Mes invraisemblables propositions de refonte du système AOC

On compte aujourd’hui plus de 300 AOC de vins en France (sous réserve d’inventaire, car il s’en crée régulièrement).

C’est beaucoup trop.

D’abord, parce que trop de mentions tue la mention. Impossible pour le consommateur de les mémoriser et donc d’appréhender leurs différences.

Ensuite, parce que la production cumulée de toutes ces AOC est trop importante: elles représentent la moitié du volume de vin produit en France.

Il n’est pas sain, il n’est pas crédible, il n’est pas sérieux que ce qui est censé constituer la pointe d’une pyramide qualitative en devienne le ventre mou.

Ca, c’est le constat. Je ne suis pas le seul à le faire. En 2001, déjà, le regretté René Renou, en sa qualité de Président de la Commission Vin de l’INAO, s’engageait en ce sens: « Si nous ne faisons pas le ménage nous-mêmes, le marché le fera à notre place. Le consommateur ne s’y retrouve pas, il faut regagner sa confiance et produire toujours de meilleurs vins ». L’association Sève, qui reprend à son compte une partie de l’héritage de Renou, n’est pas moins critique: « Les AOC, victimes de leur succès commercial, ont dérivé depuis les années 70 vers un label d’assurance de qualité standard qui n’était pas du tout leur vocation première. La conséquence en a été un brouillage général de l’offre du vin français, préjudiciable à tous ses segments, préjudiciable à sa crédibilité globale. »

Une association de consommateurs comme Que Choisir? partage grosso modo cette analyse, de même que les Vignerons Indépendants.

Mais que fait-on pour en revenir aux fondamentaux, à ce fameux lien au terroir qui devrait sous-tendre les AOC?

Je vais poser un moment ma casquette de commentateur et m’engager au titre de citoyen et de consommateur. Ce dernier rôle me semble d’ailleurs le plus important; car si des mentions sont apposées sur les étiquettes, c’est pour protéger non seulement le producteur qui s’en réclame, mais également le consommateur pour lesquelles ces mentions sont censées avoir du sens, un vrai contenu.

Je ferai donc des propositions concrètes, basées, non sur l’intérêt à court terme des filières de production, mais sur celui des buveurs. D’avance, excusez ma naïveté.

1° Réduction du nombre d’AOC

Si les AOC naissent, elle doivent également pouvoir vivre et mourir dans la dignité. Celles qui n’ont pas pu faire la preuve de leur utilité doivent être abrogées. Curieusement, je n’ai pas trouvé de textes de loi qui permettent de retirer la qualité d’AOC à une appellation qui aurait démérité – comme si cette consécration était donnée à titre éternel. Je me substituerai donc aux pouvoirs publics défaillants et proposerai moi-même une liste des AOC appelées à disparaître, soit parce qu’elles introduisent la confusion dans les esprits, soit parce qu’elles n’ont aucune justification économique, soit parce qu’elles n’ont aucune justification en termes de lien au terroir, de différence. Je suggère donc l’abrogation de

-Cabernet de Saumur (qui intégrerait Cabernet d’Anjou, le Saumurois fait d’ailleurs partie de l’Anjou historique)

-Graves de Vayres (qui non seulement manque de justification commerciale, mais entretient une confusion avec les Graves)

-Saint Macaire (à quoi peut bien servir une AOC que personne ne voit jamais?)

-Canon-Fronsac (qui serait intégré à Fronsac, dont rien ne le distingue vraiment)

-Cérons (qui serait intégré à Sauternes)

-Barsac (idem).

-Crémant de Bordeaux (qui serait rétrogradé en Mousseux IGP, faute de lien au terroir, d’historique, et osons le dire, d’intérêt au plan qualitatif. On n’attend pas de la Champagne de faire de grands rouges de garde…).

-Haut-Poitou (à reverser en IGP, la coopérative de Neuville ne vendra pas une bouteille de moins).

-Coteaux de Die (virtuellement introuvable)

-Côtes de Bergerac (cette AOC totalement absconse serait intégrée à Bergerac)

-Haut-Montravel et Côtes-de-Montravel (seraient intégrés à Montravel avec obligation de spécifier si le vin est sec, doux ou demi-doux)

-Saint-Emilion Grand Cru (disparaîtrait pour être fondu dans « Saint Emilion », la mention Grand Cru devant être réservée à des terroirs particuliers, sur le modèle bourguignon ou alsacien).

-Bordeaux, Bourgogne, Alsace, Corbières, Languedoc, Savoie… (lorsqu’ils sont employés seuls). Ces mentions trop vagues ne permettent pas de définir un lien unique au terroir (sauf à donner au terroir un sens régional qu’il n’a pas, qu’il ne peut pas avoir si l’on tient compte des différences de sols et de micro-climat) ces vins seraient logiquement reversés dans les IGP, dont la promesse est un lien au territoire. Les noms seraient conservés, cependant, pour les IGP; on aurait le droit de mentionner Bourgogne IGP comme on a Toscane IGT en Italie.

Ce ne sont bien sûr que quelques exemples.

Plus globalement, une procédure de révision quinquennale des AOC serait mise en place, avec prise en compte des résultats économiques et de la réalité du maintien du lien au terroir dans les productions. On pourrait suspendre une AOC ou carrément la supprimer, pour éviter qu’elle ne se ridiculise (comme dans le cas, pas si rare aujourd’hui, où l’e vin AOC se vend moins cher que du vin de France avec mention de cépage). Les sanctions viseraient aussi les producteurs indviduellement: dans le cas fraudes avérées (à la chaptalisation, aux origines, aux cépages, etc), on enlèverait aussi au fraudeur le droit d’utiliser la mention pendant 10 ans.

2° Aménagements particuliers

-Cahors serait scindé en deux sous-zones: Vallée et Causse. Une classification de meilleurs terroirs pourrait aboutir à des premiers crus.

-Saint-Chinian Berlou et Saint-Chinian Roquebrun seraient redélimités et ne feraient plus qu’un. Il n’y a en effet aucune justification de terroir à cette dualité, il y a des schistes et des calcaires des deux côtés; si l’on tient à établir une distinction, c’est par rapport aux autres Saint Chinian qu’elle se conçoit; et elle doit plutôt se faire en fonction du type de sol et de l’altitude; il suffirait de prendre le meilleur des deux zones et d’en faire un Saint-Chignan Premier Cru.

Là encore, il y a bien sûr d’autres exemples du même type…

3° Abaissement des rendements

Un hectare en AOC ne devrait pas ouvrir droit à plus de 35 hl de production AOC maximum; non qu’il faille systématiquement baisser le rendement de chaque vigne (on peut produire d’excellents vins au dessus de ce chiffre). Non, mon idée est  plutôt de limiter le volume de production d’AOC sur chaque parcelle, le reste devant être déclaré en IGP ou Vin de France. Le but étant de contraindre les producteurs à se détourner de l’AOC pour leurs vins bas de gamme.

4° Réduction des aires d’appellation

Ou à tout le moins, mise en place d’un système à deux étages, sur le mode du Chianti/Chianti Classico. Seul le coeur de chaque appellation, où l’effet terroir est avéré, pourrait conserver l’AOC. Le reste deviendrait IGP ou devrait prendre un autre nom d’AOC. Ce modèle pourrait être appliqué à Cahors, par exemple, au cas où la solution des grands crus ne serait pas adoptée.

5° Libéralisation des droits de plantation

Quelle raison a t-on de donner aux gens en place un quelconque avantage, de freiner l’arrivée de nouveaux accédants, surtout quand on voit le niveau de qualité qu’ils proposent? C’est une rente de situation, rien de plus.

6° Mise en place de Crus Exceptionnels, hors appellation

C’est le modèle des Pagos espagnols. En France, on pense à Daumas Gassac. Mais ce système serait bien pratique pour permettre à des domaines méritants de conserver une mention qualitative, quand on aurait rétrogradé les vins de la région qui les entoure au rang de vin courant (qu’ils n’auraient jamais dû quitter).

7° Libéralisation des assemblages au sein des AOC

Il n’y a aucune raison historique ni qualitative d’empêcher un vigneron du Roussillon de produire un 100% grenache ou un 100% carignan, surtout quand on sait que la syrah est une pièce rapportée dans cette région.

Par ailleurs, conservons aux AOC leurs vieux cépages, et réintroduisons ceux qui ont disparu, tout ce qui est facteur de différenciation est bon à prendre face aux vins de consommation courante, aux cépages internationaux, au prêt à porter du vin. Les AOC ont une autre vocation que d’abreuver, elles sont facteur d’intégration à un territoire, facteur de pérennisation d’un héritage.

8° Renforcement des contraintes techniques

Interdiction de la chaptalisation, de l’osmose inverse, de la cryoextraction et de l’acidification dans les AOC.

L’AOC est le reflet d’un terroir, nous dit-on; ce terroir inclut le climat, et une mauvaise année n’a pas à être artificiellement gonflée. Ces années-là, on se rabattra sur les autres catégories de vins, à la promesse moindre.

9° Levée des normes sans objet

A contrario, des exigences du genre « vinification dans le finage », qui n’apportent rien à la qualité du produit fini, devraient être supprimées.

10° Ouverture de l’INAO aux utilisateurs finaux

Pourquoi laisser le soin de juger du bien fondé des AOC aux seuls experts de la production ou de l’administration? Pourquoi les utilisateuers finaux, les consommateurs et même les plumitifs comme moi, qui parlent si souvent des AOC, n’auraient-ils pas voix au chapitre quand il s’agirait d’octroyer la mention suprême ou de faire le ménage dans celles qui existent déjà? L’AOC est une promesse. Qui mieux que le consommateur peut apprécier si la promesse est tenue? Ou bien le prendrait-on pour plus bête qu’il n’est?

Voilà. C’est un peu sommaire, bien sûr, il y  a un côté 10 Commandements qui peut prêter à sourire, mais l’idée générale y est.

Elagage

Il s’agit d’élaguer un arbre dont les branches malades menacent de le faire tomber.

Je ne me fais aucune illusion sur la possibilité qu’un tel combat soit soutenu par les Pouvoirs Publics, sans parler des syndicats, des ODG ou des interprofessions, eux dont la fonction, la raison d’être, le mode de pensée, est de veiller à contenter le plus grand nombre de cotisants possible.

Un journaliste, lui, n’a pas à prendre en compte ce genre de facteurs; ni même, d’ailleurs, un consommateur. Mon seul souci est que les AOC contentent le plus grand nombre de buveurs possible, et que les autres vins soient requalifiés dans d’autres catégories. Je ne souhaite pas la mort du mauvais vigneron, mais s’il n’a pas lui même le bons sens de se reconvertir dans autre chose, je demande au moins à ce que sa daube ne vienne pas tirer vers le bas des mentions prétendument qualitatives. C’est injuste pour les autres. On a beau me parler de solidarité vigneronne, je ne crois pas qu’elle consiste pour les plus respectueux du terroir à couvrir les méfaits de leurs voisins.

Et bien sûr, je suis conscient que pour beaucoup, un tel discours revient à ouvrir la boîte de Pandore, qu’on me traitera d’inconscient, d’anti-social ou pire, d’expert en chambre. Je n’en ai cure, car je pense qu’il vaut mieux proposer une réponse, même simpliste, que de rester dans la critique systématique.

Contrairement à certains de mes amis étrangers (Grenouille je suis, Grenouille je reste, c’est mon exception française), je crois au bien fondé des appellations. Je ne souhaite pas leur démantèlement; je ne peux pas jeter ce bébé là avec l’eau du bain. Les marques, qui s’y substitueraient  (et qui s’y substituent déjà quand l’AOC est trop décrédibilisée), ne peuvent remplir le même rôle. Même si le système a largement failli, même s’il est perverti, je le crois utile. Pour la transmission d’un patrimoine, pour la préservation d’une différence (l’aspect humain reste pour moi au moins aussi important dans cette différence que le sol ou le matériel physique). Je souhaite la refonte du système, je souhaite son retour à ses valeurs premières.

Je ne sous-estime pas les enjeux économiques et sociaux qui font aujourd’hui de l’AOC une sorte de droit acquis, aussi ne suis-je pas sûr de voir mes idées aboutir un jour. Mais j’aurai eu le plaisir de vous les exposer.

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout!

Hervé Lalau

 

 

 

14 commentaires sur “Mes invraisemblables propositions de refonte du système AOC

  1. D’accord avec une bonne partie (90%) des propositions que vous faites. Ceci dit, 35hl/ha me paraît un plafond un peu bas dans certaines appellations. On peut faire des vins de très haut niveau à 40-45hl/ha. Tout dépend du nombre de pieds de vigne à l’hectare.
    L’interdiction totale de la chaptalisation modifierait profondément le profil des vins rouges bourguignons (où même les meilleurs admettent l’utiliser régulièrement).

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  2. Merci de votre commentaire.
    Pour le point un, je n’ai peut-être pas été assez clair. Je ne souhaite pas limiter le rendement d(une parcelle à AOC à 35hl/han mais je soujoaite qu’on ne puisse donner la mention AOC à plus de 35hl. pour cet hectare. C’est différent. On pourrait continuer à produire un volume supérieur (il faut d’ailleurs tenir compte du nombre de plants à l’hectare, beaucoup plus élevé en Alsace qu’en Languedoc; par exemple), mais au dessus de 35 hl, ce ne serait plus de l’AOC/
    Pour le point 2, les Bourguignons qui se réfèrent si souvent aux moines et à l’histoire, pour justifier leurs particularismes, ne peuvent ignorer que ces mêmes moines… n’avaient pas recours à la chaptalisation. De plus, avec le réchauffement climatique, on devrait voir les ajouts de sucre diminuer. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a une autre raison; notamment: le sucre coûte moins que le raisin pour produire un degré, et il est moins risqué de vendanger plus tôt, et de compenser ensuite.

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  3. Je ne comprends pas très bien le premier point: vous voudriez apparemment revenir au système très subtil des déclassements où sur une même parcelle on avait du Chambertin, du Gevrey-Chambertin, du Bourgogne, voire du vin de table, selon les limites de rendements (le vin de table étant d’ailleurs vendu comme du « chambertin déclassé » avec les étiquettes qu’on vous donnait à part, si vous aviez payé en liquide bien sûr).
    Ce n’est pas très performant du point de vue de la qualité, ni de l’information correcte du consommateur…
    Sinon, il y a encore pas mal de choses intéressantes à discuter dans votre projet.
    Mais je me contenterai d’une question: selon vous, si un journaliste se rend coupable d’une grosse faute (par exemple une diffamation), faut-il l’interdire de publier pendant dix ans?
    PS: Pour répondre à quelques critiques émises il y a quelques temps de la part de certains lecteurs énergiques de ce blogue, qui se plaignaient de ne pas savoir qui est Norbert et de ne pas trouver de liens sous ma signature (alors qu’eux-mêmes n’en ont pas non plus), je dirais qu’effectivement il n’y a pas de lien car je n’ai rien à vendre par ailleurs et que je ne présente pas mon passeport biométrique, car pour autant que je le sache, quand on se joint à une aimable conversation au comptoir d’un bistrot sympathique, il n’y a pas besoin de décliner son CV détaillé! Mes remarques doivent être prises en tant que telles, pour elles-mêmes.

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  4. Merci Norbert de participer à ce débat. Chacun peut y apporter sa pierre. Tout me semble préférable à l’immobilisme, en tout cas.
    Je ne vois pas en quoi le fait de limiter le volume de production AOC produit sur une parcelle d’AOC pénalise le consommateur. Le reste de la production de la parcelle serait tout aussi bon, sans doute, mais ne pourrait pas inonder le marché; c’est tout. Si l’on veut que l’AOC soit le sommet de la pyramide, il doit s’en produire peu.
    A propos de votre comparaison avec le journalisme, je suis personnellement favorable à ce que les journalistes ayant diffamé, mais aussi ceux ayant sciemment colporté de fausses informations, soient exclus de la profession, au moins temporairement. Nous ne sommes pas une race à part, intouchable, avec seulement des droits et pas de devoirs.
    Alors oui, pour revenir au vin, je pense que les fraudeurs doivent être mis au ban des AOC; ce serait la juste contrepartie d’avoir profité indûment de la mention, et d’avoir mis en danger la réputation des autres, collectivement. Il y a des d’exemples de fraudeurs (voire de trafiquants) ayant été condamnés et ayant continué de frauder les AOC (le nom de Geens vous dit certainement quelque chose, ces gens ont été pris sur le fait à plusieurs reprises depuis les années 1970 aux années 2000). Ne pensez-vous pas qu’au-delà des amendes, une mise à l’épreuve, une interdiction de vendre des AOC eut été convenable?

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  5. Merci pour le bon accueil de mes remarques, mais pardonnez-moi: je ne comprends toujours pas l’intérêt de votre proposition sur les rendements.
    Vous écrivez: « Mon idée est plutôt de limiter le volume de production d’AOC sur chaque parcelle, le reste devant être déclaré en IGP ou Vin de France ».
    Donc c’est bien le retour à la situation d’avant 1984, si je me souviens bien où, si on faisait 100 hl sur un ha de chambertin (avec pas mal de sacs de sucre parfois), on pouvait déclarer 25 hl de chambertin, puis 15 en gevrey-chambertin, puis 10 ou 15 en bourgogne et le reste en vin de table qui était vendu en réalité sous le manteau comme « chambertin déclassé ».
    Ce n’est pas l’idéal pour la qualité du chambertin, ni du gevrey, ni du bourgogne, mais pour le VDT ça allait en général bien (sauf qu’on l’achetait quand même à un bon prix de chambertin déclassé).
    Je prends un exemple bourguignon, non pas pour stigmatiser une région qui m’est très chère, mais parce qu’elle connaît justement un système très complexe d’appellations gigognes, avec de grands écarts de prix, et que la petite propriété permettait plus facilement de gérer ce genre de commercialisation.
    Maintenant, vous devez choisir ce que vous déclarez et un seul choix est possible: les excédents éventuels doivent partir à la distillation.
    Enfin, pas toujours, car justement dans l’affaire Geens il y avait pas mal de trafic avec des volumes de dépassement des plafonds.
    Je ne sais d’ailleurs pas quel a été le résultat du traitement judiciaire de cette affaire complexe et donc quelle était la sévérité des sanctions.
    Il faut tout de même relever que les fraudes en question n’étaient pas, à ma connaissance, le fait de viticulteurs, mais d’intermédiaires.
    Ces commerçants peuvent éventuellement être condamnés à des interdictions d’exercice.
    En revanche, interdire de revendiquer des AOC pendant 10 ans me paraît bien lourd pour un viticulteur et pour l’AOC elle-même, qui, il faut le rappeler, ne peut pas exister sans producteurs.

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  6. Qu’il faille revoir tout cela, c’est plus qu’évident. Que vu l’état des pesanteurs à l’entour, c’est une tâche monumentale. Qu’il faille quand même en parler, c’est nécessaire.
    Faire table rase du passé, ce serait trop facile.
    Mais partir de constats :
    – qu’est ce qui se vend, et pourquoi cela se vend ?
    – pourquoi tels crus atteignent-ils tels prix ?
    – pourquoi d’autres n’arrivent pas à percer ?
    Et un peu de prosaïsme ? On achète à cause du nom d’une AOC ou bêtement parce que là le prix est OK pour moi et l’étiquette me plaît ?
    Les coréens adorent la subtilité de nos AOC bourguignonnes. On a des exemples de nouvelles AOC (on frise les 400+) qui ont occasionné imméditament une montée sérieuse des prix ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?
    Bref : tout cela pour dire que tout travail en ce domaine devra peut-être partir non pas d’une situation, d’une législation passée à adapter, mais de faits actuels sur lesquels construire un nouveau système en gardant le socle vlable du passé.

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  7. Oui, tout à fait, il faut combiner le passé avec la réalité et essayer de prévoir l’avenir.
    Depuis 1935, il y a eu pas mal de modifications externes et internes dans les AOC, mais cela ne peut se faire qu’avec lenteur et prudence.
    Il est vrai qu’on a un peu trop multiplié les dénominations et on les a même dédoublées, entre Trifouilly-du-bas et Trifouilly-du-haut, sans oublier Trifouilly Grand cru, etc…
    Mais cela provenait du contexte réglementaire général qui décourageait la production de vin de table considéré comme excédentaire (pas de droits de plantation, méthodes oenologiques restrictives, présentation sommaire). Donc pour y échapper rien de tel qu’une reconnaissance d’AOC… L’Union européenne a enfin compris ces effets pervers et a libéralisé en partie la production du vin en général.
    Mais pour autant, il ne faut pas se précipiter dans une une remise à plat.
    Un texte est assez facile à changer mais le terroir un peu moins!
    Si une AOC devient précaire, avec une remise en cause tous les cinq ans, il faut se demander ce que deviendra la vigne. De même si un viticulteur en délicatesse avec la réglementation se voit banni de l’appellation pendant dix ans.
    Certes, on pourra toujours cultiver sa vigne et faire du vin de table sur ces parcelles, du moins si c’est rentable par rapport au capital investi ou au fermage.
    Mais est-ce que l’on va conduire la vigne pendant toutes ces années comme une vigne AOC?
    Cela m’étonnerait beaucoup!
    On prendra plutôt les primes à l’arrachage, si elles existent encore.

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  8. Deux remarques à la con ….
    mais qui traduisent assez ma pensée hâtive.
    1) Les conseilleurs ne sont pas les payeurs … mais je crois aussi qu’on doit abaisser les rendements, en général.
    2) Pourquoi des A.O.P ?

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  9. Hervé,
    Je te joins la réponse détaillée de Philippe Ricard, membre actif d’IVV Toulouse :
    1- Réduction du nombre d’AOC
    Je ne suis pas convaincu de l’intérêt de cette donnée.
    La plupart des AOC ont un sens, à quelques exceptions prés (d’ailleurs, les suppressions suggérées ne concernent qu’une infime partie du nombre total d’AOC, ce qui prouve bien que même défenseur d’une telle idée, il n’est pas facile de l’appliquer).
    Si le Nouveau-Monde a trouvé sa raison d’exister dans un tout autre concept, on en voit aujourd’hui les limites : petit à petit, son propre consommateur évoluant, il tend lui-même à se rapprocher de l’idée que le vin est autre chose qu’un cépage et que la notion très française de terroir n’est pas si utopique que ça… Dans sa démarche, on se rend même compte que le Nouveau Monde tend à construire lui-même les bases de futures AOC…
    Notre concept est potentiellement une force : c’est son application qui en fait ses faiblesses.
    2° Aménagements particuliers
    Je suis pour l’application stricte du concept des AOC, avec sa suppression pure et simple pour des vins qui ne le méritent pas : ça devrait déjà satisfaire un premier aménagement (ou faire un premier ménage, comme on veut…).
    L’effort premier est sur la façon d’attribuer ou non l’AOC.
    Ensuite, je comprends l’idée de certains aménagements, avec un lien étroit entre AOC et sous-sol.
    Pour faire apparaitre plus de cohérence.
    Je trouve bon le concept hiérarchique bourguignon, car il a l’avantage d’être clairement pyramidal : Villages, 1er Cru , Grand Cru.
    Cette notion de jugement pyramidal de qualité serait un excellent indicateur pour le consommateur : à condition d’être scrupuleusement respecté (combien de merdes en 1ers et Grands Crus bourguignons à l’heure actuelle ?).
    Les idées bordelaises sont exsangues.
    3° Abaissement des rendements
    Idée incohérente.
    On ne peut établir un lien rigide entre qualité et rendement.
    4° Réduction des aires d’appellation
    La plupart des vins de plaine à Cahors ne devraient déjà pas recevoir l’appellation, si l’esprit des l’AOC était appliqué avec rigueur.
    Maintenant, je comprends que face à une situation bien engluée, on veuille passer à la vitesse supérieure…
    Mais il me semble plus difficile de vouloir faire une révolution à l’échelon national (voire européen d’ailleurs) que de vouloir être plus strict dans l’application des règles actuelles…
    5° Libéralisation des droits de plantation
    Entièrement d’accord.
    6° Mise en place de Crus Exceptionnels, hors appellation
    L’idée me convient à moitié.
    Car elle n’est pas cohérente avec le paragraphe 7 (soit c’est l’un, soit c’est l’autre) : Daumas Gassac pourrait prétendre à une AOC si on libéralisait les assemblages…
    A part ça, je serais moi aussi pour reconnaître une valeur pyramidale (je reste sur mon exemple de Villages/1er Cru/Grand Cru), applicable dans toute la France, liée pour une part à la qualité reconnue du terroir, mais surtout à la qualité démontrée des vins sur une longue période.
    7° Libéralisation des assemblages au sein des AOC
    Entièrement d’accord, du moment qu’il est démontré une pertinence d’accord entre sol et cépage, avec résultat constaté dans le verre.
    8° Renforcement des contraintes techniques
    Entièrement d’accord.
    Les vins « rattrapés » techniquement devraient perdre illico leur AOC : c’est la base de l’esprit des AOC.
    9° Levée des normes sans objet
    Pas d’idée.
    10° Ouverture de l’INAO aux utilisateurs finaux
    Idée naïve car inapplicable à grande échelle, le risque majeur étant la dilution des critères de jugement (j’ai pu constater les dégâts de ce concept, appliqué depuis longtemps par le guide Hachette…).
    Mais, bizarrement, je la soutiens… pour la dégustation notamment, sous certaines conditions :
    · la sélection très sévère des dégustateurs : non seulement ils doivent bien déguster, mais surtout bien connaître l’AOC…
    · les protocoles de dégustation doivent être sérieusement pensés
    · l’anonymat des jurys est indispensable (aucune personne extérieure présente pendant les dégustations, sauf pour le service)
    · chaque échantillon doit être accompagné d’une fiche technique dont le contenu, très réfléchi, serait le même pour tous

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  10. Plein de gens se trouvent très importants …
    Je ne dénie à personne le droit de donner un avis, mais me réserve celui de leur accorder plus ou moins de crédit. Sur le sujet des AOC (AOP en fait, BXL le veut), on mélange verbiage inutile et mensonges corporatistes, intérêts financiers et préférences politiques. Au feu les AOC … mais VIVE les terroirs d’exception.
    « Le terroir, notion si française » … Tu parles, les parcelles ont toujours été bien plus individualisées et réputées en Italie, au Portugal, en Allemagne. Mais les Français ne le savent pas, ils ne boivent qu’hexagonal. Et l’exemple le plus convaincant dans l’hexagone est bien entendu la Côte d’Or. Il remonte à l’époque PAS SI LOINTAINE où la Bourgogne était distincte de la France ! Et oui, ce sont des Espagnols ou des Flamands qui ont reconnus la primauté des Bèze, Petites Chapelles, Bâtard et autres car on sait que Bruges, bien plus que Dijon, fut leur vraie capitale ducale.
    Pas mal comme provoc, non ?
    Autre exemple : l’Alsace, mais ce sont les Allemands qui l’ont parcellisée et d’ailleurs, entre eux, les vignerons parlent une langue qui est quasiment de l’allemand, pas le « françois ». Reprovoc.
    Le Kaefferkopf, DERNIER des grands crus à avoir été reconnu, jouit depuis toujours d’un grand prestige chez l’amateur. Et bien avant que Jean-Michel D ne mélangeât les cépages dans son Altenberg, les gens d’Ammerchwihr avaient adopté cette pratique.
    Le Zotzenberg à Mittelbergheim livre des sylvaners de qualité depuis bien plus longtemps que l’acceptation par les instances officielles de cette particularité.
    On peut multiplier les exemples, et l’AOP n’y changera rien.

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  11. 100 points pour Mathias
    Première fois que je croise ton nom, mec. Et tu as un fan de plus. Classieux. Bon, maintenant on reprend un ton correct:
    D’abord, le lien marche. Quand on est abonné Orange (ex-France Telecom/Wanadoo), ce n’est pas gagné d’avance.
    Et puis, le texte est inventif, le verbe amusant, la comparaison ingénieuse et … les idées lumineuses et structurées. Je dois me rendre à Castelnau en juillet, ce ne doit pas être loin du Ch. Lestignac. Euh, à propos, que fait Mathias à Lestignac, ou, autrement dit, qu’est Lestignac pour Mathias ? Enfin, on se comprend.
    Dans ma mémoire, Côtes de Bergerac, c’est du moelleux (ou liquoreux). Correct ?

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  12. Saluc,
    Personne n’est parfait;) Merci pour les compliments c’est bien agréable.
    Lestignac, c’est le nom d’un bled de 10 maisons à coté de Sigoulès, en Dordogne.Le nom du domaine que l’on a repris avec ma douce aussi du coup. Côtes de Bergerac c’est une invention géniale qui doit justifier qu’un Bergerac se vend plus cher.En tout cas, ça c’est l’explication pour le rouge (derrière il y a un sacré cahier des charges, même qu’on peut pas faire plus de 45hl/ha, ça c’est de la concentration que c’est du yogourth que j’y connais rien) et que même il y a deux ans d’élevage dont un de possible en bouteille! alors là forcément que c’est du bon moi jvous dit. Par contre si c’est en blanc, ça veut dire qu’il reste des sucres, c’est donc un moelleux. Donc c’est quelque chose d’extremement bien lisible pour le consommateur comme vous pouvez le constater: en rouge c’est du bon, en blanc c’est du doux. Merci Papy pour tes idées…A l’export ça marche au top…;)
    Et ben oui passez donc ça doit pas etre très loin, mais pour tout vous avouer des Castelnau il y en a une sacrée diarée dans le coin, donc j’ai du mal à savoir ou vous serez. En tout cas, vous êtes bienvenus!

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  13. My Bergerac is sweet …
    Inimaginable !
    En rouge, c’est du sec avec obligation d’une durée déterminée d’élevage ou de bouteille (les Espagnols et les Portugais font de même) – on connaît les vertus amélioratrices du passage en Saint-Gobain relavé à l’eau chlorée et avec mise en bouchon poreux troisième catégorie dans un chai à bouteilles surchauffé, sous les combles, en plein Périgord truffier. Mais en blanc, c’est du liquoreux ! Pour le rosé, un petit crémant ne ferait pas mal au tableau, non ?
    Mon Castelnau, c’est –la-Rivière, je crois.
    Enfin, je ne savais pas que la diarrhée hambourgeoise avait atteint la partie anglophone de l’Aquitaine : je préviendrai mes amis qu’il fassent gaffe. Les pommes sarladaises ont déjà cet effet, spontanément, alors, avec l’E. coli en plus …..

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