Pour fêter dignement le jour du vin… de Moldavie

Hier soir j’ai pu participer au webinaire organisé à l’occasion de la Fête Nationale du Vin. Fête nationale moldave, s’entend.

Animée par le journaliste britannique Jamie Goode, cette conférence à distance réunissait quelques grandes pointures de la critique vineuse et de la sommellerie internationale, comme Jacques Orhon (Canada), Michelle Williams (Etats-Unis), Frank Smulders (Pays-Bas), Robert Joseph (Grande-Bretagne), Julia Scavo (Roumanie), Chung Tao Hsieh (Chine) ou André Devald (Danemark), ainsi que deux experts locaux, Mihail Druta (chef et sommelier) et Irina Bîstritchi, directrice adjointe du Bureau National Moldave de la Vigne et du Vin. Sans oublier, bien sûr, notre ami belge Marc Vanhellemont, dont on se rappellera que sur le site des 5 du Vin, l’année dernière, il nous avait narré avec brio son voyage en Moldavie. 

Après une brève présentation du vignoble moldave (le plus grand au monde rapporté à la surface du pays), et de ses trois IGP (Stefan Voda, Valul Lui Traian et Codru), chaque expert a pu apporter sa vision du vin moldave et de son propre marché. Les débats ont tourné autour de la notoriété des vins moldaves (encore assez faible), mais surtout de leur qualité – que nous avons pu mesurer dans le verre en dégustant 4 cuvées en direct, trois rouges et un blanc.

Les 4 vins dégustés

Harap Alb 2019

Première cuvée, première surprise, il s’agit d’un blanc de noirs.

Un cépage international, le Cabernet Sauvignon, et un autre, plus régional, la Feteasca Neagra, tous deux vinifiés en blanc. Et pourquoi pas? 

Floral mais aussi musqué, légèrement anisé, avec une pointe de gaz, il est assez ample et salin en finale. 

Une rareté qui montre toute la créativité des Moldaves. Voila des gens qui ne se contentent pas d’imiter, mais qui innovent, même (et peut-être surtout) au sein des petites unités de production comme le producteur de ce vin, Minis Terrios (le jeu de mots est volontaire). Un domaine qui n’a que 7 ans d’existence.

Château Vartely Individo Feteasca Neagra Roada 2017

Le deuxième vin est un rouge qui met en avant un des grands cépages régionaux, la Feteasca neagra, alias «vierge noire»  ou queue d’hirondelle, (une variété que l’on trouve en Moldavie et en Roumanie, mais aussi en Hongrie et en Slovaquie) ; ce cépage est ici utilisé in purezza.

Le nez est engageant, derrière les notes boisées : pivoine, rose fanée, prune, la Feteasca souffle le chaud du poivre et le frais de la sauge, c’est long et plutôt ample. Le côté grillé domine un peu (c’est aussi l’avis de Franck Smulders), les 6 mois d’élevage medium toast donnent à ce vin un air de Rioja old style, qui, sans être rébarbatif, est peut-être superflu compte tenu des aptitudes évidentes du cépage. La finale est un peu sur l’alcool (mais le vin provient de la région la plus chaude du pays). 

Origine : Valul lui Traian

Fautor Negre 2017

51% Feteasca, 49% Rara Neagra.

Les Moldaves ont acquis une bonne expertise de l’assemblage, comme le souligne Jacques Orhon, ainsi que Robert Joseph, qui suit les progrès de ce pays depuis plus de 20 ans. Assemblage de cépages internationaux ou de cépages locaux, comme pour ce vin.

Aux jolies notes de confiture de prune et de cerise qui se dégagent au nez succède en bouche un bouquet d’épices (poivre, piment, câpres, céleri). Les tannins sont bien marqués, et la finale nous offre une belle fraîcheur, sans doute apportée par la Rara Neagra. C’est pour moi le plus original des trois rouges, avec son petit côté Sudiste – à l’aveugle, j’ai pensé à un Grenache-Carignan du Midi…

Elevage de 12 mois en barriques neuves.

Origine : Valul Lui Traian

Negru de Purcari 2018 

Héritier d’une notoriété remontant au début du 19ème siècle, le domaine Purcari a joué un rôle important dans la reconnaissance des vins moldaves à l’étranger. 

Cabernet sauvignon 55%, Saperavi 40% et Rara Neagra 5%.

Un nez très frais de violette, de rose et de fruits rouges, des tannins souples, une légère sucrosité, c’est lisse, easy to drink. 18 mois chêne français

Origine : IGP Stefan voda 

En résumé

Ces vins n’auront aucun mal à séduire le consommateur moyen de l’Ouest. Ils prouvent la grande capacité d’adaptation de la viticulture moldave qui, de principal fournisseur de la Russie soviétique puis post-soviétique, a dû se résoudre à chercher des marchés ailleurs. Le pays a juste besoin de communiquer un peu plus, d’abord sur lui-même (pas évident pour l’Occidental, même européen, de le situer sur une carte), sur sa culture viticole et ses atouts climatiques.

Et puis, ensuite, on pourra aller plus dans le détail, s’attaquer à la présentation de ses différentes régions, de ses grandes caves traditionnelles, mais aussi des petits jeunes qui montent, ceux qui sont la tradition de demain.

Hervé Lalau

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