Montée en gamme des vins vendus dans la distribution belge

Selon les derniers chiffres du panel ACNielsen, qui mesure les ventes en grande distribution, les achats de vins tranquilles des Belges ont augmenté sensiblement dans ce circuit. Entre début août 2020 et fin juillet 2021, ceux-ci ont progressé de 5,7% en volume, pour atteindre 209,7 millions de cols, et de 9,5% en valeur, à 979 millions d’euros.

Une simple comparaison entre ces deux chiffres permet de réaliser que le prix unitaire des vins vendus en GD a fortement augmenté (même s’il n’est encore que de 4,69 euros, ne rêvons pas)…

Toutes ces évolutions s’expliquent d’abord par la fermeture des restaurants, d’octobre à juin, ainsi que par les difficultés pour passer les frontières. Pour retrouver ce qu’ils ne pouvaient plus boire en restauration, ou acheter moins taxé à l’étranger, notamment chez le producteur, les Belges ont été tentés d’acheter un peu plus cher que d’habitude en supermarché.

Il serait intéressant de comparer ces chiffres avec ceux des commerces spécialisés en vin.

Hervé Lalau

Chez Léon revient en force à Bruxelles

Durant toute la sinistre période que vient de vivre la restauration, en Belgique comme en France, Léon, rue des Bouchers, à Bruxelles, ne s’est pas croisé les bras. Des travaux d’aménagement ont renforcé la belgitude du lieu. C’est ainsi que les clients peuvent désormais découvrir, dans la multitude d’espaces de la maison, toute une série d’hommages au noir-jaune-rouge, ceci à travers un véritable parcours «muséologique».

Entre une fresque en clin d’œil à Magritte — «Ceci n’est pas une moule» — et une étonnante sculpture en forme de moule réalisée comme un saxophone en hommage à Adolphe Sax, c’est une véritable collection que le visiteur peut retrouver, et notamment la fameuse fusée emblématique de « On a marché sur la Lune » en référence à Hergé ou encore un mur entièrement tapissé des fleurons de la BD belge.

À signaler également, un très amusant Atomium dont chaque boule est une tête de Gaston Lagaffe et une magnifique scénographie qui, dans un véritable tourbillon, grimpe vers le plafond en emportant aussi bien des bandes dessinées que des souvenirs liés à l’histoire de Léon. Enfin, au mur, on pourra encore découvrir une lithographie originale de Folon, réalisée à l’occasion de l’ouverture du premier Léon à Paris, ou encore un dessin unique du Chat de Philippe Geluck…

Alors, qu’attendez-vous pour renouer avec les moules, les frites, le vin de Moselle (ou d’ailleurs) et la culture belge?

Chez Léon

18 rue des Bouchers à 1000 Bruxelles 

Tél. +32 (0)2 511 14 15

Le goût du partage

Ce soir, j’aurai le plaisir d’animer pour quelques amis une session d’initiation à la dégustation, dans le style de celles que j’ai proposées à Beyrouth au printemps dernier.

Je suis content de le faire, non seulement pour essayer de remettre le vin dans le contexte d’une consommation culturelle et modérée, mais aussi parce que cela me permet à chaque fois de redécouvrir le vin au travers de ce qu’en pensent les consommateurs de base. Ayant la chance de déguster beaucoup, très varié, et souvent très bon, j’ai toujours peur de tomber dans l’élitisme.

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En écoutant ceux qui achètent leur bouteille, parfois cher, dans l’espoir de se faire plaisir, et de faire plaisir à leurs invités, je m’aperçois qu’ils n’en ont pas toujours pour leur argent; ou bien, parfois, qu’ils ne comprennent pas un vin parce qu’il s’écarte trop de leurs habitudes; ou encore, parce qu’il ne correspond pas à ce qu’ils pensaient avoir acheté.

Pour toutes ces raisons, l’information autour du vin me semble utile.

A condition qu’elle reste compréhensible et en lien avec des vins abordables, ou au moins trouvables.

Hervé Lalau

Le rosé, ce n’est pas que la France!

Sous la plume de Rachelle Lemoine, Le Parisien vient de faire paraître une alléchante sélection de vins d’été à petits prix, et notamment de rosés.

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Malheureusement, le quotidien de la ville la plus cosmopolite de France… a oublié les vins étrangers.

Je me permets donc de compléter cette sélection avec quelques suggestions de mon cru, toujours parmi les vins les plus accessibles…

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Pour l’Italie, le Chiaretto de Guerrieri Rizzardi

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Pour l’Espagne, le rosé de Navarre de Gran Feudo

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Pour le Liban, le Sunset de Château Ksara

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Pour la Tunisie, le Désir Rosé de Shadrapa

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Pour le Maroc, un gris de Boulaouane

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Pour le Portugal, ce rosé du Douro de Quinta Nova (non, pas Mateus)…

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Pour l’Algérie, la Fleur d’Aboukir des Grands Crus de L’Ouest Algérien

Vous pouvez compléter vous-mêmes, si vous avez eu l’occasion de déguster des vins de cette tendre couleur au cours de vos voyages à l’étranger, ou bien au restaurant.

Pour moi, c’est un peu de la déformation professionnelle. Primo, je suis juré au Concours Mondial du Rosé, à Cannes. Secundo, je suis pour la libre circulation des vins. Nous autres Français vendons assez de rosés par delà nos frontières pour avoir le droit (et l’envie) de goûter ceux de nos voisins, c’est-ce pas?

D’autant que la palette est large…

Hervé Lalau

 

 

 

Géopolitique, vin et distribution

La vente des vins produits sur les territoires syriens occupés par Israël – le Plateau du Golan – a été à l’origine de plusieurs recours, notamment en Suède et au Canada.

En Belgique, chez Delhaize, on a contourné le problème: ces produits sont présentés comme vins des « Golan Heights ». La firme belge se conforme ainsi au droit européen, qui, depuis 2015, interdit d’utiliser la mention « Produit d’Israël » pour les vins de ces territoires.

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Plus curieux, cependant: sur la ligne « pays d’origine », Delhaize indique « N.A. », pour non available, non disponible. Un vin peut donc avoir une appellation d’origine (et être soumis à la réglementation d’un pays, celle d’Israël, en l’occurrence), sans avoir de pays d’origine! Il fallait l’oser. Golan l’a fait.

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Cela ne règle pas la question fondamentale, cependant: celle de la propriété des terres, des vignes, des raisins et des vins qui en sont issus; et donc, du droit de les exporter. L’annexion du Golan par Israël ayant été condamnée par une résolution de l’ONU.

Hervé Lalau

 

Le Champagne au prix du Prosecco…

A moins que ce ne soit l’inverse!

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Voila qui relativise en tout cas le discours de ceux qui affirment que le consommateur achète moins de Champagne, mais plus cher – comme on pouvait le lire il y a quelques jours sur le site d’Europe 1.

Notez que ma photo a été prise chez Carrefour, mais pas en France. En Belgique. Pays où le Prosecco et le Cava sont depuis plusieurs années de sérieux concurrents pour le Champagne.

Jusqu’à présent, cependant, le Champagne y était généralement vendu beaucoup plus cher que ses concurrents.

Attardons-nous un moment sur la marque du Champagne proposée ici: le Marquis de Marmontel. Noblesse de bulle, on s’en doute (un rapport avec Jean-François Marmontel, auteur français du 18ème, pourtant tout à fait roturier?). En tout cas, son élaborateur n’est autre que la maison Gruet, à Buxeuil (Côte des Bars).

Longtemps l’apanage du discounter Colruyt, notre Marquis semble avoir remplacé chez Carrefour la marque Louis Daumont dans la catégorie des premiers prix.

En parlant de prix, on notera que celui-ci a pas mal fluctué avec les années: 12 euros en 2005, 9,79 euros en 2009, 16 euros en 2012 (toujours chez Colruyt, à l’époque), et aujourd’hui, donc, 10,95. reste à voir s’il s’agissait toujours de la même cuvée, cependant.

Hervé Lalau

Un restaurant bruxellois qui aime le vin: Le Passage

Vous visitez Bruxelles, ou vous y habitez? Vous êtes gastronome et vous avez envie de vous payer un bon repas, accompagné d’une sélection de vins de maisons de confiance – je parle d’une sélection, pas d’une carte à rallonge, épaisse comme un bottin? J’ai ce qu’il vous faut, c’est Le Passage, à Uccle, côté Sud.

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J’ai testé, un midi de la semaine dernière.
Imaginez une salle pleine de clarté, avec une terrasse, une déco très sobre, ni trendy à outrance, ni vieillotte; un accueil sympathique, ni obséquieux, ni guindé, ni collant; des assiettes bien garnies: le saumon délicatement fumé et finement tranché était présenté comme une fleur; les noix de Saint-Jacques étaient tendres à souhait, et le conseil du sommelier (je me suis laissé guider, cela me changeait), le Saint-Romain 2016 d’Alain Gras, était des plus avisés.
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Au total, un peu plus de 80 vins sont proposés, dans une gamme de prix raisonnable; dixit Pierre Duqué, le gérant: «nous avons resserré notre offre, les gens ne veulent plus dépenser 150 euros pour un vin, ce temps là est révolu.»
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Pour les petites soifs, les petits budgets ou les petits permis à points, la maison propose aussi quelques vins au verre (dont l’excellent Côtes-de-Gascogne du Domaine du Chiroulet, et le rouge du Domaine de Silène, en Languedoc).
Autres jolis choix: Bockel et Zind Humbrecht (et on remonte jusqu’en
2012, histoire de montrer que les Alsace peuvent vieillir), Château de Maligny à Chablis, Château du Cèdre à Cahors, Domaine de l’Hortus en Pic Saint Loup, Domaine du Colombier en Crozes-Hermitage, Bodegas Mas Alta en Priorat. Sans oublier un large choix de seconds vins de grands châteaux de Bordeaux.
Je vous le disais: ici, pas de chichis, pas d’esbroufe, mais du rapport qualité prix.
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Publicité gratuite d’un convive satisfait…
Le Passage, 17 avenue J & P Carsoel, 1180 Bruxelles +32 2-374 66 94. Parking privé

Hervé Lalau

In Vino Veritas, 10 ans déjà

Voila bientôt 10 ans que Philippe Stuyck, dans sa grande sagesse (ou dans son inconscience) m’a confié la rédaction en chef adjointe de sa revue, In Vino Veritas. C’est un peu son bébé. Alors je fais office de nourrice ou de précepteur.

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Je participe à l’élaboration des programmes rédactionnels (mot pompeux qui cache la difficulté qu’il y a à faire rentrer toute l’actualité du vin dans un magazine dont le nombre de pages ne va pas en s’élargissant), je supervise certains dossiers, j’en écris d’autres et j’en corrige la plupart, avec la volonté illusoire et toujours contredite de donner une sorte de ligne éditoriale à un « machin » dont l’intérêt premier est d’être un foisonnement d’idées parfois contradictoires, et c’est sa richesse.

Bref, je peste parfois, mais je ne m’ennuie jamais.

Ceci pour vous expliquer que je ne peux pas être neutre, ni objectif quand il s’agit de cette revue. En plus, je suis un de ses plus vieux contributeurs, ayant commencé à y écrire, d’abord épisodiquement, puis plus régulièrement, il y a plus de « vins » années bachiques standard.

Si je vous en parle, c’est moins pour ces deux anniversaires que pour rappeler certains de ses mérites.

In Vino Veritas est indépendant. Il ne dépend d’aucun groupe de presse, d’aucune régie.

In Vino Veritas est un organe de presse, un point c’est tout. Il n’organise pas de concours, ni de big tasting, il n’est pas l’émanation d’un club d’oenophiles, il n’édite pas de guide de vins.

In Vino Veritas est un magazine d’opinion. Il fait des choix. Il ne vise pas à plaire à tout le monde. Il ne se sent pas le droit de publier que les grands crus de Bordeaux, en 2013, ont le mérite d’être des vins de plaisir. Surtout pas au prix demandé.

In Vino Veritas n’a aucun lien avec la production. Il ne gère pas de groupement de producteurs, son patron ne possède pas de vignes, ne produit pas de vin, ne bénéficie pas de mise en avant dans la grande distribution. Ne propose pas de « deals » à ses lecteurs sur les vins qu’il sélectionne.

Tout ça ne favorise pas toujours son développement. Car ses seules rentrées d’argent sont les abonnements de ses lecteurs et les publicités de ses annonceurs.

Mais tout ça explique aussi que ceux qui y collaborent s’y plaisent, en général.

Ils y entrent par cooptation, parce qu’ils partagent des valeurs, un intérêt commun pour le vin et ceux qui le font, une ambition, une esthétique.

Ils en sortent quand ils ne partagent plus ces valeurs, ou quand ils deviennent vignerons, ou quand ils meurent.

Ils ont l’envie de partager ce que ce métier nous donne de plus beau: un contact permanent avec le vignoble; avec tout ce que cela comporte de moments magiques, enthousiasmants, de coups de colère et de déceptions, aussi.

Ce qui ne les empêche pas de se tirer la bourre entre eux, car ils ne cherchent pas l’unanimité. Même pas de façade.

J’arrête ici ce plaidoyer pour une revue qui s’annonce elle-même ainsi: « Probably the most modest wine Magazine in Belgium », un peu en réaction. Vous me direz que c’est Pro Domo. Et vous aurez raison.

Mais si nous ne faisons pas valoir nos atouts, notre différence, qui le fera?

Hervé Lalau