Baudruches

C’est fou le nombre de bêtises qui circulent dans le domaine du vin, transmises de génération en génération, de sommelier en sommelier, de critique en critique, de buveur en buveur. Légendes urbaines, on-dits, souverains poncifs, ou simples conneries, parfois teintées de snobisme. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Une vieille bêtise reste une bêtise. En voici quelques unes, avec, quand c’est possible, le contre-exemple, en guise d’antidote…

Le Champagne fait moins mal à la tête que les autres bulles

Contre-exemples: innombrables (de migraines, aussi bien du côté du Champagne que des autres bulles); et pourtant, c’est vrai, on lit toujours ce genre d’affirmations mal étayées sur des sites de référence et même dans des sondages. C’est la preuve que la Champagne entretient bien son image de produit de luxe… et peut, parfois, être de mauvaise foi (l’histamine a bon  dos, pourquoi les Chardonnay-Pinot de Loire, du Jura ou de Bourgogne en auraient-ils moins que ceux de Champagne?).

Les blancs du Sud sont lourds

Contre-exemples: le Picpoul de Pinet, le Rias Baixas, le Verdicchio, le Côtes-de-Gascogne…

Les vins d’Espagne sont alcooleux

Contre-exemples: les vins de Galice (et bien d’autres).

Le Porto est un vin d’apéritif

Contre-exemple: le mode de consommation anglais du Porto, qu’on qualifiera de diversifié – cela va du foie gras au fromage, en passant par le chocolat, sans oublier le cigare. Dans sa nouvelle « The Choice of Amyntas », Somerset Maugham a d’ailleurs écrit de fort belles choses sur la façon de boire entre un et quatre verres de Porto, selon l’effet recherché, et en dehors des repas.

Le Málaga est un vin cuit

Contre exemple: tous les Málagas; certains contiennent une réduction de vin, l’arrope, mais pas tous; et c’est loin d’être l’élément principal des vins.

Le Madère, c’est pour la cuisine

Contre-exemples: la plupart des Madères qui ne sont pas présentés dans des petites bouteilles moches en grande distribution.

Le rosé, ça se boit dans l’année

Contre-exemple: tout ce qui ne ressemble pas à du blanc taché, au goût de bonbon, de vernis ou de pamplemousse (et que vous aurez la patience d’attendre). Lancez notre ami Marc sur ce thème, il est intarissable. 

Les vins allemands sont sucrés

Contre-exemples: innombrables. Mais quel est le pourcentage de Français qui dégustent régulièrement des vins allemands?

Le Prosecco, c’est pour faire un Spritz

Contre-exemple: voir ICI

Le vin Nature rend moins saoul

Contre-exemple: aucun – j’aurais trop peur de choquer les vrais croyants!

La Clairette de Die est issue principalement du cépage Clairette

Et bien non, même que la Clairette ne peut dépasser 25% des cuvées – c’est là un des grands mystères des AOC françaises; apparemment, cela ne choque personne, et pourtant, cela revient à vendre autre chose que ce qu’il y a sur l’étiquette. On se croirait dans la politique.

Les rosés de Loire sont sucrés

Contre-exemple: l’AOC Rosé de Loire, justement. Contrairement au Rosé d’Anjou ou au Cabernet d’Anjou, c’est un vin sec. Vous avez dit « confusing »?`

La capsule à vis, c’est bon pour les petits vins à boire jeunes, au pique-nique 

Erreur funeste! Plus vous payez cher un vin, plus vous avez envie de le garder, et moins vous avez envie de le voir se gâter du fait d’un mauvais bouchon. Et je ne parle pas seulement du goût de bouchon, mais du syndrome du vin fatigué, dont on ne sait plus trop si c’est l’obturation ou le vin qui en est responsable. Rien de plus désagréable que de se demander si c’est le vigneron qui est en faute, ou le bouchonnier… Faites « pop » avec la bouche, si le bruit du bouchon vous manque à ce point!

Les fromages s’accompagnent de préférence de vin rouge

Contre-exemples: la majorité des pâtes dures, type Comté, Gruyère, Appenzell, qui supportent mal les tannins. Mais il y a tellement de sortes de fromages, et tellement de sortes de rouges, plus ou moins tanniques, qu’on ne peut pas généraliser.

D’ailleurs, que ce soit dans le domaine du vin, de l’art, de la science… ou de la politique, la généralisation abusive n’est-elle pas la plus belle définition de la connerie?J’arrêterai là pour cette fois. Si vous voulez une suite, vous pouvez me fournir d’autres exemples, je me ferai un plaisir de dégonfler d’autres baudruches…

Hervé Lalau 

Deux écueils de la critique vineuse

On pourrait appeler cela les Charybde et Scylla de la critique de vin. Deux écueils presque aussi dangereux que ceux de la mythologie grecque pour le frêle esquif du commentateur professionnel.

 Le premier, c’est de commenter des vins tellement jeunes qu’on n’a aucune idée précise de leur potentiel d’évolution.

Le second, c’est de commenter des vins tellement « vieux » (comprenez, plus de 3 ans) qu’ils ne sont plus disponibles à la vente, et donc, commercialement pertinents. 

Mais à choisir, je préfère le second écueil. Pourquoi? Parce que je suis convaincu que si le critique a encore une raison d’être, c’est d’éclairer le consommateur dans ses choix.Nous pensons trop souvent d’abord au produit et au producteur qui est derrière. Je crois qu’il faut remettre le buveur au centre de nos préoccupations. N’y voyez aucune forme de démagogie. C’est juste que je n’ai pas l’étoffe d’un propagandiste. Ni celle d’un Nostradamus à la petite semaine… Semaine des Primeurs, bien sûr! Je pense donc qu’il est urgent d’attendre que les vins soient buvables avant de les commenter.

Je regrette de ne pas avoir plus souvent l’occasion de déguster des vins  de 5, 10 ou 15 ans.

Parce que ces vins sont encore dans les caves de bon nombre d’amateurs de vin, et que ceux-ci, quand je les rencontre, au détour d’un salon de vin, d’un forum ou d’une formation, me demandent souvent mon avis sur le « bon moment » pour les boire.

Et j’ai souvent du mal à les renseigner.

Message… in a bottle

Ce métier, c’est un peu comme lire un livre dont les premiers chapitres s’effacent au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture. De plus, ma faculté d’oubli me semble parfois supérieure à ma capacité d’apprendre; aussi, j’ai le regret de vous dire que je ne me rappelle plus, à l’heure où je vous parle, du goût exact des Santenay 2006 que j’ai dégustés en 2008. Ni des Saint-Emilion 2005 que j’ai appréciés en 2009. Je peux relire mes notes, bien sûr. Mais cela ne me dit pas grand chose sur ce que valent ces vins aujourd’hui.

Notre ami Marc Vanhellemont, il y a quelque temps, s’est penché sur l’état de conservation des Châteauneuf-du-Pape de 2004 – et si ma mémoire est bonne, il a été agréablement surpris par la qualité de ce millésime, pourtant décrié dans sa jeunesse, coincé qu’il était entre le monstruoso 2003 et le prometteur 2005. Le temps a passé, permettant de remettre en perpective les mérites comparés de ces millésimes.

J’appelle de mes voeux d’autres expériences du même genre. Je lance donc un message (in a bottle) à tous les comités, interprofessions et producteurs individuels; primo, pour qu’ils pensent à mettre de côté des flacons de chaque millésime; secundo, pour qu’ils les conservent dans de bonnes conditions); et tertio, pour qu’ils les incluent de temps à autre dans des dégustations, au côté de leurs derniers « poulains ». Nous pourrons ainsi mieux aider l’oenophile dans son choix cornélien:  « Dis moi, bouteille, qui est la plus belle aujourd’hui? T’ouvrirai-je, ne t’ouvrirai-je pas? »

Je suis d’autant plus persuadé que c’est la chose à faire que les progrès accomplis dans l’oenologie (notamment la maîtrise des température au chai et en cave) ont grandement amélioré la conservation des vins. Plusieurs dégustations réalisées à l’occasion d’anniversaires d’appellations (à Vacqueyras et en Languedoc, notamment, ces dernières années), ont mis en évidence un saut qualitatif; le début des années 2000 constitue une sorte de charnière, à ce titre.

Les vins plus anciens sont rarement délectables, même dans les appellations de prestige (il y en a, mais il sont minoritaires); dans les vins plus récents, par contre, le pourcentage de bonne conservation, et même, de bonification des vins, est beaucoup plus élevé. Et ce, même dans les appellations moins cotées. En clair: j’échangerai volontiers un Mouton-Rothschild 1985 (que je n’ai pas) contre un Clos Centeilles 2001.

Le début de la décennie 2010 est sans doute une autre charnière; c’est en effet à partir de ce moment, il me semble, que se sont atténués les symptômes de la grave maladie de l’extraction, dont j’ai pu encore constater les ravages dans des vins pourtant très chicos du Nouveau ou de l’Ancien Monde, lors du dernier Austrian Wine Summit.

Et tout ceci est valable dans les blancs également, comme j’ai pu l’apprécier avec le Grüner Veltliner Smaragd Kellerberg 2000 du Domäne Wachau, opulent, miéllé, mais encore très dynamique, même si son acidité, certainement assez forte dans sa jeunesse, s’est remarquablement fondue au fil de cette quinzaine d’années.

J’espère que mon appel sera entendu. Et si c’est le cas, amis oenophiles, je me réjouis à l’avance de pouvoir mieux vous assister dans l’exploration des millésimes que vous conservez amoureusement dans votre cave, ou dans votre armoire à vins.

A ceux qui ouvrent leurs bouteilles de vins jeunes au retour du supermarché, parce que la vie est trop courte pour réfléchir à l’évolution du vin, qui n’est d’ailleurs pour eux qu’un produit de consommation comme les autres, évidemment, je dirai: ne changez rien!

Ou plutôt: changez de site!

Hervé Lalau

Montée en gamme des vins vendus dans la distribution belge

Selon les derniers chiffres du panel ACNielsen, qui mesure les ventes en grande distribution, les achats de vins tranquilles des Belges ont augmenté sensiblement dans ce circuit. Entre début août 2020 et fin juillet 2021, ceux-ci ont progressé de 5,7% en volume, pour atteindre 209,7 millions de cols, et de 9,5% en valeur, à 979 millions d’euros.

Une simple comparaison entre ces deux chiffres permet de réaliser que le prix unitaire des vins vendus en GD a fortement augmenté (même s’il n’est encore que de 4,69 euros, ne rêvons pas)…

Toutes ces évolutions s’expliquent d’abord par la fermeture des restaurants, d’octobre à juin, ainsi que par les difficultés pour passer les frontières. Pour retrouver ce qu’ils ne pouvaient plus boire en restauration, ou acheter moins taxé à l’étranger, notamment chez le producteur, les Belges ont été tentés d’acheter un peu plus cher que d’habitude en supermarché.

Il serait intéressant de comparer ces chiffres avec ceux des commerces spécialisés en vin.

Hervé Lalau

Un peu de Sud, un peu d’été, un peu de gris

Avons-nous vraiment eu un été, au nord de la Loire?

Pour conjurer le sort, provoquons-le avec un gris du Sud. Un grenache 2020 signé Arnaud de Villeneuve qui nous offre un beau panier de groseilles, de clémentine et de garriguette. Et dans garriguette, il y a garrigue – et ce sont justement les gerbes de la garrigue qui déboulent en bouche. Beaucoup de peps pour ce vin avec lequel on ne s’ennuie pas une seconde. 

 

Préparez votre terrasse!

Hervé Lalau

Nouveau DG pour Foncalieu

Alban Turpin prend la direction générale des Vignobles Foncalieu.

M. Turpin était jusqu’ici directeur général France des Lanson Diffusion. Il a également occupé plusieurs postes de responsabilité chez Pernod Ricard.

Vignobles Foncalieu est un groupement de coopératives fort de quelque de 1250 viticulteurs et viticultrices, cultivant 7000 ha de vignes en Languedoc.

Le Cognac XO d’ABK6 à nouveau couvert d’or à Londres

Le « Single Estate Cognac ABK6 XO RENAISSANCE » a à nouveau reçu une Médaille d’Or au Concours IWSC 2021 de Londres, avec une note de 98/100.

Le jury s’est montré particulièrement enthousiaste dans son commentaire:

« Un cognac tout simplement exceptionnel. Des fruits tropicaux recouverts d’épices indiennes douces comme la cardamome, le clou de girofle et la noix de muscade. Des abricots mûrs, de l’ananas et de la mangue apparaissent en bouche. Il y a un élément de chêne et de thé noir vieilli à la fin. Incroyablement juteux et délicieux. »

Prix départ domaine, TTC : 159 euros

Pour rappel, cette même cuvée avait déjà reçu la médaille d’or lors de l’édition 2019 du même concours, ainsi que la mention World Best Cognac aux World Drink Awards.

Les Cognac ABK6 sont membres du club Vignerons & Signatures, qui regroupe des domaines familiaux d’excellence de toute la France.

Hervé Lalau

Irpinia & Taurasi, la mise à jour

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler ici d’un grand rouge du sud de l’Italie, le Taurasi. C’est que j’avais été séduit par les vins de cette appellation singulière, basés sur le cépage aglianico, mais aussi, et ce n’est pas sans importance, issus d’un terroir frais.

Voici ce que j’en écrivais en 2014:

«Là, au Nord-Est de Naples, sur les premiers contreforts des Apennins, s’étend la zone de production d’un des plus beaux rouges d’Italie: Taurasi. Je n’y ai fait qu’un bref passage, je ne jouerai donc pas les experts; une chose m’a marqué, cependant: à chaque fois que j’en ai dégusté (et ma première fois remonte à l’édition 2011 de Radici del Sur), il s’est «passé quelque chose». Est-ce le cépage aglianico et sa belle acidité? Est-ce l’effet terroir? Toujours est-il que bon nombre de ces vins allient ce qui semblent des qualités contraires : les tannins, la puissance, mais aussi une certaine délicatesse, du jus et de la fraîcheur. Ceux-là sont diablement enjôleurs».

Sant’Angelo all’Esca(Photo (c) H. Lalau)

J’ai voulu renouveler l’expérience, en compagnie, cette fois, de confrères journalistes et sommeliers. Avec l’appui du Consorzio Tutela Vini d’Irpinia (Irpinia étant le nom de la région où se trouve le village de Taurasi), j’ai pu organiser une dégustation assez représentative de vins de l’endroit, en deux volets.

D’une part, les Taurasi DOCG (des vins de garde, dont certains producteurs nous ont confié plusieurs millésimes, en remontant parfois jusqu’au début des années 2000) et de l’autre, des vins généralement à boire plus jeunes – toujours à base d’aglianico, mais commercialisés plus tôt sous la DOC Irpinia. Pour être complets, notons que cette dernière appellation comprend une sous-zone nommée Campi Taurasini (une sorte d’Irpinia Classico), dont on retrouve la mention sur l’étiquette de certains des vins dégustés.

Taurasi & Irpinia au sein de la Campanie (c) Insidewine

Un grand merci à mes quatre collègues Marc Vanhellemont, Daniel Marcil, Johan Degroef et Nathalie Verbogen d’avoir participé à ce marathon de la dégustation (je pense qu’on a rarement eu l’occasion, hors d’Italie, de regrouper autant de Taurasi et Irpinia en un seul et même lieu!). Et surtout, un grand merci à Giuseppe Iannone, du Consorzio, d’avoir relevé le défi de cette organisation qui a impliqué plus d’une trentaine de producteurs, pour un total de pas loin de cent échantillons.

Aglianico, une histoire grecque… ou pas

Les noms de plusieurs cépages italiens, notamment dans le Sud de la Botte, semblent attester d’une origine grecque, comme le greco, le grechetto, le nero di Troia, l’aleatico ou la malvasia. Ce qui n’est guère étonnant, puisque la région (alias Magna Grecia) a longtemps été sous l’influence grecque, y compris à l’époque byzantine. L’aglianico fait partie de cet héritage, réel ou supposé. Certains ampélographes datent son arrivée sur le sol italien au Ve siècle avant JC (sous le nom d’elleniko) et l’associent à certains textes d’Horace vantant les vins de sa Lucanie natale, alias Basilicate, ou même au fameux Falerne, le grand cru de la Rome antique.

Cependant, les études de son ADN ne montrent aucune parenté entre l’aglianico et aucun cépage grec connu. Aussi, d’autres spécialistes pensent qu’il est plutôt d’origine locale. Et qu’il doit son nom, soit à l’antique cité de Velia, aujourd’hui Elea, sur la côte sud de la Campanie, soit à l’espagnol llano (plaine), sans qu’on sache si ce sont les Aragonais qui l’ont introduit, ou bien s’ils en ont observé la présence dans les plaines de Campanie, lors de leur conquête de la région, au XVe siècle. A l’appui de cette piste aragonaise, il y a le fait que la première mention du cépage date de 1520.

Quoi qu’il en soit, on le retrouve aujourd’hui dans plusieurs régions du Mezzogiorno, et notamment dans trois DOCG, à savoir Taurasi (la plus ancienne), Aglianico del Vulture (Basilicate) et Aglianico del Taburno (Benevento) ; mais aussi dans le Cilento (au Sud de la Campanie). Le fait qu’il soit à la base de trois des rares DOCG du sud de l’Italie montre à quel point il est important pour la viticulture locale. On le surnomme d’ailleurs «le Barolo du Sud».

Un grand cépage, mais délicat à manier

Cépage au cycle assez long, demandant un ensoleillement généreux, et supportant bien la chaleur, il s’adapte à bon nombre de types de sols, calcaires, argileux ou volcaniques. Très productif, ses rendements doivent être maîtrisés. Naturellement riche en tannins, il faut bien le laisser mûrir si l’on veut éviter qu’il soit trop agressif, faute de maturité phénolique. Dans certaines zones, on ne le récolte pas avant début novembre.

Cette richesse en tannins (et en acidité) fait qu’on tend à lui faire subir des élevages assez longs, afin de le laisser s’assouplir (ou de masquer un manque de maturité phénolique, dans le pire des cas). C’est la raison pour laquelle le disciplinare du Taurasi prévoit un vieillissement minimum de 3 ans (4 ans pour le Taurasi Riserva), dont au moins 12 mois en fût de chêne ou châtaignier, ainsi que 6 mois en bouteille.

Celui de l’Aglianico del Vulture est moins exigeant en termes de vieillissement, l’élevage minimum étant d’un an (sauf pour les catégories Vecchio et Riserva).

Une nouvelle tendance se fait jour, même dans la région du Taurasi, qui privilégie un élevage plus court: c’est la raison d’être des DOC Irpinia et Irpinia Campi Taurasini. Mais ces appellations peuvent ajouter d’autres cépages à l’aglianico.

Les remparts de Montemiletto (Photo (c) H. Lalau)

Mais qu’est-ce qui fait donc la qualité d’un bon aglianico?

D’abord, comme pour d’autres cépages, mais peut-être encore plus pour un cépage aussi long à mûrir, le choix du bon moment pour récolter – il faut goûter les raisins, les pépins, encore et encore, parcelle par parcelle.

Il y a aussi la qualité de l’élevage. Tout le monde en Irpinia n’a pas les moyens d’acheter les meilleures barriques, ni de les renouveler, et tout le monde n’entretient sans doute pas ses contenants vinaires, fûts ou foudres, de manière optimale. Ajoutons quelques fantaisistes qui ajoutent allègrement des tannins dans leurs cuvées, et l’on comprend que tous les vins ne soient pas au niveau. C’est d’autant plus dommage pour ceux qui travaillent bien. Dénomination d’Origine Contrôlée et Garantie, dit le sigle. Et ce, depuis 1970. Mais pas plus à Taurasi que dans aucune appellation, l’origine ne garantit la qualité. Vous devrez donc faire le tri, et si je peux vous y aider, tant mieux…

En prélude à notre sélection, ces quelques mots de notre ami Daniel Marcil : «Le Taurasi, pour moi, ressemble à un mustang, c’est un cheval fougueux qui doit être domestiqué, tout en douceur ; c’est le rôle du vinificateur, bien sûr, mais pas seulement ; le dégustateur doit aussi y mettre du sien, ne pas se laisser effaroucher par les tannins, prendre le temps d’apprivoiser le vin.»

Nos préférés

Pour la clarté de l’exercice, nous avons dégusté les Taurasi à part. Notre sélection se divise donc en deux catégories – Irpina et Taurasi.  Avec, à l’arrivée, un petit avantage pour les Taurasi, ce qui ne laisse pas de nous étonner, vu que l’on présente habituellement les Irpinia comme «plus faciles». Mais vous le savez, ici, on adore faire mentir les préjugés. Notez quand même que certains des producteurs dont nous avons aimé les produits figurent dans notre sélection à la fois pour leurs Irpinia et pour leurs Taurasi.

DOC Irpinia/Irpinia Campi Taurasini

Terredora di Paolo Irpinia Aglianico Principio 2015

Joli nez de cerise noire, bouche solide sans être pesante, pas mal de fraîcheur, du style et encore beaucoup de prestance, voire d’espièglerie pour un Irpinia de 6 ans.

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Nativ Irpinia Blu Onice 2018

Ce vin a divisé notre panel, entre ceux qui lui trouvent un boisé trop marqué et un look trop international, et ceux qui ont vanté la suavité de ses tannins.

Si vous aimez les notes de bourbon et de chocolat blanc, voire un peu de sucrosité, ce vin est pour vous.

https://vininativ.it

Antonio Caggiano Taurì Irpinia Aglianico 2019

Aux fruits frais du nez répondent une bouche dense, tannique, mais juteuse, qui se prolonge sur du poivre et des arômes de rhum vieux. La finale mêle fraîcheur et robustesse.  

Prix de vente indicatif (France) : 14,39 euros chez Tannico.

Antonio Caggiano Irpinia Campi Taurasini Salae Domini 2018

Joliment floral, le nez de ce vin nous offre de la rose et une pointe de violette ; la bouche charnue ajoute de la quetsche et de notes de de sous-bois. Puis les tannins élégants et juteux nous emmènent en balade sur un sentier bordés de mûres. La maille est serrée, mais lisse, et notre ami Johan fait remarquer la belle cohérence de l’ensemble. Belle salinité en finale.

http://www.cantinecaggiano.it

Adelina Molettieri Irpinia Aglianico Cecinè 2014

Belle cohérence pour ce vin qui, au nez, offre des notes de gibier, d’humus et de fruits noirs très denses, avec un soupçon d’orange sanguine, et qui, sans transition… nous les ressert en bouche, pour terminer sur une belle amertume sapide. On verrait bien du ragoût de lièvre avec ce vin qui évoque la garenne et le sous-bois. Ou un fromage fort.

Prix de vente : 14,9 euros chez Diemmevini (I)

http://www.adelinamolettieri.it

Cantina dei Monaci Irpinia Aglianico Santa Lucia 2018

Une belle acidité avec de la chair autour, un air sauvage, de la texture, de la mâche, de la vivacité, une très belle excursion dans les pré fleuris et les forêts des hauteurs de l’Irpinia.

Prix de vente : 13,2 euros sur la boutique en ligne du producteur (par cartons de 6)

http://www.cantinadeimonaci.it

D’Antiche Terre Irpinia Aglianico La Corte dei Ciccarella 2016

Le cassis du nez débouche sur une matière sévère ; un vin prometteur, mais encore à attendre. Notre ami Daniel le commente ainsi : «il est encore sur sa base.»

Prix de vente: 9 euros (boutique en ligne du producteur)

https://www.danticheterre.it

Cantina San Paolo Claudio Quarta Irpinia Aglianico 2016

Cerise, mûre, fraise et cacao, cet Irpinia est jeune et espiègle en diable ; il évolue dans le verre vers des notes de tapenade. Nos dégustateurs l’ont trouvé «ouvert», «vibrant»,  intense» et «impressionnant». Reçu à l’unanimité du jury, donc.

Prix de vente: 9,50 euros sur le site du producteur

https://claudioquarta.it

Nardone Nardone Irpinia 2018

Le boisé prend rapidement le pas sur le vin, mais on a le droit d’aimer ces notes de moka et de tabac (ici, on a à la fois le cigare et la boîte).

http://www.nardonenardone.it/

Fratelli Addimenda Irpinia Campi Taurasini 2015

« Très italien », a dit l’ami Marco, qui faisait surtout allusion à un type d’acidité particulier aux vins de la Botte. A part cela, ce vin séduit par son côté charnu ; il claque en bouche, et nous sert toute un assortiment de notes épicées (notamment la réglisse) et végétales (foin), sans verdeur. Un vin de caractère.

Cavalier Pepe Irpinia Campi Taurasini Santo Stefano 2015

De l’orange sanguine, des cerises du Nord, du thym, des notes de fumée, de beaux tannins marqués mais suaves en bouche, une pointe de céleri qui évoque une entrée dans le royaume des arômes tertiaires, un joli vin, élégant, et prêt à boire.

Prix de vente: 14,56 euros chez Marconvini (B)

https://www.tenutapepe.it

Stefania Barbot Irpinia Ion 2017

Prune, cerise, framboise, c’est bien fruité au nez, mais aussi épicé. Ce sont ces épices qui font le lien avec la bouche, fraîche mais onctueuse. Un style moderne, mais «très sympa» conclut l’ami Marco.

https://www.stefaniabarbot.it

I Capitani Irpinia Guaglione 2019

Etonnantes notes de frésia et de fraise, très persistantes, en bouche, tannins souples s’enrobent dans la noix de coco.  Quelques notes de cerise en finale. Un aglianico d’un abord facile, pour une fois – et ça n’a rien d’un reproche. Excellent rapport qualité-prix.

Prix de vente sur le site du producteur : 9 euros.

https://www.icapitani.com

Taurasi DOCG

Salvatore Molettieri Renonno Taurasi 2015

Un Taurasi sur un mode gourmand (oui, ça existe !), qui mêle du fruit mûr et une bonne acidité. Les 42 mois d’élevage indiqués sur l’étiquette (36 en barriques et le reste en bouteilles) n’ont pas masqué le vin, mais se sont parfaitement intégrés, enrobant les tannins et lui conférant une sorte de velouté. Retour du fruit en finale.

Prix de vente: 34 euros sur le site du producteur.

Salvatore Molettieri Cinque Querce Taurasi 2007

Ce 2007 a gardé de la fraîcheur ; son nez évoque les pâtes de fruit (cerise et framboise) mais aussi la noix de muscade. D’abord assez discret (essayez donc de rester 14 ans enfermé comme le génie dans la bouteille), il s’ouvre à l’aération et perd doucement de son austérité. On sent qu’il pourrait même se dérider. Du même producteur, le Taurasi 2013 présente des tannins plus secs, dont on ne sait pas trop quand et s’ils s’arrondiront.

Prix de vente indicatif : 37,5 euros chez Viitaly (I) pour le millésime 2013.

Antonio Caggiano Taurasi Vigna Macchia dei Goti 2016

Le fruit mûr du nez laissait présager un vin gourmand, mais la bouche serrée nous dit qu’il vaut mieux encore attendre. En devenir.

Prix de vente : 32 euros sur Diemmevini (I), millésime 2008

http://www.cantinecaggiano.it

Borgodangelo Taurasi Riserva 2013

Jolies nuances de laurier-sauce au nez, la bouche est dense mais gourmande, les tannins se fondent dans le fumé et le fruit.

Borgodangelo Taurasi Riserva 2014

Plus léger que le précédent, ce 2014 est soutenu de bout en bout par ses notes de fruit noir ; la finale est une peu sèche à la dégustation, mais devrait faire merveille sur un plat de viande en sauce. On peut encore attendre pour le déboucher. 

Taurasi 2014 Macchie Santa Maria Evocatus

Le terme Macchie évoque le maquis, et ses épices, ses buissons aromatiques… et bien, ils sont là ; du nez se dégage du thym, de la sauge, et même un peu de thé fumé, plus oriental. Déjà à boire, car il présente déjà quelques notes d’évolution, mais tout à fait acceptables.  

Nardone Nardone Taurasi 2013

Peut-être pas le plus expressif de la dégustation, mais harmonieux ; du cuir, du chocolat, des tannins assez suaves, chocolat, un élevage très bien mené.

Prix indicatif : 19,9 euros chez Rosatovini (I), 36 euros chez Vinotek a Fynnis (DK)

Quintodecimo vigne Grande Cerzito Taurasi 2016

Un nez sauvage mêlant fruit noir, sarriette et poivre; la bouche pulpeuse est très plaisante, les tanins se mettant au service de la chair, qui, ici,  n’est pas faible.

Vigne Guadagno Taurasi 2015

Orange sanguine, clémentine, fruits des bois, le nez est expressif. La bouche ne déçoit pas, ce vin a de la tenue, pas mal de fraîcheur, même si la finale peut paraître un peu sèche en l’état – mais à vous de lui choisir une viande bien juteuse pour rectifier cette impression fugace.

https://www.vigneguadagno.it

Fiorentino Taurasi 2016

Beaucoup de fruit, rouge et noir, quelques épices douces, une bouche dense mais élégante, beaucoup d’harmonie et de cohésion.

https://fiorentinowines.company.site

Prix de vente indicatif : 32 euros chez Wijnkennis (B) pour le millésime 2014

Riccio Appia Antica Taurasi 2016

Des petits fruits rouges (airelles) et bleus (myrtilles) chatouillent le premier nez, avant de laisser la place à quelques notes de café vert. En boiuche, le café se torréfie et enrobe les tannins juteux; c’est suave. Une sensation d’équilibre. « Un vin très cohérent », conclut Johan.

Taurasi Radici Mastrobernardi 2017

Ouahou, quelle puissance ! tout d’abord, un bourre-pif signé Prune Bleue. Puis la bouche se prend un uppercut de tannins et d’acidité fruité. Grosse carrure, mais quand ce boxeur se met à vous parler, il fait preuve d’un certain raffinement, cependant ; la finale est longue, et très fraîche.  «Un joli bagarreur», résume Daniel.

Adelina Molettieri 2013 Taurasi

Un nez engageant de cerise qui s’ouvre doucement à l’aération, pour déboucher sur d’étonnantes notes de mine de crayon et de réglisse. Les tannins sont juteux. Superbe rétro-olfaction pleine d’épices (thym) avec le retour de la cerise sur un mode plus confit. «Racé”, résume Daniel.

Bis repetita pour cette cave dont nous avions déjà apprécié l’Irpinia.

http://www.adelinamolettieri.it

Cantina Antica Hirpinia Triplice Cinta Taurasi 2015

Saucé. Le bois, bien présent dès le premier nez, arrondit bien le vin. La finale, plutôt vive, fait joliment claquer la langue.

https://www.anticahirpinia.it/

Tenute di Pietrafusa Villa Matilde Fusonero Avallone Taurasi 2015

Du fruit, un peu de volatile, de la réglisse, mais une bouche plaisante sur un mode assez fluide, tout en buvabilité.

Prix de vente: 30 euros sur le site du producteur

https://www.villamatilde.it/pietrafusa

Stefania Barbot Taurasi Fren 2016

Superbe attaque au nez, très florale (pivoine) floral fruit confit gourmand de la matière cuir juteux salinité les tannins laissent le fruit s’exprimer long et fin Belle cohérence

Prix de vente indicatif : 39 euros chez Enoteca Collova (I)

https://www.stefaniabarbot.it

Terredora di Paolo Taurasi Riserva Campore 2009

Le boisé enrobe des notes de prune et de cerise noire bien mûre, la bouche combine la sucrosité du glycérol et la fraîcheur corsée d’un poivre de Cayenne. Le jury apprécie.

Prix de vente indicatif : 40 euros chez Trimani, millésime 2008 (I),

Terredora di Paolo Pago dei Fusi Taurasi 2007

Étonnant de fraîcheur, ce 2007 présente des tannins bien marqués mais encore soutenus par le fruit et le jus de réglisse.

Terredora di Paolo Pago dei Fusi Taurasi 2008

La preuve qu’il y a un effet millésime à Taurasi : ce petit frère du précédent paraît plus en chair, et nous emmène en forêt, parmi les résineux, les mûres, le gîte d’un animal à fourrure et le tabac de la pipe du garde-chasse ; puis nous offre une étonnant finale mêlant le café vert, la réglisse et les mousserons.

J’ai pensé à un Brunello bien élevé – c’est-à-dire, pas trop.

Terredora di Paolo Taurasi Pago dei Fusi Taurasi 2012

Du fruit noir, du paprika, des olives noires, du volume et une astringence plaisante qui fait saliver, quelques notes d’évolution, déjà parfait à boire aujourd’hui.

Prix de vente indicatif : 28 euros chez Enoteca 081 (I)

 

Claudio Quarta Cantina Sanpaolo Taurasi Riserva 2013

Nez séduisant de rose et d’orange sanguine ; juste ce qui faut d’acidité pour réveiller la bouche et son fruits gourmand. La belle structure tannique rappelle celle de certains vins de sagrantino bien élevés. Très chic, très classe, et encore jeune, ont jugé nos jurés?

https://claudioquarta.it/

Torricino/Stefano Di Marzo Cevotempo Taurasi 2016

Un vin qui s’appelle patience. D’abord discret, le nez révèle peu à peu un joli fruité rouge, bien mûr ; et si l’attaque en bouche semble un peu ferme, avec beaucoup d’extrait, un fruit juteux vient vite arrondir les tannins, et de petites notes de café vert et de tabac blond relancent le tout en finale. En résumé : une agréable surprise, après une entrée en matière hésitante. C’est mieux dans ce sens-là que dans l’autre !

Et fidèle à son nom («cevo tiempo», il lui faut du temps, en dialecte de l’Irpinia), on peut encore l’attendre.

Prix de vente indicatif : 23,5 euros chez Nettari Etruschi (I)

https://www.torricino.it/

Nativ Taurasi Rue 333 2017

Ce vin nous a d’abord paru austère, mais à l’aération, il nous a gratifié d’un joli fruit frais ; en bouche, les tannins sont souples mais des épices douces et du chocolat noir viennent apporter une touche dynamique. Une impression d’équilibre, d’harmonie se dégage de ce vin déjà plaisant aujourd’hui mais encore doté d’un beau potentiel. 4 ans, pour un Taurasi c’est tout jeune…  

Prix de vente : 20,10 euros sur le site du producteur (millésime 2016), 26,97 euros chez Licata (B) pour le millésime 2015 et 28 CHF chez Mövenpick (CH) pour le 2016.

https://vininativ.it

Taurasi I Capitani Bosco Faiano 2013

8 ans et pas une ride ! Le nez nous offre un joli zeste d’orange, de la pêche jaune, de rose ancienne et du noyau d’abricot ; en bouche, de la prunelle et de la réglisse. C’est juteux, pulpeux, avec, en toute fin, la fraîcheur du poivre, de la fève de tonka (dont on devra s’occuper) et de l’anis.  Un vin qui tapisse bien la bouche, au style méridional mais «raffinato», comme dit l’amico Marco.

Prix de vente sur le site du producteur : 23 euros.

https://www.icapitani.com

Cavalier Pepe Taurasi La Loggia del Cavaliere 2013

Voici le vin de conversation par excellence. Laissez-le s’ouvrir au fil de votre repas. D’un abord un peu sauvage, avec ses notes discrètes d’aneth et de romarin, il maintient initialement une certaine distance, semblant jauger vos papilles ; puis, petit à petit, il se dévoile ; déboulent alors de superbes notes d’estragon et de prunelle ; il enlève son corset et le voici volubile, très italien, notamment grâce un type d’acidité qui ne semble appartenir qu’à certains vins de la Botte. On termine en beauté avec une finale juteuse qui nous fait entrer dans une dimension fruitée inexplorée (de la kriek, pour nos amis belges).

 «Un vin vertical», nous dit Nathalie. Elle a raison : ce Cavaliere tient le haut du pavé, il empile plusieurs couches de sensations, emboîte plusieurs vins comme des poupées russes. Le dernier vin dégusté, et on termine sur un point d’orgue. Last but not least, comme disent les Anglais.

Prix de vente indicatif: 30,38 euros chez Marconvini (B)

https://www.tenutapepe.it

Ont également été appréciés : Molara Campo Taurasi «Vigne Claudia» 2016,  De Lisio «Delisio» Campi Taurasini 2012, Bell’aria Taurasi 2012, Feudo San Gregorio Taurasi 2015, Fiorentino Taurasi 2015.

Une belle moyenne

En résumé: près de 40 vins sélectionnés – même si le nombre de vins dégustés (pas loin d’une centaine) était important, le taux de satisfaction est éloquent. Et d’autant plus méritoire qu’il s’agit de vins pas toujours faciles d’abord. Alors, si vous avez la chance d’en trouver chez votre caviste ou dans votre trattoria habituelle, n’hésitez pas à succomber aux charmes plutôt fermes de l’aglianico. Et s’il n’y en a pas, réclamez-en!  Ami consommateur, n’oubliez jamais que c’est parce que que vous en achetez qu’il y a un marché pour tel ou tel type de vin.

Hervé Lalau

Envirhônement vôtre

Début juillet, dans le cadre bucolique du Château Gigognan, Interrhône dévoilait sa nouvelle campagne de communication avec comme thème central le respect de l’environnement.

Une campagne déclinée en plusieurs visuels mettant en avant vigneronnes et vignerons dans leur interaction avec les paysages, comme acteurs engagés pour l’expression du terroir et sa préservation.

Car cette campagne illustre les efforts de la filière pour la protection de la nature, les actions concrètes menées avec le concours d’associations ou d’institutions comme le Muséum d’histoire naturelle, la Ligue de Protection des Oiseaux et l’Institut Français du Vin;  les démarches entreprises pour la sauvegarde des ressources en eau ou en énergie, ainsi que pour la diminution des traitements phytosanitaires. A noter le rôle joué dans tous ces domaines par l’Institut Rhodanien, tant en matière de recherche que d’information des viticulteurs.

Et ceux-ci sont mis à contribution, dans la pratique.

Comptages d’espèces utiles ou représentatives de la biodiversité, comme les vers de terre ou les chauves souris, pose de nichoirs, plantation de haies ou d’arbres isolés, fin du désherbage des tournières, enherbement des inter-rangs, confusion sexuelle des insectes nuisibles, c’est tout un catalogue de bonnes pratiques qui a été mis en oeuvre.

Cet engagement prélude à la généralisation des certifications environnementales (HVE ou bio) dans les exploitations – une nouvelle exigence introduite dans les cahiers de charges des appellations. Et comme il n’y a pas de transparence sans contrôle, non seulement chaque exploitation se vera contrôlée au moins une fois tous les cinq ans, mais un QR code scannable par le consommateur reprendra sur chaque bouteille les informations sur le producteur, le vin et leur promesse environnementale. 

Bref, cette campagne, qui met en avant les valeurs de sincérité, de motivation et de transmission, n’est que la partie visible d’un iceberg bien plus profond. On espère qu’elle convaincra les consommateurs, notamment les plus conscientisés en matière d’environnement, qui, malgré leur activisme (ou à cause de celui-ci), ne sont pas toujours bien informés de la situation réelle dans le vignoble.

Aussi jolis soient-ils, ces visuels ne sont sur la vitrine d’un véritable engagement, au-delà des logos et des labels. Les vigneronnes et les vignerons mis en avant sur les affiches ou dans le film tourné pour cette campagne en sont les ambassadeurs et les acteurs. J’ai d’ailleurs  pu le constater en en visitant quelques uns, comme Maison Sinnae, à Bagnols-sur-Cèze ou le Château de Marjolet, à Laudun. Voila des gens qui, loin de faire de la figuration, prêchent par l’exemple. Mais allez vous-mêmes le vérifier sur place, du côté de ceux qui agissent!

Hervé Lalau

Chez Léon revient en force à Bruxelles

Durant toute la sinistre période que vient de vivre la restauration, en Belgique comme en France, Léon, rue des Bouchers, à Bruxelles, ne s’est pas croisé les bras. Des travaux d’aménagement ont renforcé la belgitude du lieu. C’est ainsi que les clients peuvent désormais découvrir, dans la multitude d’espaces de la maison, toute une série d’hommages au noir-jaune-rouge, ceci à travers un véritable parcours «muséologique».

Entre une fresque en clin d’œil à Magritte — «Ceci n’est pas une moule» — et une étonnante sculpture en forme de moule réalisée comme un saxophone en hommage à Adolphe Sax, c’est une véritable collection que le visiteur peut retrouver, et notamment la fameuse fusée emblématique de « On a marché sur la Lune » en référence à Hergé ou encore un mur entièrement tapissé des fleurons de la BD belge.

À signaler également, un très amusant Atomium dont chaque boule est une tête de Gaston Lagaffe et une magnifique scénographie qui, dans un véritable tourbillon, grimpe vers le plafond en emportant aussi bien des bandes dessinées que des souvenirs liés à l’histoire de Léon. Enfin, au mur, on pourra encore découvrir une lithographie originale de Folon, réalisée à l’occasion de l’ouverture du premier Léon à Paris, ou encore un dessin unique du Chat de Philippe Geluck…

Alors, qu’attendez-vous pour renouer avec les moules, les frites, le vin de Moselle (ou d’ailleurs) et la culture belge?

Chez Léon

18 rue des Bouchers à 1000 Bruxelles 

Tél. +32 (0)2 511 14 15