Clos de Vougeot, patrimoine de l’humanité, un bel honneur et une sacrée responsabilité

C’est fait, le Clos de Vougeot a reçu sa nouvelle signalétique, qui met en évidence son appartenance au patrimoine mondial de l’humanité, au titre des climats de Bourgogne.
Pour moi, tout ce qui peut contribuer à renforcer le vin, produit culturel et patrimonial, va dans le bon sens. Les panneaux ne sont bien sûr que la partie à peine immergée de l’iceberg de la connaissance.
Unknown

Hervé Lalau

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Faugères choisit la voie naturelle

« Faugères, Grands Vins de Nature », tel est le nom du plan décennal mis au point par l’AOP, et défendu par l’équipe de l’AOP, sous la présidence de Nathalie Caumette, lors de sa dernière assemblée générale.

Un slogan, mais surtout, une stratégie, au travers du bio (l’appellation a un taux d’exploitations bio quatre fois supérieur à la moyenne française), et au-delà.

Car le nouveau projet n’est en définitive que l’évolution… naturelle du plan de communication « Nature schistes » démarré en 2008.

Il s’agit de prendre en compte, de préserver et de pérenniser les potentiels naturels d’un vignoble donné, de son écosystème, et ce afin de gagner en expression de terroirs, en singularité de vins.

IMG_1609A Faugères (photo (c) H. Lalau 2017)

Citons Mme Caumette:  « Entre les gardiens du temple et les groupies en mal de repères, il y a le consommateur normal, urbain, ni vieux ni jeune, français, belge ou canadien, exigeant mais décontracté, qui boit du vin dès le vendredi soir après une semaine de boulot, avec des amis et ce qu’il y a dans le frigo. Ce consommateur-là ne peut/veut plus aujourd’hui éluder les problèmes liés à l’environnement et à sa santé.

Le temps du doute est terminé, et on ne parle plus que de ça. Dans le monde des professionnels du vin, le virage date de 2016, le premier cash investigation sur les écoles bordelaises arrosées aux pesticides. Juste après en 2017 et 2018, deux études sur le déclin spectaculaire dans les campagnes des insectes et des oiseaux viendra bouleverser le tempo des médias généralistes et faire sortir le sujet du cercle strictement scientifique. C’est cette niche que l’on cible, et qui peut être à la fois, connaisseuse de vin et sensible à une proposition sincère et experte de changement de notre relation à la nature.

Et il n’est pas pour autant question de devenir tous des naturalistes passionnés, des écolos convertis. Non ces gens normaux n’aiment pas les mouches, ont peur des araignées, pensent que tous les petits oiseaux sont des moineaux, et préfèrent le dimanche regarder une série sur Netflix en picolant un verre de bon vin, qu’explorer la nature qui les entoure. Mais ils sont à présent convaincus qu’on ne pourra pas se passer de la nature pour continuer à vivre ».

La relation nouvelle qui doit se nouer entre agriculture et nature se propose, forte des nouvelles connaissances scientifiques acquises et elles sont nombreuses, de chercher à comprendre la biologie, l’écologie des ravageurs pour mieux les tenir à distance, favoriser les mécanismes naturels physiologiques des plantes pour qu’elles résistent mieux. La vie du sol y joue un rôle central aujourd’hui bien établi. Il ne s’agit pas de minimiser les problèmes qui se rappellent à nous tous les jours, ni de considérer la nature comme exemplaire, ce qu’elle n’est pas, comme nous le rappelle cet incroyable mois de mai 2018 et ses attaques de mildiou. Les solutions sont encore à inventer.

A Faugères, se passer de désherbant et d’insecticide paraît un objectif ambitieux mais possible à moyen terme. De même, faire attention aux arbres et aux haies qui sont des habitats de la faune et la flore auxiliaire semble indispensable, lors de replantations ou de défriches. Pour la suite, réfléchir à une gestion globale de l’espace à partager entre zones cultivées et zones naturelles : la sanctuarisation n’est pas obligatoirement partout la solution idéale, puisque la biodiversité est plus importante dans les zones cultivées ouvertes entourées de haies, que dans les zones boisées, par exemple ».

Ce discours passionné et avouons-le, plutôt séduisant, doit maintenant se traduire par des actes. C’est à l’accouchement des vins que l’on pourra juger des avantages de cette « voie naturelle ».

Je souhaite bon vent et bon environnement aux vignerons de Faugères – d’autant que ce sont eux qui y vivent ;  et je nous souhaite de beaux vins de Faugères, miroirs de leurs somptueux paysages.

Hervé Lalau

L’accord de libre-échange UE-Canada sera-t-il signé?

Après les hésitations de la Wallonie, voici le « no » de l’Italie. le nouveau ministre italien de l’Agriculture, Gian Marco Centinaio, s’est déclaré opposé à l’accord AECG/CETA: « Nous ne ratifierons pas l’accord de libre-échange avec le Canada parce qu’il ne protège qu’une petite partie de nos AOP (appellations d’origine protégée) et de nos IGP (indications géographiques protégées) ».

La France, elle, ne semble pas émettre de réserves à ce sujet. Dans une réponse aux questions des parlementaires, le 1er septembre 2016, le ministre de l’agriculture français de l’époque, Stéphane Le Foll, précisait que « L’Union européenne a obtenu du Canada, traditionnellement attaché au système des marques, la protection de 175 indications géographiques, parmi lesquelles 42 indications géographiques françaises (dont 28 fromages). Elles bénéficieront ainsi d’un niveau de protection proche de celui dont elles jouissent dans l’UE ».

Cependant, repérer les produits de terroir vraiment authentiquement européens dans les rayons des magasins canadiens n’est pas toujours chose aisée.

Castello

Gorgonzola with an American twist of Ontario…

 

La bouteille d’IGP ou d’AOP est-elle à moitié vide, ou à moitié pleine?

Hervé Lalau

L’harmonieux Quattuor de Drappier

Quand on parle de « blanc de blancs », en Champagne, il s’agit le plus souvent de Chardonnay – le seul cépage blanc de la trilogie des cépages principaux de la Champagne, à savoir Pinot noir, Meunier et Chardonnay.

Mais si nous suivez ce site, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a d’autres cépages autorisés dans le décret d’appellation; c’est justement trois d’entre eux que la maison Drappier a choisi d’associer au Chardonnay pour donner naissance à cette cuvée Quattuor:  l’Arbanne, le Blanc Vrai et le Petit Meslier. Tous les quatre étant assemblés en parts égales.

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Pour dire le vrai, je n’ai aucune idée de ce que valent vraiment ces cépages, n’ayant guère eu l’occasion de les déguster seuls – sauf une fois, l’Arbanne de Moutard-Diligent, mais il y a prescription. Je n’ai pas retrouvé mes notes.

J’ai cependant un intérêt particulier pour le Petit-Meslier, sachant qu’il s’agit d’un proche parent du Chenin (un cépage que j’affectionne, aussi bien avec que sans bulles), puisqu’il a pour ascendants le Savagnin et le Gouais. L’ampélographe José Vouillamoz affirme par ailleurs que le Petit Meslier est un des parents directs de l’Amigne.

Pour en terminer avec l’ampélographie, qui, pour passionnante qu’elle soit, n’étanche pas la soif (si ce n’est la soif de connaissances), observons que tous ces «petits cépages» sont surtout présents dans la partie auboise de l’aire champenoise.

Quoi qu’il en soit, la vérité est dans le verre, et faute de reconnaître ses constituants, j’ai au moins perçu un très bel équilibre, une harmonie, pour parler en termes musicaux ; les quelques notes de fruits exotiques, de pomme et de coing m’ont emmené du côté du Chenin, mais sans doute était-ce là de l’autosuggestion. Il y avait aussi de jolies nuances florales, très printanières. Surtout, la bouche était complexe, charnue mais pas lourde ; la finale saline et fruitée (avec le retour de la pomme et du coing) était très longue.

Et vous savez ce que j’ai fait une fois la dégustation terminée? Je me suis resservi un verre!

Brut dosé à 4,2 grammes.

Pour mémoire, Drappier est membre du Club Vignobles & Signatures, qui regroupe des domaines familiaux de qualité.

Hervé Lalau

Buzyn-day

Le 17 juin, c’est ma fête, la Saint-Hervé. Mais pour le Grand Jury RTL Le Figaro, c’est d’abord le jour de Mme Buzyn, leur invitée.

Buzyn

J’ai décidé qu’ici, cela serait aussi sa fête. On n’est jamais mieux servi que par soi-même, et puis, je ne suis pas sûr que mes confrères poussent la ministre dans ses derniers retranchements pour ses prises de position alarmistes et prohibitionistes anti-vin – si seulement ils abordent la question.

Le Figaro semble-même avoir certaines affinités avec elle, quand il titre, «Mme Buzyn consolide sa stature de gauche au sein du gouvernement».

Moi pas.

Et puis, ne peut-on être de gauche sans faute preuve d’arrogance et de sectarisme, ni prôner une abstinence liberticide?
Si, bien sûr! Sans se limiter aux présidents de coopératives du Midi Rouge (que je salue au passage), je connais des gens de gauche qui, plutôt que d’infantiliser le buveur, et plus généralement, l’électeur, préfèrent le responsabiliser.

Hervé Lalau

 

Vive Saint Hervé!

Saint Hervé, mon saint patron, dont c’est la fête aujourd’hui, était un ermite breton du 6ème siècle. Né aveugle, il aurait converti le loup qui venait de dévorer son âne. La légende veut aussi que le loup, auquel il avait tiré des larmes de contrition, aurait pris le bât de son âne et aurait guidé le saint homme jusqu’à sa mort.

Belle histoire. Difficile, cependant, de se hisser au niveau de son saint!

D’abord, je ne suis pas aveugle (bien qu’assez myope), et si je suis catholique, je n’ai jamais converti personne. Ni même essayé.

Je doute même d’avoir réussi un jour à « convertir » un lecteur, à lui avoir forcé la main lorsqu’il s’agit d’acheter du vin. Dieu m’en garde!

Amis lecteurs, j’aime à croire que vous avez déjà en vous le goût des bonnes choses. Ou au moins des choses qui vous conviennent.

Je pense fermement qu’il ne faut rien imposer, seulement suggérer, donner à voir et à comprendre. Mais la décision d’acheter, d’ouvrir votre portefeuille, ou de descendre dans votre cave chercher un vin que tel ou tel vous aura recommandé, c’est vous qui la prenez. Comme c’est vous qui prenez (ou pas) le plaisir en buvant le vin.

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Comme cette cuvée Hervé, du Domaine Louis de Clermont Tonnerre, peut-être?

Hervé Lalau

Nicolas Feuillate Brut rosé ou la vérité, rien que la vérité

Les textes de certaines contre-étiquettes de vin sont juste du remplissage; on n’y apprend rien. D’autres vous dorent la pilule. Tout y est plus beau que nature.

Et puis, de temps en temps, il y en a qui tapent juste. Comme celle-ci:
«La réserve exclusive Rosé est un champagne éclatant de fruits, délicat et raffiné, qui développe une trame élégante, juteuse et complexe. C’est un panier de fruits croquants mêlant groseille, myrtille et framboise, un déferlement de fruits d’été et de saveurs ».
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Je confirme. Bon, pour justifier ma noble (?) profession de critique et ma réputation de coupeur de cheveux en quatre, je discuterais bien le mot « complexe ». Car ce Champagne est tellement exubérant que je le qualifierais plutôt de « franc » que de «complexe».
Mais sinon, c’est tout à fait ça.
Alors bravo au rédacteur des notes, car sa prose apporte réellement quelque chose; et surtout, bravo au vinificateur, qui signe là à la fois un vrai rosé fruité et un vrai champagne vineux. Prix de vente recommandé: 32 euros.
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Nicolas Feuillatte (et chez tous les bons marchands de fruits).