the awards possible, the judges for their time, skill and patience, and of course to wish the shortlisters the very best of luck.  The inimitable chairman of the judges, Charles Metcalfe echoed these sentiments emphasising that “everyone was shortlisted because of their exceptional achievements”, with entries that were “beautifully crafted”, “pithy”, “insightful” and “challenging”.

Et comme à chaque fois, il me faut pousser une saine gueulante: comment ce prix réservé aux seuls anglophones peut-il s’autoproclamer « international »?

Nous autres Français sommes souvent chauvins, et parfois ignorants de ce qui se passe hors de nos frontières. Mais nos amis anglo-saxons ne valent guère mieux que nous s’ils pensent qu’ils représentent le monde entier.

Quid de la presse du vin en langue espagnole, portugaise, italienne, néerlandaise, danoise, suédoise, grecque, finlandaise, polonaise, tchèque, russe, hongroise, chinoise et même, soyons fous, de la presse française?

Le plus drôle, c’est que le prix soit remis par une marque… française!

Hervé Lalau

L’oeuf de Google

Il y avait l’oeuf de Colomb, il y a maintenant l’oeuf de Google.

Celui que Google  a retiré de son émoticon « salade », pour ne pas froisser les vegans.

Vegan Salad

Il paraît que c’est par souci d’ « inclusion » et pour favoriser la diversité.

Drôle de diversité que celle qui ramène au plus petit dénominateur tous les consommateurs potentiels d’un produit – et qui en exclut la majorité.

Si jamais demain il se trouve une secte pour réprouver la consommation de produits d’origine végétale, au titre du respect de Mère Nature, qui crie quand on arrache un plant de salade, que restera-t-il dans le bol de Google?

Nous avions déjà la secte des hygiénistes anti-vins, avions-nous besoin de celle des anti-oeufs? Et surtout, devons-nous accepter qu’une organisation comme Google, qui prétend offrir des services à tout le monde, cautionne implicitement leurs choix de consommation?

Plagions le Révérend Niemöller:

«Quand ils ont dénoncé les mangeurs de grenouilles, je n’ai rien dit, je ne mange pas de grenouilles.

Quand ils ont dénoncé les restaurateurs qui proposent du foie gras, je n’ai rien dit, je ne suis pas restaurateur.

Quand ils ont dénoncé ceux qui tuent les animaux pour qu’on les mange, je n’ai rien dit, je ne suis pas boucher.

Quand ils ont dénoncé ceux qui collent le vin avec des protéines animales, je n’ai rien dit, je ne suis pas vigneron.

Quand ils ont dénoncé ceux qui boivent du vin, je n’ai rien dit, j’ai continué à boire, mais plus discrètement, et toujours avec modération.

Puis ils ont enlevé les oeufs des salades, Et il ne restait plus personne pour dire grand chose.»

Le plus pathétique, dans l’histoire, à mon sens, ce ne sont pas les habitudes des vegans, qui ont bien le droit de manger ce qu’ils veulent, pourvu qu’ils n’exigent rien des autres; mais la complicité passive de Google, qui se moque de la majorité silencieuse.

Google n’en est pas à sa première incursion dans le monde des bisounours de la consommation correcte; ainsi, l’an dernier, le site de recherches internet a dû modifier l’émoticon « bière », car croyant bien faire en ne remplissant le verre qu’à moitié (modération oblige), Google avait laissé de la mousse au déborder du verre.

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Quand le politiquement correct défie la physique, les bornes n’ont plus de limites..

Hervé Lalau

Si j’étais vous, cher voisin…

Régulièrement, je lis dans les gazettes des articles où l’Allemagne exhorte la France à redresser ses finances; quand ce n’est pas la France qui fait la leçon à l’Italie ou à la Grèce; ou Bruxelles qui tance Budapest sur sa politique migratoire, ou Varsovie sur ses institutions.

Cela me fait sourire: généralement, quand un voisin vous dit quoi faire pour améliorer votre intérieur, embellir votre jardin, mieux habiller vos gosses, il y a trois solutions:

1° Vous lui mettez sur la gueule;

2° Vous l’écoutez poliment mais vous ne faites rien;

3° Vous faites exactement le contraire de ce qu’il dit. C’est humain, de quoi il se mêle, celui-là, et puis il les a vus, ses sales gosses, à lui, et sa foutue baraque, et son jardin de merde…

Bon, la 4ème solution, ce serait de vous dire qu’il a peut-être raison, qu’il veut bien faire. Mais psychologiquement, à moins que vous soyez sous Prozac, c’est improbable.

Chers-voisins

Chers Voisins, de Bercovici & Dal

Toujours est-il que ça m’a donné des idées.

Imaginez que notre ancien sinistre de l’Economie, M. Moscovici, devenu commissaire européen, fasse les gros yeux à la France au sujet de ses déficits chroniques. Oups, mauvaise pioche, il le fait. A croire que les politiciens nous prennent pour des poissons rouges.

Mais intéressons-nous au vin.

Imaginez un peu que la Bourgogne dise au Bordelais ce que le mot Grand Cru doit recouvrir (c’est à dire un terroir, une parcelle, et non un domaine).

Imaginez que le Rhône Sud dise au Rhône Nord que l’assemblage est la condition sine qua non pour obtenir de grands vins, que la Syrah est trop capricieuse…

Imaginez que l’Alsace dise à la Champagne que ses rendements sont trop élevés (bon, OK, mauvais exemple).

Imaginez que le Roussillon dise à la Loire qu’il ne faut pas chaptaliser.

Imaginez que le Layon dise à Sauternes qu’on ne peut pas cryoextraire.

Imaginez que des vignerons bio disent à des coopératives qu’on a pas le droit d’employer la flash-détente.

Imaginez que la France dise à l’Espagne qu’elle n’a pas assez d’AOC.

Imaginez que l’Australie dise à la France que toute AOC doit pouvoir planter toutes sortes de cépages.

Imaginez que l’Afrique du Sud nous dise qu’il doit y avoir un minimum de propriétaires noirs dans la viticulture française.

Imaginez que le Chili dise à l’Europe que le rosé de coupage, finalement, donne de bons résultats si les deux vins utilisés dans l’assemblage sont de qualité.

Imaginez que je dise à mes amis Marie-Louise, Marc, Jim, Michel et David, des 5 du Vin, comment ils doivent écrire…

Hervé Lalau

Experts des sondages, ou le Tokay expliqué aux électeurs

Il est souvent rigolo de comparer ce que les experts des sondages nous annoncent et les résultats des élections.

Ainsi, le Brexit était donné perdant jusque tard dans la nuit du vote. De même, aux Etats-Unis, la victoire d’Hillary Clinton ne faisait guère de doute pour les gens bien informés.

Dans le même ordre d’idées, j’ai noté cette belle analyse de l’agence Bloomberg à propos des dernières élections en Hongrie. « Précis et passionnant », comme dit Mme Autret.

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Avec des si, Viktor Orban aurait perdu à plate couture; et on vendrait plus de Tokay en France.

Moi, j’adore le Tokay. J’ai eu la chance d’aller sur place, et j’en déguste de temps à autre. Il fait partie de ces appellations, qui, non seulement, ont marqué l’histoire du vin, mais ont en plus, à mon sens, un présent et un futur; même si le vin doux n’a plus autant la cote que par le passé, le Tokay présente des niveaux d’acidité qui lui permettent de cumuler complexité et fraîcheur.  Bref, je le soutiens, et avec lui, la petite communauté de vignerons hongrois et étrangers qui ont su lui redonner une actualité.

Je suis pas sûr que j’en ai fait vendre une seule bouteille de plus; que j’ai jamais vraiment suscité l’envie du consommateur, et peut-être au moins aussi important, que j’ai suscité l’intérêt des importateurs et des cavistes – car pour que les consommateurs français, belges ou suisses puissent en acheter, il faut encore qu’ils puissent en trouver.

Et vous savez quoi: en Belgique, il était plus facile d’en trouver, même en supermarché, du temps de János Kádár que du temps de Viktor Orbán. La dictature communiste ne semblait pas effaroucher nos distributeurs, à l’époque.

Mais pour en revenir à Bloomberg et à tous les commentateurs prétendument autorisés de la politique actuelle, la grande différence, entre eux et moi, c’est qu’ils prennent souvent leurs affinités pour des réalités.

Moi, je me contente de vous parler de ce que j’aime, et vous en faites ce que vous voulez. Je ne mélange pas les genres. Vous n’êtes pas obligés de me croire, de me suivre, de boire comme moi.

Et encore moi de voter comme moi – ce qui ne regarde que moi.

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Hervé Lalau

 

Les IGP Pays d’Oc ont cartonné à l’export en 2017

En 2017, avec plus de 2,4 millions d’hectolitres vendus, l’IGP Pays d’Oc a représenté pas moins de 74% de l’exportation des vins du bassin Languedoc-Roussillon. Ce chiffre est en hausse de 6,1% (et de 3,2% en valeur) par rapport à l’année précédente.

Les vins AOC de la région viennent assez loin derrière, avec 16% des exportations régionales.

Cette croissance de l’IGP Pays d’Oc s’explique notamment par la belle performance de ses rosés (+9,4%);mais aussi, plus globalement, par la percée du label sur les marchés d’Asie (+17,1%) et aux Etats-Unis (+25,4%), toujours en volume. Sans oublier une reprise sensible du marché allemand (+7%).

Pour Florence Barthès, la Directrice Générale de l’IGP Pays d’Oc, ce succès est à rapprocher de la vogue mondiale pour le cépage, un repère important pour les consommateurs, notamment à l’exportation: « Pays d’Oc IGP représente le plus grand label mondial de production de cépages, sa notoriété est un facteur de compétitivité à l’export pour nos grandes marques parce que l’origine Pays d’Oc IGP est un élément différenciant ».

Côté production, ce succès est aussi « la marque de la confiance des producteurs et des metteurs en marché dans un signe de qualité porteur de valeur ajoutée ».