68, année héroïque

Impossible d’échapper à la commémorationnite. Chaque année, si ce n’est pas l’anniversaire de la mort d’Untel, ou de la naissance d’Unetelle, c’est celle de l’invention du biglotron, de la fin de la guerre des boutons ou de l’indépendance du Bisouland.

Cette année, bien sûr, c’est l’anniversaire de mai 1968. De ce qu’on appelle « Les Evénements », faute, sans doute d’unanimité sur la manière de les qualifier autrement. Quoi qu’il en soit, ils ne manquent pas de nostalgiques.

Moi, à l’époque, du haut de mes 6 ans, et donc doté d’une conscience de classes très insuffisante, je ne voyais pas les choses comme ça. Il faut dire que chez nous, en banlieue parisienne, l’heure n’était pas à la fête. Mes parents étaient bloqués à la maison par les grèves, et le banlieusard de base – y compris l’ouvrier – n’avait pas forcément beaucoup d’empathie avec les chevelus du quartier latin et de Nanterre. Pas plus que le Montpelliérain moyen n’en a aujourd’hui pour ceux qui occupent la fac de droit.

Il y a toujours eu un décalage entre les forces vives du progrès, telles qu’elles s’expriment dans les rédactions de médias éclairés, et le peuple en attente de l’illumination.

C’est bien après 1968 que le bon peuple a pu mesurer les bienfaits de l’interdiction d’interdire ; interdiction qui, malheureusement, ne s’appliquait ni à l’écrasement du Printemps de Prague, ni aux excès de la Révolution culturelle en Chine.

C’est sur le long terme, en effet, que les valeurs de 1968 se sont fait sentir, percolant lentement dans toutes les couches de la société. Refus de l’autorité, utopie, réalisation personnelle (entre autres). La notion de «j’ai bien le droit de» s’appliquant à une multitude de choses importantes, parmi lesquelles on citera le droit de vivre au pays, de vivre sa sexualité, d’avoir le bac sans bosser et de regarder les kardachiantes ou les compétitions cuculinaires à la télé (je résume pour les mal-comprenants, les autres savent bien qu’il y a eu aussi de bonnes choses). Et la révolution est toujours à faire : ainsi, en 1968, la CGT disait qu’il fallait savoir arrêter une grève ; en 2018, à la SNCF, elle ne sait plus comment.

Mais nous, dans le microcosme viticole, avons une raison supplémentaire de nous remémorer 1968: il nous reste les vins.

Des fois que les nostalgiques veuillent fêter cette répétition du grand soir.

Voici donc les notes du millésime, telles que proposées sur le site Idealwine:

Bordeaux

Une année médiocre où un record de pluie fut enregistré durant le mois d’août. Les pluies continuelles de septembre produisirent des vins dilués, maigres et sans caractère. On notera certaines réussites pour les châteaux Figeac, Cantemerle, Mission Haut-Brion, Haut-Brion et Latour. La récolte fut catastrophique pour les liquoreux avec des vins acides.

Rouge 7/20. Liquoreux 6/20. Blanc sec 5/20

Bourgogne

Une mauvaise année. Blanc 6/20. Rouge 8/20.

Alsace

Millésime médiocre. 3/20

Vallée de la Loire

Millésime médiocre. 5/20

Une belle homogénéité ! En bref, les vins de 1968 offrent à près la même garantie de qualité que la finition des 4L sorties de la Régie Renault lors des grèves de mai.

Si vous voulez trouver un vrai bon 1968, c’est plutôt chez San Guido, chez Vega Sicilia ou chez Taylor’s que vous aurez le plus de chances d’en trouver. Mais pas dans l’Hexagone!

Et si vous aimez la musique, je vous offre une petite sélection de mon cru, pour vous remettre dans l’ambiance…

Revolution

Won’t get fooled again

Street Fighting Man

Au Printemps de quoi rêvais-tu?

Camarade

Des jours meilleurs

Hervé Lalau

Au Château du Moulin-à-Vent

Il y a quelques semaines, je suis passé à Moulin-à-Vent où l’on me proposait de vérifier par l’exemple le bien fondé de l’éventuelle mise en place de premiers crus.

Une question à laquelle j’ai répondu par l’affirmative.

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Mais ce déplacement fut aussi l’occasion d’une visite au Château du Moulin-à-Vent, et d’une dégustation de ses millésimes à la vente – à savoir, des 2014 et des 2015, essentiellement, car les Parinet aiment donner le temps au temps… Non seulement, pour eux, le Beaujolais n’est pas un vin qui se boit et s’oublie vite, mais c’est un vin qui se fait lentement, soigneusement, et s’apprécie sur la durée.

J’ai pu aussi déguster le Pouilly-Fuissé du domaine racheté par les Parinet – plus qu’un complément de gamme, un vrai beau Bourgogne de classe, on va le voir.

Sans plus attendre, voici mes notes de dégustation.

Pouilly-Fuissé Vieilles Vignes 2014

Un blanc bien élevé, bien gras, équilibré, le bois bien fondu entre en résonance avec l’acidité qui en devient plus élégante que tranchante.

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Moulin-à-Vent Couvent des Thorins 2016

«Objectif gamay». Peu de fût pour ce vin qui fait honneur au raisin bien mûr, complété par quelques épices espiègles; c’est gourmand, joyeux; très équilibré, là encore, dans une structure assez déliée.

Château du Moulin-à-Vent 2015

Je vous livre mes notes brutes de cuve: « Fruit mûr, compote, cuir, ample, petites notes de laurier, très joli vin. Beau grain de tannins Élégance et fraîcheur. Énergie. Salivant. Bonne extraction ».

60% de cuve 40% de fût.

Les Vérillats 2014

Épicé au nez. Aigrelet en bouche; un peu austère. Belle finale sur des notes de gibier et d’orange sanguine. Les Vérillats est un climat aux sols granitiques peu profonds, situé à 300 m d’altitude, et exposé au vent.

Champ de Cour 2014

Même année, mais résultat bien différent; à l’austérité succède la corbeille de fruits, et de fleurs. Les fruits sont noirs, les fleurs sont des pivoines; les notes de café torréfié témoignent d’un beau travail du bois – rien d’envahissant, cependant..

La Rochelle 2014

Sur ce terroir plus profond, les très vieilles vignes de Gamay ont donné un vin à la fois gourmand et sérieux. Les notes épicées et fumées viennent souligner le fruit mûr; les notes de café, plus vert que torréfié, cette fois, égaient la bouche. Les raisins ont été égrappées en totalité pour éviter les notes végétales. Grande réussite. C’était d’ailleurs un de mes préférés de la dégustation du matin, qui mettait aux prises une cinquantaine de producteurs de l’appellation.

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Clos de Londres 2014

Ici Londres, les Gamays parent aux Gamays. Au nez, c’est la violette qui domaine. En bouche, les tannins sont encore plus suaves, l’impression plus soyeuse. Le surcroît de puissance ne veut pas dire moins de finesse. Le pourcentage de fûts neufs est plus important, et pourtant le bois est plutôt discret. 

Clos de Londres 2011

Plus viandeux, ce vin présente des notes d’évolution; mais ce qu’il a perdu en fruit, il l’a gagné en  notes de moka. Les tannins sont bien marqués. Cette cuvée puissante évoque presque un grand vin du Rhône – tapenade et boire à cigares… Toute la vendange a été  égrappée. Elevage long.

En résumé, le Château du Moulin-à-Vent a trouvé son style. Des vins bien travaillés, qui cherchent moins à flatter le palais qu’à le séduire en profondeur, et qui ne laissent pas le bois dominer la matière.

Hervé Lalau

 

La femme de César et autres vieilleries

Nombreux sont les journalistes et les sommeliers qui prêtent leur nom et leur expertise à la communication de marques de vin ou de foires aux vins. Qui prêtent, ou plutôt, qui vendent.

Que faut-il en penser?

Le cas des journalistes est le plus épineux. Si l’on s’en tient à la Charte de Munich de 1971, un des devoirs du journaliste est de «ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste; de n’accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs»(article 9).

Notez cependant, que les critères de la déontologie professionnelle du journaliste ne s’appliquent, au sens strict, qu’aux seuls journalistes.

C’est là toute l’ambiguïté des «wine writers», des critiques en vin. Comme le Canada Dry, certains ressemblent à des journalistes, ce qu’ils écrivent a le goût du journalisme, mais ils ne sont pas des journalistes.

Reste que les lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs qui lisent, écoutent ou regardent les préconisations des critiques en vin sont en droit de penser que celles-ci sont établies en toute indépendance. Intégré ou non à une rédaction, détenteur ou non de la carte de presse, celui qui écrit régulièrement dans le journal ou qui parle dans le poste prend peu ou prou la casquette du journaliste. Mais le fait que ces critiques – quel que soit leur statut professionnel – acceptent de prêter leur image, moyennant finances, à des producteurs ou à des distributeurs, introduit un sérieux doute.

Même si la collaboration reste ponctuelle, le critique payé par le producteur ou par le distributeur pour promouvoir des vins pourra-t-il garder toute la distance nécessaire pour juger par la suite de l’offre de ses sponsors?

Et moi et moi…

Loin de moi l’idée de jouer les pères-la-vertu. J’ai moi même, à l’occasion, donné des formations pour des groupes de vins, ou des présentations pour des appellations, à destination de professionnels; il m’arrive aussi de participer à l’écriture de communiqués ou sites internet pour des producteurs ou des importateurs; dans tous les cas, cependant, j’ai toujours veillé à ce que ma participation ne puisse être utilisée à des fins promotionnelles, ni ne puisse impliquer les magazines avec lesquels je travaille. Je ne signe jamais ces communiqués. C’est la ligne que je trace, en ce qui me concerne.

Elle me permet, je pense, de maintenir mon indépendance lorsque je suis amené à commenter les vins, dans le contexte de mon activité de journaliste. Je ne vends pas mon nom.

Alibi

Bien entendu, j’ai conscience de la difficulté grandissante que nous autres journalistes du vin – ou apparentés – avons à gagner notre vie de nos seuls articles. A mesure que les magazines ferment ou fusionnent, que les pages vins disparaissent ou sont confiées à des régies, des extérieurs, voire à des bénévoles, notre «gâteau» rétrécit.

A l’heure d’internet, des blogs, des forums, des journaux en ligne, tout se passe comme si l’information devait être gratuite et accessible à tous. A se demander quelle est sa valeur réelle. Et à quoi nous servons vraiment. C’est sans doute pour cela que les éditeurs se sont lancés sur le marché des événements, organisant des concours de vin, des dégustations payantes, des soirées d’initiation, les compétitions d’amateurs… toutes choses plus lucratives que la publication de magazines spécialisés, apparemment. Dans bien des cas, nos articles ne sont plus que la vitrine, le prétexte, l’alibi culturel d’activités commerciales.

Vu ce contexte, et sans cracher dans la soupe, j’ai envie lancer une mise en garde: la confiance du public est une chose précieuse et fragile; mélanger les genres, les casquettes, c’est prendre le risque de voir cette confiance s’effriter. Ce qui est non seulement préjudiciable pour le critique concerné, mais aussi pour toute la profession.

C’est à ce titre que je m’inquiète. La recherche de nouveaux revenus ne doit pas être une fuite en avant, au détriment du fondement même de notre métier.

Ce n’est pas la probité des personnes concernées que je mets en question; ce que je crains, c’est que le public se détourne de la critique des vins en général, au motif qu’elle serait achetée, influencée.

Même si ce n’est pas vrai, en un sens, le mal est déjà fait; comme la femme de César, l’honnêteté du commentateur ne doit jamais être soupçonnée.

Vous m’objecterez peut-être que ce sont là des scrupules anachroniques. Mais je crois bien que je mourrai avec.

Hervé Lalau

Roquefort, mythes et trous

Une fois n’est pas coutume, parlons fromage. Pas de n’importe quel fromage, non, mais de l’avant-centre des bleus, le Roquefort.  Vous ne m’en voudrez pas de gratter sous la croûte, là où ça moisit, parfois…
Mais rassurez vous, fidèles à cette rubrique vineuse, nous aborderons aussi les accords bacchiques. 

Au Combalou, et nulle part ailleurs

Il n’est de Champagne que de Champagne, dit-on. De même, il n’est de Roquefort… que de Roquefort. En vertu d’un système datant de 1411, officialisé et précisé à plusieurs reprises par les autorités françaises et européennes (lois et décrets de 1925, 1979, 1980, 1986; 1990 et 1996), le fromage de Roquefort ne peut être affiné qu’au sein d’une zone géologique déterminée, la Montagne du Combalou (2 km de long, 300 de large, 300 de profondeur). Pourquoi cette précision? Parce que cet amoncellement d’éboulis renferme les «fleurines», trous d’aérations qui régulent naturellement la température et l’hygrométrie des caves, et favorisent le développement du Penicillium Roqueforti.

Roquefort

Terroir-caisse

D’aucuns objecteront que ces conditions pourraient être reproduites artificiellement (on fait bien du jambon de montagne en plaine, par exemple). Ceux-là n’ont rien compris au terroir. Ni aux attraits économiques du terroir.
Du côté de l’approvisionnement en lait, le législateur s’est montré moins regardant. La zone de collecte s’étend en effet sur 4 départements: Sud de l’Aveyron, Nord du Tarn, Sud de la Lozère, Nord de l’Hérault (et même, naguère, la Corse!). On pourrait voir là la preuve de la primauté de la transformation sur la provenance du produit de base. Sauf que la réglementation fait mention d’une race de brebis particulière (la Lacaune) et surtout, qu’elle stipule que la production de lait ne peut se faire que pendant 7 mois, pour respecter le cycle de lactation des brebis (de janvier à juin, à raison de 2 litres par jour).
Ceci contraint les affineurs (qui expédient des fromages toute l’année) à jouer sur la durée de stockage. En mars et avril sont mis en marché les fromages de décembre et de janvier (au bout de 90 jours d’affinage). En janvier et février, par contre, on commercialise des fromages emprésurés en juin de l’année précédente; leur affinage a donc duré entre 210 et 270 jours.
Parle-t-on toujours du même fromage? Sur l’étal, rien ne vient distinguer les deux produits.

La tradition pour vendre, la technologie pour produire…

Il n’y aurait pas de Roquefort sans le penicillium, la fameuse moisissure grise qui se développe «naturellement» dans les caves de Roquefort. Naturellement est un bien grand mot, puisque l’ensemencement dit traditionnel (à partir de pains de seigle délibérément moisis et déposés dans les caves) est aujourd’hui l’exception – seul Papillon la pratique encore, semble-t-il. C’est pourtant une étape cruciale du processus de fabrication. En fonction de la souche de penicillium choisie (certains producteurs la tiennent secrète, mais toutes sont maintenant reproduites en laboratoire), le résultat peut être très différent, tant en matière de coloration des veines qu’en matière de texture et de goût.

A ce propos, la littérature qui entoure la fabrication du Roquefort ne varie guère de celles des autres grands «bleus» de France ou d’ailleurs; prenez celle du Bleu d’Auvergne: «Le fromage égoutté, retourné puis salé, est ensuite piqué. Cette dernière opération, très délicate, permet au penicillium de se développer pour veiner le fromage de bleu. Il est ensuite longuement affiné dans les caves fraîches et aérées, héritage d’une longue tradition». C’est à s’y tromper…
Parlons encore de tradition: les jolies photos de roqueforts amoureusement affinés sur des étagères en bois et dans des caves voûtées ne sont plus là que pour entretenir l’image et amuser les gogos. Les meilleures caves sont aujourd’hui soutenues par des poutrelles de béton ou d’acier, percées qu’elles sont de part en part afin que l’air y circule à tous les étages, grâce aux fameuses fleurines…

Causses Le Causse

 

Plus value

Qu’on ne se méprenne pas: il ne s’agit pas de rejeter en bloc (sic) le produit Roquefort. Seulement un système autorégulé qui, sous couvert de terroir, organise son marché. Or, la qualité des Roqueforts varie en fonction des producteurs, et la «plus value» qualitative de l’appellation n’est pas toujours évidente. Quant à sa plus-value commerciale, elle ne suffit plus à écouler toute la production laitière régionale. C’est sans doute ce qui pousse le plus gros opérateur de la région, le groupe Lactalis, à transformer une bonne partie du lait récolté dans la zone en Salakis – ne dites plus Feta, car ce mot (d’origine italienne) a été réservés aux Grecs.
Par ailleurs, le nombre de producteurs de Roquefort est de plus en plus réduit, car c’est la rançon inévitable du protectionnisme qui renchérit le foncier. Sont-ils tous représentatifs d’un terroir? Attention, qui dit marque ne veut pas forcément dire producteur indépendant. N’oubliez pas non plus les marques de distributeur (et oui, la Cave Société comme Papillon fournissent les grands distributeurs en MDD). Goûtez également les autres grands bleus de France ou d’ailleurs, de brebis ou de vache. Puis partagez votre sentiment avec vos amis.
Vous aurez fait beaucoup plus pour le bon fromage que bien des resucées de communiqués de presse…

Accords vineux

On n’empêchera personne d’essayer un Marcillac ou un vin d’Estaing pour rester dans l’ambiance aveyronnaise, mais on ne vous forcera pas non plus.
D’ailleurs, les mariages qui conviennent au Roquefort conviennent généralement à la plupart des bleus, qu’ils soient du Larzac ou des Causses, d’Ambert ou de Montbrison, voire de Copenhague.
Bref, les Muscats doux forment un joli contraste avec la force du bleu. Le Sauternes, que l’on conseille souvent dans les guides, me paraît moins adapté, car il risque de paraître un peu mou ; à choisir, j’opterai donc plutôt pour un Vin Jaune ou pour un Jurançon; ou dans un style très différent, pour un rouge bien corsé, type Cahors ou Côtes du Roussillon. Ce qui me ramène aux VDN, mais en version rouge : comme le vieux tawny sied au Stilton, un Maury ou un Banyuls pourraient bien faire votre affaire, tout autant qu’un Madère sec (Sercial ou Verdelho, plutôt), ou encore un Tokaji azsu.

 

Hervé Lalau

Vous avez dit « Feinherb »?

Peter & Peter Feinherb Riesling 2017 «Aus der Steillage»

Feinherb est une mention traditionnelle allemande qui désigne un vin demi-sec, ou demi-doux – sa teneur en sucre est généralement un peu plus élevée que celle des halbtrocken, qui se situe entre 12g (pour les vins à faible acidité) et 18 g (pour les vins à forte acidité).

Dans le cas de ce vin (un riesling de Moselle), l’acidité est suffisante, ce qui fait que l’impression d’ensemble est plus sèche que douce. Quoique. Cette impression varie quasi-constamment au cours de la dégustation – le côté doux et les arômes d’abricot et de pêche repassant plusieurs fois au-dessus du côté sec et des arômes d’agrumes. Ce vin me fait penser à une enfilade de portes, il ne livre pas tout, tout de suite. La finale est tout en fraîcheur citronnée.
Pas de nom de cru pour ce vin, assemblage de raisins de parcelles de plusieurs climats, mais situées sur des coteaux à forte pente, comme la Moselle allemande peut en offrir, ce qui leur confère un surcroît d’ensoleillement. Cette cuvée ne titre que 11,5°.
Peter & Peter est une marque du groupe Zimmermann, Graeff & Muller (alias ZGM), de Zell.

www.zgm.de

Le Crémant de Savoie de Philippe Viallet vise l’export

Le groupe Grands Chais de France vient d’obtenir la distribution exclusive à l’exportation des Crémants de Savoie de Philippe Viallet.

Ce producteur exploite plusieurs domaines en propre (Philippe Viallet, Les Fils de René Quénard, Château d’Apremont, G&G Bouvet) et a noué des liens avec plusieurs structures de production, (Vignerons de Cruet, Fruitière vinicole des terroirs de Savoie) , ce qui en fait un acteur incontournable de la viticulture savoyarde.

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Viallet commercialise également du Cerdon, du Crémant du Jura et du Seyssel.

Haut Selve, haute distinction

Le Château Haut Selve porte bien son nom : ce domaine des Graves se niche à la lisière d’une vaste forêt –  les vignes, abandonnées après le phylloxéra, ont dû être regagnées sur les bois.

Il appartient à la famille Lesgourgues, également propriétaire des Armagnacs Laubade et du Château Peyros, à Madiran.

Si, au départ, la principale ambition d’Arnaud et Denis Desgourgues était de produire de grands rouges de cabernet-sauvignon, ils se sont pris au jeu du blanc – les vignes de cette couleur représentent à présent 11 des 45 hectares que compte la propriété.

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Et c’est justement un blanc que je vous propose  aujourd’hui – un 2016 qui fait honneur à sa mosaïque de sols (des graves, bien sûr, mais tantôt calcaires ou argileuses), démultipliée par son encépagement; car cette cuvée assemble 60% de sauvignon blanc, 30% de sémillon et 10% de sauvignon gris.

Il y a une forme de plénitude dans ce vin d’assemblage, qui me semble être la quintessence de l’esprit graves blanc : l’aromatique du sauvignon est là, mais ne domine pas ; au citron répond la poire, au nez ; en bouche, le gras (serait-ce le sémillon?) répond à l’acidité, bien fondue, tout comme le bois qui nous parle de frangipane et de toast beurré plus que de vanille. Tout cela est bien équilibré, dosé comme sur une balance de pharmacien. Un vin de haute distinction, qui finit sur une note saline, avec un retour du citron.

Haut Selve fait partie du club Vignobles et Signatures.

Info: http://hautselve.com

Hervé Lalau