Accord UE-Chine: les IGP ne sont pas des AOP

Petit rappel utile, suite aux articles parus sur l’accord entre l’Union européenne et la Chine sur la protection des labels: il y a trois catégories d’indications de provenance en Europe; les Appellations d’Origine Protégées (liées à un terroir, leur cahier des charges exigeant que toutes les phases de l’élaboration du produit se passent dans l’aire d’appellation délimitée), les Indications Géographiques Protégées (liées à un savoir faire et à un territoire, sans que toutes les étapes du processus de fabrication ne doivent forcément avir lieu dans la zone délimitée) et les Spécialités Traditionnelles Garanties, qui protègent une méthode de fabrication.

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Source: réseau d’information de l’UE

 

Le Champagne, le Bordeaux, le Comté, la Feta et le Porto (cités dans la dépêche ci-dessous) sont des AOP, pas des IGP.

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Source: AFP

Hervé Lalau

Les IGP Pays d’Oc ont cartonné à l’export en 2017

En 2017, avec plus de 2,4 millions d’hectolitres vendus, l’IGP Pays d’Oc a représenté pas moins de 74% de l’exportation des vins du bassin Languedoc-Roussillon. Ce chiffre est en hausse de 6,1% (et de 3,2% en valeur) par rapport à l’année précédente.

Les vins AOC de la région viennent assez loin derrière, avec 16% des exportations régionales.

Cette croissance de l’IGP Pays d’Oc s’explique notamment par la belle performance de ses rosés (+9,4%);mais aussi, plus globalement, par la percée du label sur les marchés d’Asie (+17,1%) et aux Etats-Unis (+25,4%), toujours en volume. Sans oublier une reprise sensible du marché allemand (+7%).

Pour Florence Barthès, la Directrice Générale de l’IGP Pays d’Oc, ce succès est à rapprocher de la vogue mondiale pour le cépage, un repère important pour les consommateurs, notamment à l’exportation: « Pays d’Oc IGP représente le plus grand label mondial de production de cépages, sa notoriété est un facteur de compétitivité à l’export pour nos grandes marques parce que l’origine Pays d’Oc IGP est un élément différenciant ».

Côté production, ce succès est aussi « la marque de la confiance des producteurs et des metteurs en marché dans un signe de qualité porteur de valeur ajoutée ».

Le Grand Larousse du Vin, édition 2016

Comment être objectif à propos d’un ouvrage auquel on a collaboré, ainsi que plusieurs très bons camarades (David Cobbold,  Marc Vanhellemont, des 5 du Vin, ainsi que l’excellent Sébastien Durand-Viel)? Je n’essaierai même pas…

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Reste que c’est une belle brique (près de 700 pages), une mine d’info, et que pour une fois qu’un ouvrage français (pas une traduction) s’ouvre assez largement aux vins du monde, c’est une initiative à saluer.

J’ai eu d’autant plus de plaisir à participer à cette aventure collective (assez modestement, à dire vrai, juste une vingtaine de pages) que ce fut l’occasion pour moi de rendre hommage à quelques vignerons que j’apprécie. En effet, la seconde partie de l’ouvrage, qui passe en revue les grands vignobles du monde, illustre certains grands terroirs par des pages consacrées à des domaines précis, choisis par les auteurs.

Pour moi, ce furent le Domaine d’Aupilhac, le Mas Jullien, Antoine Arena, Egon Muller, Klein Constantia, Catena Zapata, le Château d’Aquéria, Miguel Torres, Bodegas Lustau, Grange, Quinta do Noval et Antinori.

Une belle brochette, non? Et une belle diversité, aussi.

Mais il y a bien d’autres bonnes raisons de lire ce livre, ou de l’offrir. Le vin, c’est de la culture liquide, qui se boit, et qui se lit aussi.

On dit qu’un homme averti en vaut deux. Un buveur bien informé aussi.

 

Capitalistes et communistes

« Le comité départemental technique de l’Aude de la Safer Languedoc Roussillon vient d’émettre un avis favorable à la candidature, pour la reprise du Château la Bastide, de l’importateur de vins chinois BHC International Wine Assets Management ».

En lisant ce petit texte, sur le site de Lully Conseil, j’ai souri. Non à cause de la transaction en elle-même, mais à cause du contraste. Du paradoxe, même.

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Voila donc une société d’investissement d’un pays communiste qui obtient le feu vert d’une sorte de monopole d’Etat, qui a la main-mise sur l’attribution des terres d’un pays capitaliste.

Qui est libéral? Qui est cadenassé?

Vin et dépression

La communauté scientifique s’interroge toujours sur le lieu exact de l’apparition du vin. Le Caucase est souvent cité. Mais il est une région également où la culture de la vigne est attestée depuis des millénaires; la dépression de Turfan, en Chine de L’Ouest.

Ma question est simple et s’adresse moins aux historiens qu’aux prohibiltionnistes et aux labos pharmaceutiques: le vin de Turfan améliore-t-il le quotidien des gens en dépression?

Question annexe:  ouigour, ou non?

Bodegas Torres accusé de fraudes par son ancien distributeur bolivien

Une bien curieuse affaire. La maison Miguel Torres est accusée de fraude fiscale et commerciale par son ancien distributeur bolivien, San Jorge.

Déclarant se baser sur des analyses confiées à un laboratoire de la Rioja, San Jorge prétend que les Brandies Torres 5 et Torres 10, mais aussi Viña Sol, Viña Sol, Mas La Plana, Milmanda et Santa Digna Sauvignon Blanc ont été falsifiés, soit en termes de cépages, soit en termes d’origine ou de compte d’âge.

Cependant, le laboratoire en question, Excell Ibérica, a formellement démenti cette information.

Les prémices de la dispute remontent à 2012, avec le blocage à la douane chilienne d’une cargaison de produits de Torres, notamment des huiles d’olive, dont San Jorge prétend que la date limite de consommation avait été dépassée – notons que les modes d’étiquetage diffèrent entre l’Europe et l’Amérique latine, à ce sujet, entre les formules « à consommer de préférence avant… » et « date limite de consommation ».

Pour faire bonne mesure, San Jorge accuse également Torres d’évasion fiscale via une participation mexicaine, Negrita, au travers de sur-facturations supposées, ainsi que de détournement de fonds européens.  

D’après San Jorge, un juge de Barcelone aurait ouvert une instruction à ce sujet à la fin août.

Torres dit attendre la notification officielle de ces accusations; se référant à l’une d’elles, le groupe catalan fait tout de même remarquer qu’aucune analyse de laboratoire ne pourrait établir avec précision le temps de vieillissement d’un brandy.

Torres indique également avoir cessé ses relations commerciales avec San Jorge en septembre 2013, le groupe bolivien lui étant toujours redevable, toujours d’après Torres, de quelque 600.000 euros d’impayés.

Pourquoi importons-nous tant de miel?

Le marché du miel pourrait-il préfigurer l’évolution de celui du vin dans un futur plus ou moins proche?

Si c’est le cas, les viticulteurs français ont du soucis à se faire…

Jusque dans les années 1990, la France était globalement auto-suffisante en miel. Mais en 10 ans, sa production a été divisée par deux. Elle ne représente plus qu’un peu plus d’un tiers de la consommation nationale (15.000 tonnes sur 40.000).

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A quoi reconnaît-on une abeille française? Au prix de son miel!

Selon France AgriMer, la France a importé 25.500 tonnes de miel en 2012, principalement en provenance d’Espagne, de Chine, d’Ukraine, d’Argentine, d’Allemagne et de Hongrie. 

En cause, principalement le prix: un kilo de miel français coûte 3 euros à produire, pour seulement 1,5 euro en Espagne, par exemple. Difficile à comprendre si l’on se dit que l’essentiel du boulot est fait par les abeilles, qui ne connaissent pas notre code du travail et dont les habitudes ne dépendent a priori pas de la langue ou du modèle social du pays où leur ruche est implantée. Mais il y a tout le reste, la main d’oeuvre humaine, l’entretien des ruches, la récolte, la mise en pot – tout cela est imposé, encadré, assujetti – plein pot, au tarif national.

D’un autre côté, les producteurs français émettent de sérieux doutes sur la qualité de certains miels importés – notamment en provenance de Chine (premier producteur mondial, avec plus de 500.000 tonnes). Selon eux, les producteurs de l’Empire du Milieu écourteraient le cycle naturel de maturation du miel pour réduire les coûts, ne permettant pas aux abeilles de reboucher les alvéoles.

Pourquoi donc est-ce que je pense à des vins dont les raisins sont récoltés en sous-maturité et qui sont abondamment chaptalisés?

Qui qu’il en soit, le miel ainsi récolté contiendrait trop d’eau et se conserverait moins bien. 

Le hic, apparemment, c’est que le consommateur français ne fait guère la différence. Le produit s’appelle miel dans les deux cas, et l’origine est souvent assez discrète sur l’emballage. Alors il achète le moins cher.

Comment remédier à cet état de fait? Interdire les importations? Pour celles en provenance de l’Union européenne, ce serait contraire à la libre circulation des marchandises. 

Abaisser le coût du travail en France? C’est contraire au modèle français.

N’en déplaise à M. Montebourg, la part du miel national devrait donc continuer à baisser dans la consommation française.

 

MW: Cho devant

Je n’en finirais pas de râler à propos des Bordeaux 2013. Et de la complaisance dont ils sont l’objet.

Passe encore que les producteurs assurent la promotion. Mais que des confrères et consoeurs se croient obligés de les appuyer, cela dépasse les bornes.

C’est pourtant ce que fait Jeannie Cho. Cette Master of Wine venue d’Asie n’hésite pas à parler d« un équilibre entre tannins légers et acidité comme on en n’avait plus vu depuis longtemps ». Et à vanter les qualités rafraîchissantes de ces vins (la fraîcheur étant aujourd’hui au Grand Cru ce que les plumes sont au lapin). Quant au prix au litre de cette étonnante fraîcheur, Mme Cho n’en souffle mot; il n’y a que des esprits mesquins comme le mien pour s’intéresser à de si basses considérations.

Même en ce jour de Pâques, Mme Cho (MW) pousse un peu loin la charité chrétienne.

J’ai lu avec attention les notes de dégustation d’autres collègues ayant assisté aux primeurs, et dont j’ai déjà eu l’occasion d’apprécier les efforts d’objectivité, comme l’oenologue Fabian Barnes. L’image que je me suis faite ressemble plutôt à celle d’un échouage massif de globicéphales amaigris et désorientés par le mauvais temps qu’à celle d’une pêche miraculeuse. Même en tirant sur l’élastique du langage, la dilution et la verdeur ne deviendront jamais de la fraîcheur. Pour employer une autre comparaison, plus automobile, celle-là, j’ai l’impression que Mme Cho (MW) veut nous vendre une Ferrari avec un moteur de 2CV, mais au prix habituel, en nous vantant le fait que la sous-motorisation nous évitera des accidents.

Ce qui me fait me poser deux questions très existentielles.

Primo, le meilleur équilibre à Bordeaux est-il atteint lors des années de sous maturité, comme 2013? Avec comme question subsidiaire: doit-on modifier l’encépagement bordelais pour être sûr que les cépages ne mûrissent jamais, même dans les années correctes?

Secundo, le titre de MW est-il toujours une garantie de sérieux, de compétence à la dégustation et d’indépendance d’esprit?

Ou s’oriente-t-on vers une nouvelle définition de ce prestigieux acronyme, à savoir « Merchant of Wine »?

 

Le Morgon 2011 de Piron contribue au rapprochement sino-français

Le président chinois en visite en France ne concevait pas de voir Lyon sans déguster un bon Beaujolais. Toute comparaison avec un président français en visite dans un pays viticole étranger serait désobligeante, aussi m’en abstiendrai-je.

Toujours est-il que selon le souhait de M Xi, Dominique Piron s’est chargé de représenter le Beaujolais dans les salons de l’hôtel de ville, le 25 mars dernier, avec son excellent Morgon 2011 (je peux le dire, car je l’ai goûté à une autre occasion).

Il confirme que le président chinois est un adapte du Beaujolais, vin abordable dans tous les sens du terme.

«Le marché du vin en Chine est très grand» a déclaré Xi Jinping, un peu à la manière d’une maxime chinoise légèrement absconse. Mais sans doute faillait-il y voir un encouragement, maintenant que les barrières techniques à l’importation viennent d’être levées en Chine.

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M. Xi – ou serait-ce M. Piron?

Un amoureux du Beaujoiais, en tout cas… (Photo (c) H. Lalau)

En tous cas, le ministre français des Affaires étrangères a glissé « bien joué » au producteur français. Sur ce coup-là, je suis 100% Fabiusien.

Qui sait si nos vins, en plus de représenter une belles sources de devises, ne contribuent pas à huiler les rouages de nos relations extérieures? Avec la Chine, il y avait la diplomatie du ping-pong, la diplomatie du panda, il y a maintenant la diplomatie du Morgon (Côte de Xi, bien sûr)

Peut-être M. Fabius devrait peut-être ouvrir une ambassade à Paris, auprès du ministère de la Santé?