Un Saint-Amour de Mommessin, meilleur gamay du monde au Concours International du Gamay

Samedi dernier, à Lyon, les 160 jurés du Concours International du Gamay ont désigné le « Meilleur Gamay du Monde ». Il s’agit du Saint-Amour 2018 « Les Grandes Mises » de la Maison Mommessin.

Plus de 800 Gamays de 4 pays (France, Suisse, Italie et Royaume-Uni) étaient en lice pour ce concours dont il s’agissait de la 10ème édition.

Ce Saint-Amour succède au Morgon du Domaine Franck Chavy primé en 2019.

 

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Pour en revenir au Beaujolais Nouveau…

Il s’est vendu l’an dernier quelque 20 millions de bouteilles de Beaujolais Nouveau dans le Monde. En quelques jours.

A lire bon nombre de journaux, qu’ils soient grand public ou spécialisés, cependant, on croirait qu’il y a 20 millions de masochistes qui se déchirent les boyaux avec de l’acide tartrique, du sucre de betterave et des levures industrielles, qui se niquent les papilles avec de l’arôme plus ou moins chimique de banane ou de fraise tagada.

Faut-il avoir l’esprit snob pour ainsi déblatérer sur un produit qui fait plaisir à tant de gens !

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Faut-il être blasé, pour écraser ainsi de son mépris toute une région, en bloc; tout une catégorie de viticulteurs qui ne sont pas pires que leurs collègues des autres régions, et en plus, pratiquent des prix démocratiques…

Faut-il avoir envie de ramener sa science, pour accabler des vins qu’on n’a même pas encore bus, pour dire d’avance qu’on ne va pas aimer, et pire, qu’on ne doit pas aimer…

Il y a eu des fraudeurs en Beaujolais, personne ne le nie (ils n’avaient pas le monopole des fraudes, d’ailleurs). Des gens qui chaptalisaient à outrance, des gens qui utilisaient à outrance des levures sélectionnées pour « révéler le potentiel aromatique », des gens qui truquaient les vins. Et il y a eu de mauvais vins.

Mais c’était il y a 15-20 ans, pour l’essentiel. Du temps du Mexicain, ou presque, pour parler comme Audiard. Tout ça, on l’a écrit. Je l’ai écrit. Mais j’ai continué à déguster. Et je me suis rendu compte que le Beaujolais Nouveau redevenait fréquentable. J’ai participé l’an dernier au Trophée des Beaujolais Nouveaux, avec les Œnologues de France, et j’ai ouvert les yeux, la gorge, les papilles: c’était vraiment bon, dites !

D’aucuns, malheureusement, en sont restés aux mauvaises années, celles où tout se vendait trop facilement – des mauvaises années, où malgré tout, on trouvait encore de bons vins. Parce que partout, de Reims à Collioure et de Jerez à Montalcino, en passant par la Chapelle de Guinchay, il y a toujours eu du bon et du moins bon, il y a toujours eu de bons vignerons et de moins bons; même que c’est le problème de l’AOC, que de regrouper des gens qui aiment le vin et d’autres qui en fourguent, des gens qui n’ont rien à se dire et ne voudraient peut-être même pas manger un bout de saucisson ensemble.

Alors, j’en ai ma claque de lire des commentaires convenus sur le Beaujolais Nouveau. Voilà maintenant qu’on dit qu’il empêcherait les crus de se faire connaître. Quelle erreur !

Une région, ça se construit sur une base. Et cette base, c’est son AOC la plus large et la plus communément vendue. A Villefranche, à Bordeaux, à Beaune, à Colmar, partout. Vouloir séparer cette base et le haut de la pyramide, c’est un mauvais calcul. D’autant que tout n’est pas bon dans les crus, loin de là. Le Beaujolais doit croire en son Nouveau, le chouchouter, le vanter, parce que c’est sa carte de visite. Miser sur les nouvelles générations aussi, qui se moquent bien des années 90. Imagine-t-on que nos confrères autrichiens ne parlent encore que du scandale du glycol ?

Et puis surtout, j’en ai marre de voir se creuser le fossé entre la masse des buveurs honnêtes et de prétendus experts, qui ne sont parfois que des perroquets allant répétant les poncifs vieux de plusieurs générations.

Même si cela doit me valoir quelques inimitiés, j’avais envie de le dire. Et je lève mon verre de la cuvée « Bistrot » – la bien nommée – de la Cave de Bel Air, à la santé des pisse-vinaigres.

La jolie structure et le côté guilleret de ce gamay m’ont donné plus de joie que ne me donneront jamais la lecture d’un communiqué sur le montant de la vente des Hospices de Beaune, ou des notes grandiloquentes des Primeurs de Bordeaux.

Au passage, j’adresse mes amitiés à tous ceux qui aiment AUSSI boire simple et fruité, sans se prendre la tête. Parce que c’est AUSSI ça, le vin, non ?

Hervé Lalau

Un trophée pour le Beaujolais Nouveau

Créé en 2001, le Trophée Lyon Beaujolais Nouveau est le seul concours officiel des vins nouveaux.

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Organisé par l’Union des oenologues de France, région Bourgogne Centre-Est, il récompense chaque année les meilleurs Beaujolais et Beaujolais Villages Nouveaux et participe à la promotion des vins du Beaujolais. Plus de 400 échantillons sont dégustés par une centaine de dégustateurs professionnels français et étrangers.

Cette année, il a lieu à Décines-Charpieu, dans la banlieue lyonnaise, le 11 novembre.

Une date symbolique, qui 100 ans après une victoire chèrement payée, devrait voir le triomphe très pacifique de vins gourmands et guillerets avec lesquels démarre l’année du vin.

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Ceux qui me lisent savent la grande amour que j’ai pour l’événement du 3ème jeudi de novembre – un événement pour lequel il n’est pas besoin de patronage de l’Unesco ou d’institutions ronflantes, juste de convivialité.

Cette convivialité me semble un élément essentiel de la gastronomie française, bien plus que l’égo de vignerons, de chefs ou de sommeliers sur-médiatisés, sans parler des pitoyables émissions de bashing d’apprentis cuisiniers.

Voila pourquoi je me réjouis déjà de faire partie des jurés de ce trophée des Beaujolais Nouveaux, de déguster ces jolis vins avant tout le monde, en compagnie d’oenologues dont le regard sur le vin est forcément plus technique que le mien, mais certainement pas moins intéressant. C’est en les confrontant qu’on apprend.

Et bien entendu, vous en aurez… la primeur.

Hervé Lalau

 

Dégusté pour vous

Voici quelques liens vers mes notes de dégustations des dernières semaines, pour vous donner des idées (chroniques libres de toute publicité, bien sûr):

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https://chroniquesvineuses.wordpress.com/2018/05/02/a-jasnieres-et-nulle-part-ailleurs/

https://chroniquesvineuses.wordpress.com/2018/05/01/insolence-destandon-en-blanc/

https://chroniquesvineuses.wordpress.com/2018/04/29/dans-la-famille-papin-je-demande-le-gamay/

https://chroniquesvineuses.wordpress.com/2018/04/26/languedoc-un-vin-dami/

https://chroniquesvineuses.wordpress.com/2018/04/17/au-chateau-du-moulin-a-vent/

https://chroniquesvineuses.wordpress.com/2018/02/13/chablis-les-venerables-2015-la-chablisienne/

https://chroniquesvineuses.wordpress.com/2018/04/08/passito-di-scirocco/

https://chroniquesvineuses.wordpress.com/2018/01/13/deux-fitou-du-domaine-de-rochelierre/

Je vous souhaite de belles découvertes!

Hervé Lalau

 

 

Au Château du Moulin-à-Vent

Il y a quelques semaines, je suis passé à Moulin-à-Vent où l’on me proposait de vérifier par l’exemple le bien fondé de l’éventuelle mise en place de premiers crus.

Une question à laquelle j’ai répondu par l’affirmative.

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Mais ce déplacement fut aussi l’occasion d’une visite au Château du Moulin-à-Vent, et d’une dégustation de ses millésimes à la vente – à savoir, des 2014 et des 2015, essentiellement, car les Parinet aiment donner le temps au temps… Non seulement, pour eux, le Beaujolais n’est pas un vin qui se boit et s’oublie vite, mais c’est un vin qui se fait lentement, soigneusement, et s’apprécie sur la durée.

J’ai pu aussi déguster le Pouilly-Fuissé du domaine racheté par les Parinet – plus qu’un complément de gamme, un vrai beau Bourgogne de classe, on va le voir.

Sans plus attendre, voici mes notes de dégustation.

Pouilly-Fuissé Vieilles Vignes 2014

Un blanc bien élevé, bien gras, équilibré, le bois bien fondu entre en résonance avec l’acidité qui en devient plus élégante que tranchante.

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Moulin-à-Vent Couvent des Thorins 2016

«Objectif gamay». Peu de fût pour ce vin qui fait honneur au raisin bien mûr, complété par quelques épices espiègles; c’est gourmand, joyeux; très équilibré, là encore, dans une structure assez déliée.

Château du Moulin-à-Vent 2015

Je vous livre mes notes brutes de cuve: « Fruit mûr, compote, cuir, ample, petites notes de laurier, très joli vin. Beau grain de tannins Élégance et fraîcheur. Énergie. Salivant. Bonne extraction ».

60% de cuve 40% de fût.

Les Vérillats 2014

Épicé au nez. Aigrelet en bouche; un peu austère. Belle finale sur des notes de gibier et d’orange sanguine. Les Vérillats est un climat aux sols granitiques peu profonds, situé à 300 m d’altitude, et exposé au vent.

Champ de Cour 2014

Même année, mais résultat bien différent; à l’austérité succède la corbeille de fruits, et de fleurs. Les fruits sont noirs, les fleurs sont des pivoines; les notes de café torréfié témoignent d’un beau travail du bois – rien d’envahissant, cependant..

La Rochelle 2014

Sur ce terroir plus profond, les très vieilles vignes de Gamay ont donné un vin à la fois gourmand et sérieux. Les notes épicées et fumées viennent souligner le fruit mûr; les notes de café, plus vert que torréfié, cette fois, égaient la bouche. Les raisins ont été égrappées en totalité pour éviter les notes végétales. Grande réussite. C’était d’ailleurs un de mes préférés de la dégustation du matin, qui mettait aux prises une cinquantaine de producteurs de l’appellation.

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Clos de Londres 2014

Ici Londres, les Gamays parent aux Gamays. Au nez, c’est la violette qui domaine. En bouche, les tannins sont encore plus suaves, l’impression plus soyeuse. Le surcroît de puissance ne veut pas dire moins de finesse. Le pourcentage de fûts neufs est plus important, et pourtant le bois est plutôt discret. 

Clos de Londres 2011

Plus viandeux, ce vin présente des notes d’évolution; mais ce qu’il a perdu en fruit, il l’a gagné en  notes de moka. Les tannins sont bien marqués. Cette cuvée puissante évoque presque un grand vin du Rhône – tapenade et boire à cigares… Toute la vendange a été  égrappée. Elevage long.

En résumé, le Château du Moulin-à-Vent a trouvé son style. Des vins bien travaillés, qui cherchent moins à flatter le palais qu’à le séduire en profondeur, et qui ne laissent pas le bois dominer la matière.

Hervé Lalau

 

Le Beaujolais progresse à l’export

L’exportation représente aujourd’hui 40% des ventes des vins du Beaujolais. Elle se porte plutôt bien: en 2017, tous pays confondus, elle a progressé de 5,7% en volume et de 7,8% en valeur (données Business France).

Si l’Europe représente 35% des ventes à l’export en volume et 29% en valeur, le reste du monde totalise 65% des volumes exportés en volume et 71% en valeur. Conclusion logique: les vins vendus hors Europe le sont à des tarifs plus élevés.

Les 5 plus gros débouchés des vins de la région sont les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, le Canada, la Chine (avec Hong-Kong) et la Belgique.

Dans la plupart de ces pays, cette embellie est principalement à mettre au crédit des dix crus du Beaujolais.

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En Belgique, par exemple, les ventes de vins du Beaujolais progressent de 2,4% en volume malgré une baisse de 14% sur les Beaujolais Villages compensée par la forte progression des crus (40% des ventes sur ce marché) : + 36% en volume et +32% en valeur.

Pour Interbeaujolais, ces bons résultats récompensent « la stratégie forte et ciblée » menée par l’interprofession pour développer les ventes (relations presse, lobbying, formations, communication numérique…). 

Le point sur la maturation en Beaujolais

Reçu d’Interbeaujolais, ce midi:

« La véraison suit son cours dans les vignes du Beaujolais. Avec en moyenne 15 jours d’avance sur 2016, la véraison 2017 semble être, en effet, plus proche des stades phénologiques retrouvés lors des millésime précoces, tels que 2007, 2009, 2011 et 2015.

Globalement, la météo ensoleillée et le temps sec depuis le printemps ont participé au développement du vignoble dans un cadre sanitaire remarquable. Peu de traitements cette année.  La contrainte hydrique due au manque de pluie, sera tout de même un facteur limitant de la quantité dans de nombreux secteurs. Si on ajoute à cela les impacts de la grêle dans le nord du beaujolais, on s’achemine globalement en Beaujolais vers une récolte de quantité moyenne.

Juillet très sec, nous a laissé des baies plutôt petites, ce qui nous laisse espérer une belle concentration des jus et des matière phénoliques.

Nos réseaux maturation sont sur le pont depuis le 3 août pour le Gamay et le 10 août pour le Chardonnay. 180 parcelles sont prélevées et analysées deux fois par semaine, ce qui permettra de fixer dans quelques jours, un ban indicatif des vendanges et d’affiner des tendances plus précises concernant qualité et quantité de ce millésime 2017.

On s’achemine en tous cas, vers un début des vendanges pour la fin août. »

Le Nord du Beaujolais grêlé

Reçu de Mélina Condy (Interbeaujolais), ce communiqué relativement alarmant:

« Un violent épisode de grêle a traversé le nord du vignoble du Beaujolais hier peu avant 17h.

De Beaujeu jusqu’à Moulin-à-Vent, le couloir est à peu près identique à celui de 2016. La surface concernée est importante mais à des degrés très divers selon les zones: le nord de Lantignié, Régnié (dans une moindre mesure), Morgon (Les Charmes et Corcelette principalement), Chiroubles (Grille Midi surtout). Fleurie (Le bourg, Les 4 vents, Champagne… ) semble être l’appellation la plus impactée. Chénas et Moulin-à-vent sont également très touchés.

Les grêlons n’étaient pas gros (résultat certainement de la mise en route des diffuseurs), mais associés à de mini-tornades de vent, ils ont provoqué un véritable « sablage » de certaines vignes.

Les prochains jours devraient permettre de faire un bilan plus précis de la surface de vignes concernée et du degré d’impact sur la récolte à venir ».