Sidi Brahim change d’origine

Sidi Brahim est une commune au Nord de Sidi Bel Abès, dans l’Ouest de l’Algérie. Mais c’est aussi le nom d’une bataille entre les troupes françaises et celles d’Abd El Kader, qui s’est déroulée en 1845.

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Sidi Brahim est surtout connu en France comme marque de vin, et pour bon nombre  d’Algériens établis en France, ou de rapatriés, c’est un des symboles du pays – même si, ces dernières années, c’était en Tunisie, au domaine de Raoudha, que Castel le produisait.

Le groupe vient tout juste de changer d’approvisionnement, le vin sera maintenant produit au Maroc, près de Méknès, où Castel possède le domaine de Sahari. La nouvelle étiquette portera d’ailleurs la mention Beni M’Tir.

Appellation ou pas, pas sûr que les Algériens fêtent leur victoire à la Coupe d’Afrique des Nations avec du vin marocain…

Hervé Lalau

Le rosé, ce n’est pas que la France!

Sous la plume de Rachelle Lemoine, Le Parisien vient de faire paraître une alléchante sélection de vins d’été à petits prix, et notamment de rosés.

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Malheureusement, le quotidien de la ville la plus cosmopolite de France… a oublié les vins étrangers.

Je me permets donc de compléter cette sélection avec quelques suggestions de mon cru, toujours parmi les vins les plus accessibles…

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Pour l’Italie, le Chiaretto de Guerrieri Rizzardi

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Pour l’Espagne, le rosé de Navarre de Gran Feudo

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Pour le Liban, le Sunset de Château Ksara

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Pour la Tunisie, le Désir Rosé de Shadrapa

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Pour le Maroc, un gris de Boulaouane

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Pour le Portugal, ce rosé du Douro de Quinta Nova (non, pas Mateus)…

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Pour l’Algérie, la Fleur d’Aboukir des Grands Crus de L’Ouest Algérien

Vous pouvez compléter vous-mêmes, si vous avez eu l’occasion de déguster des vins de cette tendre couleur au cours de vos voyages à l’étranger, ou bien au restaurant.

Pour moi, c’est un peu de la déformation professionnelle. Primo, je suis juré au Concours Mondial du Rosé, à Cannes. Secundo, je suis pour la libre circulation des vins. Nous autres Français vendons assez de rosés par delà nos frontières pour avoir le droit (et l’envie) de goûter ceux de nos voisins, c’est-ce pas?

D’autant que la palette est large…

Hervé Lalau

 

 

 

Les vins étrangers dans la distribution française

Selon les derniers chiffres du panel IRI, les vins portugais sont ceux qui connaissent la plus forte progression parmi les vins étrangers dans la grande distribution française – et notamment les marques Mateus, Gatão et Gazela.

Les deux marques les plus importantes de ce segment restent cependant issues du Maghreb (Boulaouane et Sidi Brahim).

Parmi les 10 premières marques, on trouve aussi des vins chiliens (Gato Negro et Casillero del Diablo), ainsi qu’une marque californienne (Gallo, en forte perte de vitesse). Curieusement, il n’y a aucun vin d’Espagne – si les vins de ce pays entrent souvent dans la composition de cuvées de marques françaises, c’est en toute discrétion!

Il est drôle de penser que bon nombre de consommateurs français boivent espagnol en toute ignorance, mais que les distributeurs prennent rarement le risque de référencer de beaux vins d’Espagne et qui assument leur origine!

On notera par ailleurs que ces dix « premiers de classe » sont des vins qui mettent plutôt l’accent sur la marque que sur l’appellation. Et ce, bien que certaines de ces marques ne communiquent guère (avez-vous déjà vu une publicité de Gazela ou de Gato Negro en France?); c’est donc ailleurs que cela se passe – dans le rayon, et sur le tarif.

La preuve est apportée qu’il est possible, par le biais des référencements et des promotions, de changer les habitudes des buveurs français, et de les inciter à découvrir d’autres vins que ceux de l’Hexagone. Même si, pour l’instant, il s’agit plus de produits de marketing que de vrais chantres de l’identité du terroir…

Mais tous les vins français présents en distribution sont-ils eux mêmes des fleurons de leurs terroirs? Bien sûr que non!

 

Les dix premières marques de vin étrangers en grandes surfaces françaises et leur évolution en % sur un an (2016

 

Boulaouane (Castel – Maroc) 1 275 000 cols -6,00 %

Sidi Brahim (Castel – Tunisie) 1 075 000 cols -5,00 %

Gato Negro (GCF – Chili) 525 000 cols +4,00 %

Mateus (GCF – Portugal) 490 000 cols +24,00 %

Casal Garcia (Portugal des Saveurs – Portugal) 330 000 cols +2,00 %

Casillero del Diablo (Rothschild – Chili) 310 000 cols +11,00 %

Gatão (Agriberia – Portugal) 300 000 cols +25,00 %

Piccini (GCF – Italie) 280 000 cols +16,00 %

Gazela (GCF – Portugal) 250 000 cols +20,00 %

Gallo (GCF – Californie) 240 000 cols -21,00 %

Grands Crus de l’Ouest… algérien

Les Grands Vins de L’Ouest sont une des rares sociétés privées à élaborer du vin en Algérie, un pays dont la viticulture – bien diminuée depuis l’indépendance – reste dominée par l’Etat et souffre d’un déficit de promotion.

Comme son nom l’indique, cette société se trouve dans l’Ouest du pays, principalement dans l’Oranais.

J’ai récemment pu déguster deux de ses vins: le Koutoubia et le Saint Augustin.

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Sous le patronage d’Augustin, saint chrétien d’Algérie photo (c) H. Lalau 2015)

D’abord, il faut saluer le travail oenologique: ces vins sont nets, purs, sans défaut. Ils ont même un dénominateur commun, une sorte de signature: des épices bien sympathiques. Une pointe de fumée, du cuir, aussi. Sans oublier cet élément de terroir… céleste: un côté solaire (même si le taux d’alcool affiché ne dépasse pas 13%).

J’ai préféré le Saint Augustin (appellation Monts du Tessala), qui m’a semblé le plus fin; des tannins bien lisses, quelques notes de menthol et d’encens, un côté aérien, plus une pointe de cassis, c’est de la belle ouvrage!

Le Koutoubia m’a laissé un peu plus sur ma faim… d’arômes. Il ne lui manque pourtant pas grand chose pour qu’il passe du côté fruité de la force. La puissance, il l’a. J’aimerais un peu plus de vivacité. Une question de matière première? Je me demande ce qu’apporterait un peu de Syrah dans l’assemblage, par exemple?

Dans le premier vin, j’ai trouvé un produit fini, et bien fini. Dans le second, plutôt un avenir. A regoûter l’année prochaine?

En tout cas, la preuve que l’Algérie reste potentiellement un pays de vin.

Plus d’info: contact@gco-dz.com ou divipro@orange.fr

Rien à voir avec le vin: la mort de René Vautier

Pour la mort de René Vautier (réalisateur du film « Avoir 20 ans dans les Aurès »), quelques journaux saluent la mémoire du cinéaste combattant. 

D’aucuns rappellent qu’il a « participé à la lutte du peuple algérien pour son indépendance », qu’il était passé du « côté des colonisés ».

Avec tout le respect dû au peuple algérien, je ne peux approuver qu’un Français ait participé à des actions contre l’armée de la France en guerre. 

Armée dans laquelle, et c’est un détail pour l’histoire, mais pas pour moi, deux de mes parents ont servi en Algérie – non loin des Aurès, pour l’un d’entre eux. Entre Bône et Tebessa, si je me rappelle bien. 

On ne leur avait pas demandé leur avis; ils se sont battus pour une cause qu’on leur disait juste et sans se déshonorer. Sans que leur parcours, que j’ai eu l’occasion d’entendre évoquer en famille, ne corresponde en rien à l’image donnée par « Avoir 20 ans dans les Aurès ». C’est là la limite du cinéma engagé, je suppose.

M. Vautier avait choisi son camp, nous dit-on. Dans une belle unanimité, Le Figaro, Le Monde, Libération évoquent le communiste, le résistant, le rebelle, le grand homme.

La ministre de la culture de la République française, Fleur Pellerin a rendu hommage à un « cinéaste sans concessions ». Le Matin d’Alger, lui, salue « le militant des causes justes », le « chaoui breton » qui parlait déjà de la nation algérienne… en 1954. 

Moi qui suis né le jour du vote sur l’indépendance, et qui n’ai donc aucune nostalgie pour une Algérie que je n’ai jamais connue française, moi qui n’ai aucune sympathie pour l’oppression, ni pour les partis extrêmes, ce concert de louanges me laisse un goût amer.

Fier jusqu’au bout de ses actions en Algérie, Vautier le militant se moquait bien de ne pas faire l’unanimité; alors avec moi, il sera servi. 

Jolie moisson de médailles pour le Maghreb aux Vinalies 2014

Une Médaille d’Or et trois Médailles d’Argent pour la Tunisie (l’or pour le Cabernet-Merlot de Shadrapa, les argents pour un Magon et deux Mornag des Vignerons de Carthage).

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La médaille d’or tunisienne (ici dans le millésime 2010, c’est le le 2011 qui a eu la médaille)

Deux Médailles d’Argent pour l’Algérie (toutes les deux pour les Grands Crus de L’Ouest, en gris et en rouge).

Le Maroc n’est pas en reste avec deux Médailles d’Argent (une pour les Celliers de Méknès, l’autre pour Thalvin): le Maghreb a « cartonné » aux Vinalies 2014.

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Deux fois médaillés cette année, pour leur première participation: les Grands Crus de l’Ouest (Oran)

Que ça fait du bien de s’éloigner quelques jours des polémiques, des « affaires », de Giboulot à Vinobusiness en passant par Cousin ou Baumard, et de pouvoir déguster du vin, du bon, d’où qu’il vienne!

Du Maghreb, si proche de nous par l’histoire viticole. Ou encore du Chili – et dire qu’on y trouve maintenant le plus gros de ce joli Carménère que nous avons presque perdu à Bordeaux! Sans oublier les beaux Chenins d’Afrique du Sud, le Tokaji hongrois, les cidres de glace du Canada, les Malvoisies de Lanzarote…

Ah, si seulement on pouvait trouver tous ces vins chez tous les cavistes de France!

« Mes » femmes du vin

Journée de la Femme oblige, les journaux regorgent d’articles à la gloire du beau sexe. Et ce n’est pas moi, père de deux filles, qui gâcherai ce beau tableau. Vivement l’égalité… surtout du côté salarial!

Mais je profite du buzz de l’événement pour saluer ici six femmes du vin que je viens de cotoyer au cours des Vinalies, à savoir Béatrice Da Ros, Pilar Rodrigo, Anissa Djani, Maria Tzitzi, Isabel Mijares et Christine Chaminade.

Elles sont la preuve vivante, vivifiante et vinifiante que les femmes ont toute leur place dans le monde du vin.

Qu’elles fassent du vin ou qu’elles portent la bonne parole du vin, elles n’ont rien à envier aux hommes.

Bravo les filles, et continuez! Pour moi, la bataille sera gagnée le jour où personne ne remarquera plus que vous êtes des femmes, qu’on ne parlera plus de vin de femmes ni de vin pour femmes, mais que tout le monde aura le visage humain que vous donnez au vin et à la vie.

femme, vin, journée de la femme

 Maria Tzitzi

 

Les vins d’Aboukir

Un lecteur, sans doute titillé par de récentes chroniques consacrées ici même ou sur le site des 5 du Vin à la viticulture du Maghreb (Tunisie et Algérie, plus précisément), me demande si je peux lui donner une adresse d’importateur de blanc d’Aboukir. Hélas non.

Une petite précision liminaire: l’Aboukir en question n’est pas l’Aboukir égyptienne, mais celle d’Algérie. La ville d’Aboukir, aujourd’hui Mesra, près de Mostaganem. Sans doute nommée ainsi en mémoire de la victoire française de 1799, plutôt que de la défaille navale de 1798…

Qoui qu’il en soit, y produisait beaucoup de vin sous le régime français. On continue à en faire – beaucoup moins. Et notamment une des rares entreprises viticoles privées, la Compagnie des Grands Crus de l’Ouest, à Oran, qui produit bon an mal an quelque 80.000 hl de vin (sur un total national d’environ 400.000 hl, données 2009).

Elle diffuse même un vin qui fait directement référence à la ville d’Aboukir: Fleur d’Aboukir, un rosé. Je ne sais pas qui l’importe.

A noter que temps des Français, c’était surtout le blanc et le gris qui avaient les suffrages de la clientèle européenne.

Et pour la petite histoire, notons qu’en arabe, Mesra veut dire : « l’eau coule ». C’est moins vendeur, évidemment, pour un vin, même blanc…

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 Photo: Mahbenyelles

Plus d’info/Contact: Rachid Hanamouche, Grands Crus de l’Ouest, +213 982 40 05 26

Algérie, an 50: et le vin?

A l’occasion de la visite de François Hollande en Algérie, je crois bienvenu de vous renvoyer vers un article signé Jacques Berthomeau, paru sur le blog des 5 du Vin, ICI. Article qui dresse une sorte de tableau de la viticulture algérienne.

A l’évidence, ce pays a un grand potentiel viticole – pour autant que les politiques algériens lui laissent sa chance.

L’Algérie ne manque pas de techniciens compétents et motivés mais cette compétence et cette motivation ne peuvent pas vraiment donner leur pleine mesure actuellement, faute d’engagement de la part de l’Etat.

Nous autres Français ne sommes pas forcément les mieux placés pour donner des leçons à l’Algérie indépendante. Mais qui pourrait rester insensible devant le gâchis d’un tel potentiel agricole et humain?

La vigne se plaît en Algérie comme ailleurs sur le pourtour de la Méditerranée. Elle s’y est toujours plu, à toutes les époques et sous tous les régimes. Le problème, c’est plutôt ce qu’on en fait. Ou pas. L’importance que l’on veut bien lui donner.

algérie, vin, vignoble

2000 ans de vin algérien: mosaïque vigneronne du musée de Cherchell

Les terroirs, les crus, les cépages… l’Algérie les a. Du temps de la présence française, déjà, en 1955 et 1960, une dizaine de VDQS avaient d’ailleurs été reconnus en Algérie, comme Mascara, Mostaganem, Médéa, Monts de Tessalah ou Coteaux de Tlemcen. Il s’agissait de beaux coteaux, pas des grandes plaines à gros rouge.

Quant à la technologie, ce n’est qu’une question d’investissements.

Côté notoriété, par contre…

Un premier pas serait déjà de se montrer à l’étranger. Sans demander aux Algériens de nous refaire le classement de 1855, une petite sélection de grands vins, présentés dans un cadre agréable, à Paris, à Bruxelles ou à Genève, ce serait déjà un bon début…

Un autre consisterait à permettre à de nouveaux investisseurs étrangers de s’installer, ce qui ne manquerait pas d’aiguilloner les entreprises d’Etat et donc, de revivifier le secteur. L’Etat en tirerait même de l’argent qu’il pourrait réinvestir où bon lui semble. L’idée ne serait pas replanter un océan de vignes, mais de réhabiliter les vignobles au potentiel qualitatif.

Que valent les vins d’Algérie, aujourd’hui? Je manque de visibilité: mis à part un beau Médéa, corpulent et corsé, que m’a offert un jour une amie en cadeau, je n’en sais fichtrement rien.

50 après la fin de la guerre, au nom de tous ceux qui sont nés après – et sans minimiser les sacrifices de ceux qui l’ont vécue, sans doute serait-il temps de boire ensemble un bon verre de vin de là-bas, dis…